Chambéry : Des expulsés occupent un hôtel particulier vide

Publié le par dan29000

arton1406.jpgDe la rue Bernardines à l’hôtel Morand : les Pilos ne renoncent pas

L’hôtel Morand, qui dispose de deux façades, l’une donnant sur rue Basse du Château et l’autre rue Juiverie était inoccupé depuis plus de six ans. La ville de Chambéry l’avait acquis pour 5,4 millions de francs, soit 823'000 euros en 1994.
Elle déménagea ses services (ressources humaines, services financiers, amicale du personnel) rue P.-Bert (coût de réaménagement de l’ancien conservatoire 4,5 millions de francs soit 688'000€).
La ville l’a mis en vente en fin 2008-début 2009, présentant même la délibération au conseil municipal du 2 mars 2009, tout en demandant aux conseillers municipaux, de ne pas donner suite à l’offre de 650'000€ d’un acquéreur, ce que le conseil fit.
L’hôtel Morand vit le mariage de Joseph de Maistre avec Françoise Marguerite de Morand en 1786, surnommée «Mme Prudence», puisqu’elle accepta le mariage après sept années de réflexion.

Il n’a fallu que quelques jours aux «habitants des Pilos», pour retrouver une autre adresse dans Chambéry.

En effet depuis quelques semaines, ils ont jeté leur dévolu sur cet hôtel particulier en plein centre-ville.

Ils sont maintenant digne de passer un accord de jumelage avec «la Marquise» de la place des Vosges (Paris).

Jeudi soir, vers 18h30 la police municipale, puis nationale mandatés par les élus de Chambéry, se sont présentés devant l’hôtel voulant procéder à l’expulsion des contrevenants.

Mais fort de leurs nouvelles qualités de résidents, ils ont pu faire valoir leurs droits.

La municipalité ne voulant pas en rester là, a lancé une procédure d’expulsion d’urgence.

Dans un communiqué de presse les Pilos-Morand indiquent :
«Au delà du fait qu’il est scandaleux qu’une municipalité qui se revendique socialiste puisse expulser des gens en hiver pour laisser un bâtiment vide, la mairie a été naïve de croire qu’il suffisait de nous déloger des Pilos avec l’aide de la police pour se “débarrasser de nous”.
Nous ne voulons dormir ni dans la rue, ni dans les accueils d’urgence (plan “grand froid”) mis en place par l’État pour cacher la misère.
Nous avons donc décider d’occuper un des nombreux lieux laissés vides par la mairie pour en faire notre logement et reconstruire l’espace autogéré alternatif que nous avions mis en place aux Pilos (…)
Encore une fois, la mairie n’ayant aucun argument politique, elle use de l’argument de la sécurité pour justifier notre expulsion.
Mais cela nous interroge, la mairie n’est elle pas inconsciente de laisser à l’abandon un bâtiment qui risque de s’écrouler dans le centre piéton, avec la porte ouverte ? N’importe qui pouvait y accéder depuis des années.
Ou ils usent de démagogie, car on peut s’interroger de la dangerosité réelle. Il n’est pas question de nier l’existence d’une poutre fragilisée (cela concerne quelques pièces que nous n’utilisons pas), mais de là à laisser entendre que le bâtiment va s’effondrer, il y a de la marge ! Les services de la mairie ont eux-mêmes mis plusieurs mois à déménager, une association y avait un local jusqu’en 2004 et le rez-de-chaussée est encore occupé par des boutiques.
Nous voulons donner vie à la ville de Chambéry et créer un nouveau lieu de rencontre entre les individus, dans des temps où cela est plus que nécessaire.
Nous prenons la liberté de créer un espace réellement humain, d’entraide, de solidarité et de lutte sociale.»

L’opposition UMP de Chambéry, se trouvant en pleine campagne électorale des Régionales et en plein débat sur ce que sont ou devraient être des «bons Français», se saisit, en la personne de O. Ayet de ce sujet, pour le monter en sauce en lançant solennellement un appel «Devant les atermoiements de la municipalité, exigez comme nous un débat sur l’autorité communale !»

Diantre !

Qu’une demande citoyenne, sociale, culturelle, autonome, banale et inoffensive portée par des jeunes, dans une ville de France, ne puisse rencontrer en face d’elle, qu’une réponse sécuritaire ou pire qu’elle devienne une menace contre «l’autorité communale» nous paraît bien représentatif de l’époque dans laquelle nous rentrons.

Toute cette volonté de ne pas répondre à ce questionnement (espace alternatif à Chambéry), toute cette incompréhension, cette mauvaise foi, cette manipulation sont bien inquiétantes…

C’est le «métier» même et le rôle du politique que de résoudre en les apaisant les demandes et les attentes sociales. Le contraire pouvant être assimilé à de la pyromanie.

Le P’tit Démocrate de Chambéry, 11 décembre

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