Charlie Bauer, mort d'un révolutionnaire à 68 ans, salut Charlie !

Publié le par dan29000

 

charlie dvdIl y a des morts qui pèsent comme une montagne, et des morts qui pèsent comme une plume. Celle de Charlie Bauer dimanche dernier, d'une crise cardiaque, pèse comme une montagne.

En un premier double hommage ce mardi, la diffusion, ci-contre, de l'émission de Mermet sur France inter à l'époque de son premier livre FRACTURES D'UNE VIE, au  moment où il luttait contre l'enfermement mortifère dans les QHS de la République. Et aussi ci-dessous un  portrait assez bien fait publié dans Libération en septembre 2010.

 

Charlie Bauer a consacré toute sa vie à la révolution, à la résistance, illustrant le propos en tête de notre site "Résister c'est créer, créer c'est résister". Marseille, l'antifascisme, le communisme, le FNL, la prison, Mesrine, l'écriture et les interventions dans les lycées depuis des années. L'homme n'a jamais rien renié de ses combats passés, qui étaient d'ailleurs ses combats d'aujourd'hui. Ayant passé 25 ans de sa vie en prison, il en avait profité pour passer une licence de philosophie et une de sociologie. Il avait saisi mieux que personne l'importance de l'art dans la vie et dans les luttes révolutionnaires.


Il avait fait sienne, durant toute sa vie, la devise de Victor Hugo :

 

"Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent"

 

Salut Charlie !

 

Dan29000

 

 

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Camarade n°1

portrait

CHARLIE BAUER. Vingt ans après la mort de Mesrine, l’ex-complice de l’ennemi public n°1 soigne sa légende «révolutionnaire».

Par PATRICIA TOURANCHEAU

 


«Toujours jeune.» A 67 ans, Charlie Bauer trimballe sa «gueule de métèque», cheveux longs et moustache noirs, son accent marseillais et ses idées anarcho-communistes sur les plateaux de télé et dans les réunions politiques, ponctuant ses interventions de «la lucha continua» (la lutte continue). Il ne se présente plus comme «l’ami complice de l’ennemi n°1», Jacques Mesrine, tué par la police le 2 novembre 1979. Ce jour-là, Charlie Bauer apprend «l’exécution» de son coéquipier par «un flash spécial sur les écrans de télé chez Darty» où il achète un lave-linge avec sa compagne. «Mes idées cryptoféministes m’ont sauvé la vie, j’étais prévu ad patres.» Il sort à présent un livre pour «rectifier le tir, expliciter l’époque, sans "mesrinomania" d’autant plus que ce fut une erreur politique».

Né en 1943 dans le quartier de l’Estaque à Marseille, fils de prolétaires juifs, staliniens et résistants, le petit miséreux est enrôlé dès l’âge de 8 ans par son père dans les Jeunesses communistes. Il porte tôt des sacs sur les docks, vole de la ferraille, déboulonne des rails puis «attaque des trains de marchandise, façon Jesse James, avec toute une bande armée», dit-il. Il se targue d’appartenir alors à «la 7e wilaya en France» et de piller les containers pour alimenter le FLN algérien. Il en rajoute là-dessus, si l’on en croit un ancien activiste pour qui «Charlie se veut un détenu politique plutôt que de droit commun et réécrit l’histoire».

En tout cas, Bauer plonge en 1962 pour des cambriolages de nuit (arrestation musclée, tortures à l’électricité) et prend une peine démesurée : vingt ans. Me Jean-Louis Pelletier qui défendait l’un de «ces casseurs de magasins de fringues» certes organisés et armés, reste sidéré par la sévérité du verdict. «On a été condamnés pour nos idées, l’expropriation et la redistribution», soutient Bauer qui connaît ensuite l’enfer des quartiers de haute sécurité (QHS). Il ne relate pas dans son nouveau livre, pourtant lourd de digressions, sa tentative d’évasion de la centrale de Clairvaux par les égouts en 1971, avec cinq codétenus que les surveillants ont essayé de noyerpuis ont lynchés.

En prison, Bauer doit se battre pour «conquérir le droit d’étudier au QHS» de Lisieux. C’est ainsi qu’il rencontre Renée, sa professeure de français. Après sa libération conditionnelle en 1977, ils ont une fille prénommée Sarah Illioutcha (en hommage à Lénine dont le vrai nom était Vladimir Illitch Oulianov). Il monte «un groupe d’intervention antifasciste» avec un codétenu nommé Pierre Goldman mais scissionne avec «cet ami qui conçoit davantage l’action à la Chapelle des Lombards», la boîte de nuit de la Bastille.

C’est en juin 1979 que Charlie Bauer rencontre le «grand» Jacques, traqué par toutes les polices. «Mesrine me savait actif contre les QHS et je me suis associé avec ce marginal violent qui voulait faire sauter le QHS de Mende», le pire. Pour Gilles Millet, alors journaliste à Libération qui interviewe Mesrine et connaît Bauer, «le premier cherchait un intermédiaire, le second à se faire mousser». L’ennemi public qui vient de kidnapper un milliardaire de la Sarthe, veut un gars capable d’aller récupérer «400 plaques» auprès de l’otage libéré lui ayant signé «une reconnaissance de dettes». Un plan «loufoque» selon Bauer qui participe à ce «racket qui relève de pratiques truandes». Bauer écope de cinq ans de prison pour ce «recel de rançon», ajouté à cinq ans pour détention d’armes et trafic de stups. Il est en revanche acquitté de l’enlèvement du journaliste de Minute torturé par Mesrine dans une grotte, en septembre 1979.

Dans son récent biopic sur Mesrine, pour lequel Bauer était «conseiller technique», le réalisateur Jean-François Richet met pourtant Charlie Bauer en scène comme complice du tortionnaire. «Le film me met dedans. C’est une fiction. Ou alors retenez de mon intervention que c’est moi qui arrête le massacre. Le facho, c’est lui, pas moi.» Quant à son personnage incarné par un Gérard Lanvin grotesque avec sa perruque de travers et son parler à la Fernandel, Charlie Bauer l’a trouvé bien : «Cet accent marseillais a ajouté une note d’authenticité qui, à moi, m’a fait plaisir. C’est moi qui ai recommandé Lanvin pour tenir ce rôle». A ses yeux, c’est «un bon film policier» qui fait «dans l’Hollywood chewing-gum et met trop en avant Vincent Cassel» (Mesrine), césar du meilleur acteur 2009, au détriment d’autres «comme Lanvin, qui s’effacent»

Pour les uns, c’est «par mégalomanie» que Bauer perpétue Mesrine. D’autres lui reprochent «de faire fructifier l’histoire». Mais le «révolutionnaire professionnel» qui touche 134 euros de retraite par mois s’érige en faux : «Je ne suis pas un commerçant, sinon je ferais un feuilleton. Je n’ai pas besoin du film ou du livre pour vivre.» Il se considère comme le«transmetteur» d’une «Histoire sociale» avec un grand H. Le Marseillais a troqué le «fuego» (feu) en acier contre «le verbe armé». Il tient des conférences dans les maisons de la culture, les villages vacances et les lycées de banlieues sur «la réappropriation de l’oralité et de l’échange avec autrui».

De la tchatche, l’Indien en a à revendre. Lui qui dit avoir mis ses paroles en actes dans les années 70 ne se sent ni anachronique, ni dépassé. «Je n’ai pas la nostalgie d’un ancien combattant, je reste un combattant». Il profite de son aura auprès des jeunes qui «l’associent volontiers à Mesrine ou à Scarface» pour «remettre en cause les choses existantes comme cela s’est fait en 1936». Il a participé au comité de soutien pour libérer les anciens d’Action Directe mais agace souvent dans les réunions à cause de «son énorme ego». Un militant: «Il parle trop de lui au détriment des gens qu’il soutient. Mais c’est un brave mec qui a toujours été là.»

Face à Mesrine plutôt porté sur la viande et qui se tapait sur le ventre à la fin de chaque repas en disant «encore un, qu’ils n’auront pas», Bauer cultivait le régime végétarien et continue : «Je ne bouffe pas de cadavres.» Ce goût pour les légumes relève d’une haute «lutte contre le régime pénitentiaire et pour le droit à manger ce qu’on veut», comme «pour l’accès au savoir». Il a fini par décrocher deux licences de philo et de psycho, et un doctorat en anthropologie sociale. Depuis 2005, au théâtre, il donne corps aux textes de Varlan Chalamov, dix-huit ans de goulag, sur les exactions des chefs du camp de la Kolyma. Antimachiste revendiqué, notre hôte voyant passer une femme en burqa approuve «le port de ces chiffons» : «Je remiserai mon point de vue lorsque vous supprimerez les strings et les pubs sur les femmes objets de tous les désirs.» Volontiers provocateur, l’«itinérant» qui depuis trente-cinq ans partage sa vie en pointillés avec Renée et sa fille Sarah, devenue conseillère principale d’éducation, lance tout à trac : «Je suis un très mauvais père et mari. Je n’ai qu’une femme, c’est la Révolution, mais putain ce qu’elle baise bien !»


En 8 dates

 

24 février 1943: Né à Marseille.

1962: Vols de nuit. Vingt ans de réclusion.

1977: Conditionnelle.

1979: Coéquipier de Mesrine. 1982 Dix ans de prison pour recel de rançon et détention d’armes.

1988: Libéré.

1990: Fractures d’une vie (Ed. Agone).

2010: Le redresseur de clous (Ed. Cherche-Midi).

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Mitsuko 09/08/2011 09:33



Il est vrai que ça se ressent vraiment dans l'article ...


Ce devait être un homme exceptionnnel ... Mais vraiment, je l'ai ressenti tout de suite ...



dan29000 09/08/2011 10:36



Oui, c'est le mot juste, et on va continuer toute la semaine à lui rendre hommage, 68 ans c'est encore jeune, mais il avait vécu plusieurs vies en une seule...



Mitsuko 09/08/2011 08:47



C'est toujours triste de perdre quelqu'un qui luttait comme révolutionnaire ...


Je voudrais tant que ça revienne de se rebeller pour un oui ou un non ...


Je voudrais tant que les gens se bougent pour que ce monde là change vraiment et comprennent que nous sommes tous liés et que nous devons continuer ensemble
à rassembler les peuples, à éviter les guerres, à lutter contre tous ce qui choquent mais bien sûr je suis une rêveuse mais que j'aimerai que nos enfants et tous les suivants connaissent une
autre vie et surtout que tout le monde puisse vivre vraiment ..



dan29000 09/08/2011 09:25



C'est juste...Ayant eu la chance de le rencontrer en Bretagne il y a deux ans, l'homme était tout à fait fascinant, courageux, entier, très humain, et surtout très clair sur ses combats contre
l'Etat et l'injustice des prisons mortifères. Il a eu une belle vie mais hélas trop courte...