Clémentine Autain : l'abstention massive ou la politique sous contrainte

Publié le par dan29000

 

 

 

L’abstention massive ou la politique sous contrainte (Chronique France Culture)

par Clémentine Autain


Les cantonales n’ont pas suscité l’enthousiasme, ni fait la Une des journaux, et surtout pas rempli les urnes. Sur les marchés, les militants ont souvent du répondre à une simple question : « c’est pour élire quoi les cantonales… des cantonniers ? ». Non, des conseillers généraux, madame ! Qui siègent où ? Dans les départements. Ah… et les compétences ?

Elles relèvent essentiellement du domaine social : les CG – comme ont dit - s’occupent du RSA ou de l’aide aux personnes dépendantes, des collèges, de subventions complémentaires diverses en faveur des crèches, du logement ou de la culture. Par les temps qui courent, leurs marges de manœuvre sont réduites puisque leurs compétences obligatoires ne cessent d’augmenter pendant que leur budget fond comme neige au soleil. Tant est si bien que la contrainte, réelle et supposée, qui pèse sur les choix politiques semble ruiner la politique elle-même.

Dimanche dernier, il s’agissait donc d’aller voter. Et, le chiffre mérite d’être répété, près de 56% des inscrits sont allés à la pêche. On bat tous les records, même celui de 1988 où l’abstention avait atteint 50,8%. En 2004, lors d’élections concernant la même série de cantons, l’abstention s’élevait à 33% au premier tour. En 2008, elle atteignait 35%. Le cru 2011 affiche donc plus de 20% d’abstention supplémentaire. Le tableau sorti des urnes confirme de façon cinglante la crise de légitimité des institutions. Bien sûr, les quartiers populaires sont les premiers à connaître la désertion des urnes : en Seine-Saint-Denis, par exemple, une commune atteint le chiffre stupéfiant de 75% d’abstention. Mais le décrochage ne concerne plus seulement les catégories populaires. La désaffection traverse la société : la politique, les institutions sensées la faire vivre, n’apparaissent plus comme des lieux privilégiés, opérationnels pour modifier les conditions de vie du plus grand nombre. La « vague bleue Marine » vient confirmer ce mouvement car les motivations du vote FN puisent dans le divorce, connu et plus que consommé, entre le peuple et les élites jugées inaptes à régler leurs difficultés. Autrement dit, l’abstention massive et le refuge dans un vote d’extrême droite signent la délégitimation des classes dirigeantes et la désespérance qui gagne face à la politique qui ne change pas la vie. C’est l’expression consciente et raisonnée d’une contestation, d’une insatisfaction profonde. Son origine réside fondamentalement dans l’effacement des clivages et l’atonie des idéaux comparativement à d’autres séquences historiques. C’est sur ce terreau que prospère l’idée du gouvernement des meilleurs, qui trouve particulièrement à s’épanouir à l’échelon local.

Or, selon la formule célèbre de Pierre Mendès-France : « gouverner, c’est choisir », la politique, c’est la mise en œuvre d’une orientation. Et pour choisir, il faut différentes options en jeu. Ce qui rend la politique d’aujourd’hui sans odeur ni saveur, c’est ce sentiment diffus que les marges de manœuvre n’existent plus, qu’il n’y a qu’un chemin. Le poids des contraintes semble avoir asséché le champ des possibles, étouffé l’imagination, assombri l’avenir. Les retraites ? Une seule solution face à l’allongement de la vie : allonger la durée de cotisation. La santé ? Pour renflouer le trou de la Sécu, il faut mettre à contribution les malades. Voilà l’évidence. L’avenir de la Poste ? La privatisation, c’est le sens de l’Histoire. CQFD. Taxer les profits ? Vous n’y pensez pas, les capitaux vont fuir ; ainsi va la globalisation. Les plans de rigueur ? Evidemment, d’ailleurs droite et gauche les mettent en place en Europe et le FMI veille au grain. Bref ! C’est ainsi que l’alternance et la logique du moindre mal sont devenus les moteurs principaux de vote. Ils prévalent sur l’adhésion et l’espérance. La politique se meure. Vive la politique.

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Mitsuko 01/04/2011 08:43



Bonjour Dan,


Evidemment, l'absention massive en fait s'interroger plus d'un ... et c'est un peu normal ... Malgré tout, l'UMP, le Parti Socialiste semblent ne pas
vraiment s'en préoccuper ... grosse erreur à mon avis mais bon ...


Si cela ne les choque pas que les Français n'ont plus envie d'aller poser leur bulletin dans l'urne ... ils pourraient au moins se poser un minimum de
questions ...


Bon vendredi à toi, Dan. A bientôt. Bises.


Mitsuko



dan29000 01/04/2011 09:16



tu as raison, mais se poser des questions et se déchirer pour savoir qui sera candidat, sont deux choses différentes, et le PS préfère la seconde manifestement...Bonne journée