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Chapardeuse-Makkai.jpg 

 

 

 

 

 

 

  Il était une fois une petite ville un peu paumée au fin fond du Middle West. Dans la petite ville, il y avait une petite bibliothèque. Et dans cette petite bibliothèque, un petit garçon d'une dizaine d'années. Ian. Fils unique d'un couple de chrétiens fondamentalistes homophobes. Et dans la bibliothèque, il y avait une bibliothécaire nommée Lucy, à peine 26 ans, d'origine russe. Elle aime beaucoup son job, sa tranquillité, et surtout aimerait bien que les habitants la prennent pour une jeune femme, certes célibataire, mais normale, sans tous les clichés liés à sa profession.

  Ian passe une grande partie de sa vie dans cette bibliothèque. Même parfois malade, il vient, s'installe longuement et se réfugie au milieu des livres. Il faut préciser que sa vie n'est pas vraiment facile. Stage hebdomadaire de réadaptation obligatoire avec un pasteur et interdiction de nombreuses lectures, ses parents le soupçonnant d'être homosexuel.


  Difficile pour un fou de livres de résister à l'envie de se faire enfermer une nuit dans cette accueillante bibliothèque où Lucy va le découvrir le matin. Elle décide alors de ne pas le ramener chez ses parents. Tel est le point de départ de cet attachant premier roman de Rebecca Makkai.


  Nos deux protagonistes vont partir "on the road" à travers les Etats-Unis, d'après le 11/09. Sans nul doute un besoin commun de s'évader, même si les raisons sont différentes. Pour l'un, il s'agit de découvrir le monde et d'aller au-delà de ses rêves en forme de livres. Pour l'autre, il s'agit de s'interroger sur ses origines, sa famille, sur son pays presque totalement constitué d'immigrants. Elle aussi devient une fugueuse, une chapardeuse d'enfants. Ou bien n'aurait-elle pas été "enlevée" par ce gamin-lecteur si sensible ?

Au fil des pages, le duo entre dans un surprenant road-trip qui permet de brosser une partie de l'identité du pays, en traçant les leurs. Une fuite en forme de révélations. Depuis Laborit on sait que le mal-être peut parfois s'exprimer dans la fuite.


  Rebecca Makkai qui a écrit des nouvelles avant ce premier roman, possède une tonalité qui permet de partager cette longue et émouvante balade avec ce duo de rebelles en rupture avec des pesanteurs professionnelle ou familiale.

  Chapardeuse est une des vraies belles surprises dans ce lot de premiers romans que chaque automne nous apporte. A l'image d'un bon Bordeaux, long en bouche, une fois le livre refermé, Ian et Lucy demeurent longtemps dans nos esprits.

  Une belle preuve du talent de Rebecca Makkai.



   Dan29000


 

 

Makkai.jpgChapardeuse

Rebecca Makkai

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Samuel Todd (The borrower)

Collection : Du monde entier

Editions Gallimard

2012 / 368 p / 21 euros

 

Découvrir le site de l'éditeur


 

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ENTRETIEN POUR LIBERATION.FR LE 19/09/12

 

EXTRAIT /

Comment avez-vous commencé à écrire ?

J’ai commencé par écrire des nouvelles, qui ont été publiées. Cela m’a permis de capter plus facilement l’attention des éditeurs pour Chapardeuse. En fait, j’ai eu l’idée de ce roman il y a plus de onze ans. J’étais très jeune à l’époque, je ne me sentais pas encore prête à me lancer dans un projet aussi vaste. J’ai pris des notes, beaucoup, et j’ai laissé tout ça reposer. C’est seulement dix ans après que je les ai reprises. Mais tout était déjà là, en substance : l’idée d’un enfant que ses parents veulent placer dans un programme «antigay», une de ces organisations fondamentalistes œuvrant «à la réhabilitation des enfants sexuellement désorientés», et la fuite qui s’ensuit. Avec un tel sujet, qui impliquait des dimensions morales et politiques, j’avais besoin d’ampleur. Il me fallait au moins 200 pages.

 

 

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borrower.jpgEXTRAIT / page 44


 

"Ainsi Nabokov trônait entre Gogol et Hemingway, en équilibre entre le Vieux Monde et le Nouveau ; Willa Cather, Theodore Dreiser et Thomas Hardy étaient empilés ensemble non pas pour leur proximité chronologique mais parce que je leur trouvais à tous une forme de sécheresse (dans le cas de Dreiser, c'était plus lié à son nom) ; George Eliot et Jane Austen partageaient une pile avec Thackeray parce que tout ce que j'avais de lui était La foire aux vanités, et je pensais que Becky Sharp se sentirait mieux en présence de dames (au fond de moi, je craignais qu'à côté de David Copperfield elle ne tentât de le séduire). Et puis il y avait diverses piles d'auteurs contemporains dont je pensais qu'ils se seraient bien entendus à une sauterie. Plus trois piles de livres insipides selon moi, mais que je gardais au cas où quelqu'un me demandait de les lui prêter : par exemple, un livre captivant sur une famille d'artistes de cirque ou ce roman expérimental sur une bonne sœur qui voyageait dans le temps. J'aurais détesté devoir répondre que oui, je savais quel livre serait parfait, mais que je venais de m'en débarrasser. Certes, cela arrivait rarement."

 

 

 

 


Tag(s) : #lectures

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