Circus politicus, un livre sur la perte du contrôle citoyen

Publié le par dan29000

Sortie du livre “CIRCUS POLITICUS” sur la perte du contrôle citoyen


Christophe Dubois, co-auteur de « L’argent des politiques » en 2009, et Christophe Deloire, directeur du Centre de formation des journalistes, viennent après enquête approfondie de sortir un livre dénonçant la perte du contrôle citoyen sur les processus de décision les concernant directement, notamment au niveau européen.

Cette perte du contrôle citoyen en général est l’une des préoccupations majeures d’Anticor et nous vous recommandons la lecture de “Circus Politicus”, qui ne fait pas un état des lieux des plus rassurants à ce sujet…

Une adhérente d’Anticor de La Rochelle a bien voulu nous en rédiger une fiche de lecture ci-dessous et nous l’en remercions :

Que dénoncent entre autres les deux auteurs dans leur ouvrage ?

Des délibérations et décisions du Conseil européen réunissant les vingt-sept Chefs d’état, à huis clos, toutes caméras éteintes. Des séances des ministres européens d’une « transparence orwellienne », car ponctuées par les interruptions et « défaillances techniques » (!) des systèmes vidéo, la rétention de documents et les diffusions « reportées »…

Des projets tels celui de Michel BARNIER (Commissaire en charge du Marché intérieur et des services financiers) visant à réguler les agences de notation, rejetés par la Commission…

Une volonté affichée de tenir l’ « Europe éloignée des contraintes électorales » (sic) (Mario Monti). Le Président du Conseil italien est pourtant un économiste réputé (ancien commissaire européen au Marché intérieur, puis à la Concurrence, conseiller de la banque Goldman Sachs, président de la section européenne de la (très secrète) Trilatérale(1), loué pour ses compétences et sa probité. Comme James MADISON, quatrième Président des Etats-Unis, l’expliquait : « le plus grand danger pour la démocratie, est que les citoyens s’organisent, se mobilisent, « s’instituent en factions » (sic) pour promouvoir la demande majoritaire de redistribution par rapport au droit à la propriété »

Des propositions visant à instaurer « une autorité budgétaire centralisée et indépendante qui fixerait les orientations budgétaires de chaque pays de l’Union européenne et allouerait des ressources provenant du budget central » (D. Strauss-Kahn, directeur du FMI au Congrès des banquiers allemands : Francfort, 19 novembre 2010), au mépris de l’indépendance des gouvernements et parlements européens. Selon le traité de Lisbonne, les décisions de la BCE sont prises sous le sceau du secret. Son Président n’est tenu de rendre compte devant le Parlement européen que quatre fois par an.

Cependant le Conseil européen et la BCE ne détiennent pas le monopole de l’opacité. 

  A l’OMC (Organisation mondiale du commerce) les décisions sont prises à l’unanimité, mais dans le huis clos de la « green room », en cercles restreints. De même, l’ORD (« Organe de règlements des différends » de l’OMC) dont les décisions s’imposent, statuait également à huis clos, au mépris du principe le plus élémentaire de justice, jusqu’à ce que Pascal LAMY, son Président, autorise leur ouverture, en vertu d’une interprétation « dynamique »,  mais seulement « si les deux parties sont d’accord ». L’OIT, l’OMS, l’OCDE, l’OMC, les G8, G20, G24 et G77, le FMI, la BRI … fonctionnent également en circuits fermés.

Tutelle des agences de notation, tutelle de l’IASB(2) (International Accounting Standards Board), dont les normes sont imposées par un règlement européen à toutes les entreprises européennes cotées en Bourse, agence financée en grande partie par les Etats-Unis qui sont largement représentés dans l’organigramme, bien qu’eux-mêmes ne soient nullement concernés par ces normes. Influence souterraine des spin-doctors(3) des agences de communication.

Un Président du Conseil européen, H. van ROMPUY, non candidat, non élu. Préalablement adoubé par le Bilderberg(4) et la Trilatérale, clubs très huppés et très fermés, inconnus des médias donc des citoyens ?… Peu évoquées publiquement les rencontres au sein du Bilderberg, entre certains commissaires en charge de dossiers sensibles et les chefs d’entreprise concernés par les enquêtes des premiers.

Peu ébruitée la croisade d’Elisabeth GUIGOU lors de la réunion de la Trilatérale de Paris, du 7 au 9 novembre 2008, pour « sauver l’Europe de la tyrannie des référendums », car « les référendums sont des mécanismes purement destructifs ». A MINC parle de « vérole antidémocratique » (sic). Peu rappelée la vice-présidence de Mario DRAGHI, Président de la BCE, à la Goldman Sachs International et la contribution de ses collègues au maquillage des comptes publics grecs.

Des rapports étroits entre députés, experts et « comités » européens avec les très nombreux lobbyistes. Des « générosités » (pouvant s’élever de 2000 € à 11 000 €) ainsi que l’octroi d’une assistante parlementaire de la part de ces derniers. Des porosités anormales entre ces différentes fonctions.

Des décisions contestables telle celle concernant la suppression du Programme européen d’aide aux plus démunis. Des dérapages dans l’exécution des décisions, tel celui qui a permis l’autorisation du maïs transgénique en 2004 contre l’avis d’une majorité d’états membres. Des procès verbaux ésotériques ou « spéciaux » c’est-à-dire non publics. Une communication en faux semblants.

A ses origines l’Europe n’était qu’un Marché Commun qui pouvait prendre ses décisions à huis clos sans trop d’impact pour la démocratie. Il n’en est plus de même actuellement. Le déficit démocratique est criant.

Dans de telles conjonctures, quel avenir pour l’Europe ? Les chefs d’état et les gouvernements ont de moins en moins de pouvoirs. L’opinion publique est peu (ou n’est pas) informée. En vertu du principe de « transitivité démocratique » qui permet à un élu de choisir  arbitrairement un mandataire, lequel peut choisir, à son tour, un représentant et ainsi de suite, on ne sollicite plus (ou peu) le vote citoyen.

Des initiatives telle celle de Pascal CANFIN, député européen qui a créé, en avril 2011, Finance Watch  dans le but de dénoncer les paradis fiscaux et l’absence de contre-pouvoir aux lobbies financiers, son appel en juin 2011, soutenu par M. BARNIER ainsi que par de nombreuses formations syndicales et associatives (Anticor fait partie des membres fondateurs), constitueraient-ils une ébauche de réponse aux nombreuses questions que pose le fonctionnement actuel de nos institutions européennes ? “

 

Fiche de lecture de Marie Coutelou - Adhérente Anticor de La Rochelle

(1)   Il y a quarante ans, en juillet 1973, à l’initiative de M. David Rockefeller, figure de proue du capitalisme américain, naissait la Commission trilatérale. Cénacle de l’élite politique et économique internationale, ce club très fermé et toujours actif de hauts dirigeants a suscité nombre de controverses.

(2)   Le Bureau international des normes comptables est l’organisme chargé de l’élaboration des normes comptables internationales.

(3)   Conseiller en communication et marketing politique dont la moralité n’est pas toujours la première des qualités…

(4)   Rassemblement annuel et confidentiel d’environ 130 personnalités de la diplomatie, des affaires, de la politique et des médias, principalement américains et européens, qui se veut un forum d’échanges sur les affaires du monde.

 

Source : ANTICOR

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