Charles Hoareau : retour sur les élections régionales

Publié le par dan29000

Il faut fleurir là où l’on est" 
 
de Charles HOAREAU

Ainsi donc ce que nous pressentons et voyons s’accélérer depuis 10 ans déjà s’est une nouvelle fois vérifié ce week-end.

Refus de vote massif et, pour celles et ceux qui se déplacent encore, vote sans grand enthousiasme pour une « gôche » qui ne convainc guère, voilà les grands enseignements des régionales.

Dans ce contexte la raclée électorale que se prend la droite, si elle peut satisfaire, n’est pas pour autant très rassurante, surtout si on ajoute le score du Front National. Ce n’est d’ailleurs qu’à sa présence au 2ème tour et donc à la division de la droite, que la « gôche » doit de garder un certain nombre de régions.

Un élément intéressant ce sont les listes de rassemblement à gauche, (sans guillemet cette fois) qui ont montré, en particulier en Languedoc, Limousin, Nord/Pas de Calais, qu’il y avait des forces capables de s’unir, de proposer sans se renier entre deux tours, distinguant la nécessité de battre la droite et celle de participer au brouillage politique ambiant dans des gestions de compromis.

Pourtant la lucidité oblige à voir que partout, toutes les forces en présence font moins de voix qu’aux dernières régionales et que le refus de vote est particulièrement fort dans les quartiers les plus populaires même dans les trois régions citées.
Un refus de vote qui vient de loin.

Pour les générations qui ont connu 1981 et l’avènement historique de la gauche au pouvoir le désenchantement a commencé là.
Tant d’espoir soulevé par cette victoire historique qui avait largement mobilisé le pays à une époque où les débats politiques étaient des débats de société, où était clairement posée quelle alternative au capitalisme,
tant d’espoir qui 2 ans plus tard devait se briser sur ce que l’on a appelé « le tournant de la rigueur », expression employée pour désigner le fait que le pouvoir élu renonçait à s’attaquer au capitalisme et aux promesses de réforme qu’il l’avaient fait élire et dont le peuple avait tant besoin.
Blocage des salaires, arrêt du processus de nationalisation, refus de s’affronter au grand patronat et même aux directions des entreprises publiques qui gardaient des critères de gestion de droite. Les renoncements furent nombreux et allaient entraîner le pays dans une spirale d’acceptation croissante des exigences du capital.
Sur le plan du logement la gauche avait promis dans son programme commun d’abroger la loi Barre que la droite avait voté 4 ans plus tôt, loi qui avait sonné la mort du logement social en France et au-delà de la construction de logements pour simplement répondre aux besoins du pays dans sa diversité. La gauche ne tint jamais sa promesse et depuis cette date la situation de millions d’habitants des quartiers populaires n’a cessé de se dégrader, sans que les emplâtres appelés successivement politique de la ville ou plans quartiers sensibles (sic !) ne puissent rien changer…

Depuis ces années-là le pays a vu alternativement se succéder au pouvoir le PS seul, puis la droite, puis « la gauche » dite « plurielle », puis re-la droite sans que les alternances n’ouvrent une quelconque perspective politique.

Pire quand le peuple n’a pas voté « comme il faut » en particulier en 2005 contre la constitution européenne, il a d’abord vu se reconstituer au soir même du 29 mai, une alliance encore inconcevable la veille entre la « gauche » du OUI (comme si cela pouvait exister) et celle du NON, ce qui niait le choix pourtant bien réel de société que le référendum supposait et la ligne de fracture entre partisans du NON et partisans du OUI et, quelques mois plus tard, grâce à un artifice nommé congrès, digne des dictatures étrangères que notre pays des droits de l’homme donneur de leçon devant le monde entier ne cesse de stigmatiser, une remise en cause totale de son expression démocratique pourtant bien massive.

Comment dans ces conditions voulez-vous que tous ces gens qui depuis tant d’années voient mois après mois se détériorer leur conditions de vie, assistent à la négation de leur vote et en plus subissent des discours d’un « personnel politique » de moins en moins à leur image, comment voulez-vous que tous ces gens aillent voter ?

Combien de métallos, de chômeurs, de surexploités du nettoyage ou de la sécurité, d’habitants des quartiers populaires sont-ils dirigeants de partis, élus députés, maires ou sénateurs ? Les rares qui surgissent, telles des marionnettes, ne sont là que pour jouer le rôle du pauvre de service quand ils n’apparaissent pas comme l’alibi d’une diversité ou mieux d’une « discrimination positive » que l’on présente comme la dernière des tartes à la crème…

Ce n’est pas le peuple qui a perdu le sens politique c’est la politique qui a perdu le sens du peuple.
Assumons nos responsabilités

Bien sûr ce constat fait, nous ne souhaitons pas en rester là.
Nous ne nous battons pas depuis des années pour baisser les bras devant une situation pareille et accepter comme une fatalité l’évolution de la situation.

De même nous ne pensons pas que certains peuples sont condamnés à un « choix » Sarkozy - Villepin – Aubry - Strauss-Kahn alors que d’autres auraient droit à Chavez ou Morales.

Ce qui se passe en Grèce où le KKE et le PAME secouent le cocotier de la « gôche » au pouvoir et du syndicalisme de renoncement n’est pas un modèle à reproduire in extenso ici, mais avouons que cela donne des idées.

Les salarié-e-s de Fralib pour les salaires, ceux de la chimie pour l’emploi et la nationalisation de l’outil de production, celles et ceux des hôpitaux ou de la SNCF pour un service du public et… tant d’autres, mènent des luttes, sur lesquelles le mouvement politique peut s’appuyer pour rouvrir une perspective et rendre crédible un changement de société. En ce sens le 23 mars est une bonne réponse aux autruches qui ne veulent rien changer à leur action politique.

La conscience politique n’est ni réservée à une élite, ni à une nation. Elle est à construire, à développer, à entretenir.

Rouge Vif se veut seulement un élément de cette reconstruction non pas autour de lui mais avec toutes celles et ceux qui désirent le faire, à partir du peuple et en premier de celles et ceux qui souffrent le plus des méfaits du capitalisme.
Cela dépend donc de chacun de nous, de notre engagement, de notre volonté de reconstruire, du temps que l’on passera à cette tâche.

Comme le dit le dicton : « Il faut fleurir là où l’on est ! »

Ami-e-s lectrices ou lecteurs qui année après année êtes toujours plus nombreux à nous lire, que vous souhaiter d’autre, en ce début de printemps, que de prendre part à la floraison collective ?

Ensemble, comme nous le lançons il y a 10 ans, là où nous sommes, assumons nos responsabilités

http://www.rougemidi.org/spip.php?article4709

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