Claude Chabrol : clap de fin pour l'enfant libre du cinéma français

Publié le par dan29000

 

chabrol.jpgClap de fin à 80 ans pour un des cinéastes de la Nouvelle vague. L'homme était un bon vivant, aimant autant le cinéma que les bons vins, autant les actrices que les bons restaurants. Il avait un regard particulièrement accéré sur la bourgeoisie hexagonale, autopsiant sans complaisance les tares des notables de province, analysant sans fin les lâchetés, les compromissions, les rivalités des nantis planqués dans les grosses bourgades assoupies.

 

Grand directeur d'acteurs et surtout d'actrices, sa longue collaboration avec Isabelle Huppert nous avait donné quelques beaux moments d'une richesse humaine rare avec "Violette Nozière" "Madame Bovary" ou "L'ivresse du pouvoir". Un de ses plus beaux films, dans sa seconde période fut, avec elle, "La cérémonie" adaptation d'un roman de Ruth Rendell ou le duo Huppert-Bonnaire faisait merveille, passant au scanner les rapports de classe entre une domestique et ses patrons aristocratiques...

 

L'homme savait tout faire, étant aussi scénariste, producteur, acteur, dialoguiste, critique de cinéma et écrivain. De la fiction au documentaire (L'oeil de Vichy), du cinéma à la télévision (dont deux Maupassant en 2009), il était passionné par un grand écrivain Simenon dont il avait adapté des romans et qu'il relisait souvent. 

Licencié en lettres, érudit, il fut d'abord journaliste aux prestigieux Cahiers du cinéma avec Truffaut et Rivette, avant d'obtenir un juste succès dès ses débuts avec Le Beau Serge en 1957, avec Jean-Claude Brialy, obtenant le prix Jean Vigo et le grand prix du Festival de Locarno en 1958, puis avec Les Cousins remportant en 1959 l'Ours d'or du Festival de Berlin.

Difficile d'imaginer un début de carrière plus réussie.

Certes il avoua lui-même qu'il ne fit pas que des chefs d'oeuvre...

On peut estimer qu'au sein de sa cinquantaine de films pour le grand écran, une bonne douzaine sont des films majeurs, de "Que la bête meure " et "Le boucher" en passant par "Violette Nozière", "Les fantômes du chapelier" ou encore "La cérémonie" et "Le beau Serge".

Il y avait réellement une patte Chabrol, avec un sens du dialogue et de la progression de l'action, avec une volonté toujours affirmée de brosser des portraits souvent inoubliables par leur justesse et leur proximité.

Même des monstres pouvaient nous devenir proches, c'est dire le talent du bonhomme.

Ajoutons que le gars était très aimé de tous ses acteurs et actrices et qu'il tournait depuis bien longtemps avec la même équipe de techniciens.

Durant près de trois décennies, chaque année, comme pour Woody Allen, nous ramenait un film de Chabrol, une sorte de rendez-vous qui rythmait les saisons, que son public attendait avec fidélité à travers le temps qui passait.

Il préparait un nouveau film que nous ne verrons donc pas.

Déjà il nous manque.

Heureusement il nous reste tous ses films à revoir...

 

Dan29000

 

REACTIONS /

Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque : "C'était un homme absolument délicieux, malicieux, d'une intelligence incroyable et dont il ne laissait percevoir que quelques aspect. Il aimait rire, il aimait les blagues, il blaguait et il se masquait en blaguant (...). Ce que je retiens surtout, c'est l'oeuvre. C'est le cinéaste français qui a fait le plus grand nombre de films depuis 1957-58 (...) C'est surtout une oeuvre d'une cohérence incroyable, j'aime énormément les films de Chabrol (...). C'est une oeuvre incroyablement forte. J'ose dire qu'il y a eu une période dans le cinéma français, je pense à la fin des années 1960, quand il fait "Le boucher", "Que la bête meure", "La femme infidèle", où il est à mon avis le meilleur cinéaste français". (Sur France-Info)

François Berléand, comédien : "Il épinglait la bourgeoisie de province (...) Ces plateaux étaient très drôles, tout le monde s'amusait, c'était un vrai bonheur. C'est quelqu'un qui découvrait les plateaux en même temps que les acteurs (...) C'est quelqu'un qui était amoureux de la vie (...). Pour moi c'est une grande perte, c'était un ami". (Sur LCI)

 

Pavel Lounguine, réalisateur : "Claude Chabrol était intéressant parce qu'il était un représentant de la vielle France. Il avait un humour immense, de la dérision, était attaché aux plaisirs de la vie. Il vivait près de Paris, et avait son jardin, où il cultivait ses légumes. Il aimait parler de cuisine, était un connaisseur des vins, c'était un épicurien qui savait profiter de la vie. Il avait un extraordinaire regard social sur le monde, un sens de l'injustice. Il ressentait profondément tout ce qui se passait dans la société, réagissait à ses problèmes". (Sur la radio Echo de Moscou).

Jean-Pierre Mocky, réalisateur : "On a traversé cette vie, c'est-à-dire près de 60 ans. On se voyait de temps en temps. On disait jamais de mal l'un de l'autre. C'était une espèce d'amitié réciproque. Ca me fait beaucoup de peine, car lui, il avait du talent". (Sur LCI).

 

Source : Nouvel Obs.com 

 

 

 Interview en 2009 : 13'13

 

 
EXTRAIT / LE BEAU SERGE / Bernadette Lafont & J. C. Brialy dans un extrait du film "Le beau Serge", Claude Chabrol 1959 / 3'49
 
   
 

 

Publié dans écrans

Commenter cet article