CNCDH, rapport annuel : accablant sur l'Islamophobie

Publié le par dan29000

mer, 18/07/2012

Cette Islamophobie que l’on ne veut (décidément) pas voir

 

Le rapport annuel de la CNCDH est plus que jamais accablant concernant l’Islamophobie. Et l’impact de certains discours politiques très « Droite Dure » pourrait en être l’une des causes.

 

Au mois de mars 2012, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publie, comme tous les ans, son rapport sur « la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie » en France.

 

Ses auteurs font état, sur la foi des « données communiquées par le ministère » de l’Intérieur, d’une « baisse significative (-16,5% entre 2010 et 2011) des actes et menaces à caractère antisémite », qui semble confirmer « la baisse » déjà « enregistrée » en 2010, après « une année 2009 inquiétante qui avait été marquée par une très nette augmentation » de ces agissements. Ils concluent : « On assiste peut-être à un renversement de tendance, avec une baisse continue et significative de l’antisémitisme en France. »

C’est une bonne nouvelle – mais c’est la seule. 

Pour le reste : le rapport constate que le racisme « est banalisé », que « les immigrés et les musulmans sont perçus de manière plus négative que par le passé », et que cette « montée de l’intolérance » paraît « s’ancr(er) dans la durée ».

 

 

Les violences à caractère antimusulman en hausse de 33,6%

 

Les « actes et violences à caractère antimusulman », en particulier, sont en très nette « augmentation de 33,6% » par rapport à l’année précédente – comme le constate également le Conseil français du culte musulman (CFCM)  : la CNCDH « invite donc les pouvoirs publics à se montrer particulièrement vigilants face à cette violence », et à « s’interroger sur l’impact que peuvent avoir certains discours politiques ou certains débats nationaux sur l’attitude de quelques uns de nos concitoyens vis-à-vis de la population musulmane ». Car, explique-t-elle, « ces différents débats publics » risquent de « faire augmenter des sentiments de défiance à l’égard » de l’islam, qui « pourraient à terme entraîner une augmentation réellement significative » des « violences commises à raison de l’appartenance réelle ou supposée à la religion musulmane » - ou, à tout le moins, « légitimer des comportements antimusulmans ».

L’année 2011 a donc été marquée par une explosion du racisme antimusulman. Mais les pouvoirs publics, plutôt que de s’en préoccuper, ont raffermi cette xénophobie en multipliant, comme le relève encore – avec une certaine insistance – la CNCDH, « des débats de société sur la construction de minarets, le port du voile intégral et l’identité nationale » qui ont « pu alimenter un sentiment antimusulman au sein d’une certaine frange de la population »

Ce dernier point est corroboré par Amnesty International, qui considère de son côté (1) que les incessants « débats » dans lesquels « des responsables des pouvoirs publics » véhiculent, « plutôt que de la combattre, une vision stéréotypée de l’islam, par exemple avec la question du foulard », et qui sont « souvent fondés davantage sur des présupposés que sur des données fiables », ont « pour effet de stigmatiser plus encore les musulmans », et de renforcer la « discrimination » dont ils sont victimes.

Cela dessine une réalité quelque peu angoissante.

 

 

Silence radio dans la presse française ?

 

Mais elle ne perturbe manifestement pas les journalistes français, qui ne font aucun cas de cette déprimante information : Le Monde, quotidien de référence, lui consacre, en tout et pour tout, une rapide et lénifiante « brève », et les hebdomadaires nationaux font, à l’unanimité, le choix de ne pas en parler. Du tout. Comme si la multiplication des actes et violences à caractère antimusulman ne les intéressait tout simplement pas.

Il est vrai que ces mêmes publications organisent dans leurs pages, semaine après semaine, les « débats » stigmatisants dont la CNCDH pointe dans son rapport les effets délétères.

Lorsque L’Express, par exemple, consacre (2) sa couverture à l’islam, ce n’est jamais pour dénoncer les agressions commises contre les musulmans - mais pour exiger que cette religion, systématiquement présentée comme agressive, s’inscrive enfin dans « les justes frontières du vivre ensemble », ou pour l’amalgamer  (3) avec les « menaces que fait peser l’islamisme sur les sociétés occidentales ».

 

Une baisse vraiment?

 

De la même façon : quand Le Nouvel Observateur dédie un dossier à « l’islam de France », ce n’est pas pour déplorer la banalisation des actes et violences à caractère antimusulman – mais bien, plutôt, pour demander (4) si cette religion ne constituerait pas « une menace pour la laïcité ».

Et lorsque Marianne se pique d’expliquer à son lectorat (5) « pourquoi l’islam fait peur » aux Français : le résultat est, comme l’a démontré l’association Acrimed dans un minutieux décryptage, un « dossier fourre-tout » de quarante pages qui entretient, à grand renfort de clichés, « l’“inquiétude“ qu’il prétend expliquer »

 

Il ne faut donc pas s’étonner de ce que les mêmes magazines passent sous silence les inquiétudes de la CNCDH, lorsque cette commission explique que cette stigmatisation permanente de la religion musulmane peut favoriser la commission d’actes et de violences à caractère islamophobe : la reconnaissance de cette vérité ne pourrait se faire qu’au prix d’une très sérieuse remise en question des procédés par lesquels la presse entretient, depuis des années, des préjugés antimusulmans – et l’autocritique, on le sait, n’est pas exactement la discipline préférée des journalistes.

Abdallah Zekri, président de l’Observatoire national de l’islamophobie du Conseil français du culte musulman, vient de révéler que les actes islamophobes, qui s’étaient donc multipliés en 2011, avaient encore augmenté de 14,49% au premier semestre de 2012. Mais, a-t-il ajouté : leur nombre a tout de même un peu diminué (de sept points) au mois de juin, « par rapport à juin 2011 ».

Immédiatement, la presse, unanime, a claironné l’heureuse nouvelle : « Les actes antimusulmans ont baissé ».

 

Et certes : c’est une présentation un peu approximative de ce qui s’est réellement passé. Mais pourquoi rappeler que l’islamophobie a en vérité explosé, quand il est si facile, pour le modeste prix d’un habile biais des statistiques, de prétendre le contraire ?

 

 

Dans son dernier rapport annuel, publié en mai 2012.

En juin 2008.

En octobre 2010.

En février 2006.

En mai 2011.

 

 

 

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