CGT / 6 / CONGRES : Thibault, plus souvent à l'Elysée que dans les fronts de lutte

Publié le par dan29000

Thibault et l'Elysée, toute une histoire...

Une de ces casseroles lourdes qui traînent aux basques de la direction confédérale, comme l’évacuation de la Bourse du Travail, ou la confrontation avec les Contis et Xavier Mathieu. Un sujet chaud, un sujet symbolique : l’Elysée, c’est Sarkozy, c’est le quartier général de nos exploiteurs, le cœur politique du capitalisme. Alors si on y va, c’est qu’on a de bonnes raisons – au moins ! Et qu'il faut se justifier face à sa base...

Faisons le recensement, à partir de sources d’informations les plus sérieuses (la première d’entre elles étant bien sur le site Internet de l’Elysée). Nos petits camarades du journal satirique Fakir ont recensé les visites à Sarko dans leur dernier numéro (diffusé lors de la manifestation du 17) - et elle s'est encore allongée depuis :

- 13 janvier : réception des organisations syndicales (dont Thibault) à propos de la prévention et du traitement des restructurations.
- 19 janvier : vœux des partenaires sociaux
- 18 février : sommet social, rencontre avec les organisations syndicales et patronales les plus représentatives au plan national
- 30 mars : entretien avec les dirigeants syndicaux pour la préparation du sommet du G20 de Londres
- 10 avril : compte rendu de la réunion d'installation du Fonds d'Investissement social.
- 8 juin : Réception des dirigeants des organisations syndicales représentées au BIT
- 1er juillet : sommet social, rencontre avec les organisations syndicales et patronales les plus représentatives au plan national
- 1er septembre : entretien individuel avec le secrétaire général de la CGT
- 14 septembre : entretien avec les dirigeants syndicaux pour la préparation du G20 de Pittsburgh
A côté, dans les luttes qui ont fleuri tout le premier semestre, on a vu Thibault le 4 mars à la SBFM à Lorient, et… bien sur le 9 septembre à Molex pour une rentrée médiatique en fanfare, et le résultat consternant que l'on connaît !
Une fois par mois à l’Elysée, deux fois en neuf mois dans les luttes, visiblement, très visiblement absent le 17 septembre devant la Bourse (Xavier Mathieu n'a pas manqué de le faire remarquer). On a les priorités qu’on choisit !

Les interrogations se sont multipliées durant tout l’été et en cette rentrée. Avec insistance, mais sans réponse.
A Blanquefort, le représentant de la fédé des métaux tente une échappatoire sur le mode de l’ironie : « Pour que Thibault soit sur tous les piquets de grève, il faudrait le cloner »… Très drôle. Sauf qu’on ne l’a vu nulle part, et que si le bureau fédéral l’avait vraiment voulu, il aurait pu facilement envoyer des représentants partout, avec des figures symboliques : Le Duigou à Goodyear, ça aurait de la gueule, non ? [mort de rire !!!] Maryse Dumas sur les piquets de la Poste, ça lui rappellerait sa jeunesse ? etc.

Autre échappatoire : la participation symbolique aux luttes est du ressort des fédés et des UDs. Ah tiens, c'est nouveau ? Et significatif : c'est à dire qu'un conflit national et symbolique doit être rabaissé au niveau local ou catégoriel ? Argument parfaitement bidon, tellement bidon que Thibault a fait exactement l'inverse avec Molex... pointer une lutte particulière et médiatique pour en faire un symbole national.

Dans son meeting du 8 septembre à la Mutualité à Paris, Thibault a abordé ouvertement le sujet, ce qui montre le malaise, quand même. Pour répondre qu’aller à l’Elysée, ça faisait partie de son job de secrétaire général de la CGT, comme à tous les syndicalistes d’aller rencontrer son patron.
Sauf que un syndicaliste de classe, quand il rencontre la direction, soit c’est sur le mode conflictuel (un conflit, un rapport de force…), soit sur le mode revendicatif (DP, CE etc.), soit en toute transparence c'est-à-dire en refusant les négociations clandestines et de couloir… Et c’est une des choses qui distingue les collabos des lutteurs : savoir se mettre ou pas comme représentants des travailleurs, ou comme partenaire responsable.
C’est donc particulièrement gonflé de faire ce parallèle ! Tellement gonflé qu’il n’a pas jugé utile de nous informer de sa toute nouvelle rencontre lundi dernier, le jour même où les Molex prenaient en pleine gueule l’annonce de la catastrophe… limite clandestinité, non ???

L’essentiel, ce n’est pas - en tant que telle - la présence de Thibault à l’Elysée.
C’est d’abord son absence du terrain de la lutte des classes. Formule qui n’existe d’ailleurs plus pour lui, le document de congrès l’ignore une nouvelle fois superbement.
C’est ensuite la collusion de plus en plus visible avec le pouvoir.

C'est de cela qu'il faut discuter, et pas d'autre chose. Et là, il faut s'arrêter une seconde sur l'affaire Molex, pas du point de vue de la lutte héroïque des camarades contre les licenciements, mais du point de vue des tractations au sommet de l'Etat capitaliste.
1er septembre : Sarkozy rencontre Thibault. On ne sait pas ce qu'ils se disent, mais
8 septembre : Thibault annonce triomphant à la Mutualité qu'il sera à Molex le lendemain, secret de polichinelle puisque sur le terrain c'était mobilisation générale. Discours un peu musclé qui laissait entendre qu'il était là pour aider les camarades et les soutenir dans leur lutte, qu'une issue positive pouvait être en vue - résultat évident de la rencontre du 1er.
9 septembre : déplacement à Molex, Thibault tient un discours tout à fait différent, appelle à la "confiance envers le président", ne dit pas un mot du rassemblement du 17 septembre. Complicité inavouée disent les journalistes. Pour celles et ceux qui ne le croient pas, la vidéo est là.
14 septembre : l'Etat annonce aux syndicats locaux la reprise de Molex par HIG dans les terribles conditions que l'on sait. Le ciel tombe sur la tête des gaulois... Avec le chantage à l'acceptation qui mènera le lendemain à la signature du protocole.
14 septembre, le même jour, et en catimini, Thibault est à nouveau reçu à l'Elysée dans le cadre de la préparation du sommet de Pittsburgh, mais on n'imagine pas qu'ils n'aient pas parlé de Molex. Cocu ou complice ??? Plutôt complice : pas un mot pour annoncer cette rencontre; pas un mot immédiat de protestation. Alors Thibault peut bien se prendre le chou avec Estrosi, tout cela est évidemment du cinéma pour les militants, et pour le coup, le ministre n'a pas tort.

On voit bien la relation entre les passages à l'Elysée et la mobilisation : on endort, on crée des espoirs et au final le résultat est là.
Il confirme ainsi dans les faits, l’orientation présentée pour le congrès confédéral : le syndicat n’est plus un syndicat de lutte, mais un syndicat de propositions, une équipe d’experts appuyée par des adhérents, des résultats aux prud’homales et des sondages d’opinion, un lobby de pression qui multiplie les passages dans les ministères et à l'Elysée pour convaincre les dirigeants et tenter d’infléchir la politique patronale et gouvernementale.
On comprend alors mieux le rôle des journées d'action bidon à répétition : mobiliser le plus massivement pour arriver ensuite à l'Elysée en disant : "Vous avez vu la mobilisation ? Maintenant il faut bouger". Mais l'objectif n'est pas, n'a jamais été le "tous ensemble" pour créer un vrai rapport de forces et faire plier les capitalistes, patronaux ou gouvernementaux...

Le triste bilan de cette année 2009 est là, devant tous les yeux, et il faudrait que nous le validions ?

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