Collectif du 19 mai : urgence d'ouvrir des centres d'injection supervisée de drogues

Publié le par dan29000

 

 

 

 

Il est urgent d'ouvrir des centres d'injection supervisée de drogues
  
membres du Collectif du 19 mai pour l'expérimentation d'une salle de consommation.

Cette volonté d'expérimenter, en France, des centres d'injection supervisée (CIS) résulte de la
difficile réalité de terrain à laquelle sont confrontées les associations et s'appuie sur des résultats scientifiques validés à l'étranger. La mise en place de ces dispositifs vient compléter une politique française de santé publique centrée sur l'accompagnement, dont les résultats sont peu contestables et qui ne contredit pas une politique d'éducation des adolescents.

 

 

 


Les centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa) et les centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction de risques pour usagers de drogues (Caarud), ainsi que les associations d'usagers sont confrontés à la difficulté de déployer la politique de santé en direction des usagers de drogues.

Ces personnes en grande précarité sont souvent en rupture avec le dispositif socio-sanitaire et dans l'impossibilité d'utiliser le matériel de réduction des risques. Par ailleurs, les riverains supportent de plus en plus mal les nuisances résultant de ces no man's lands que deviennent les Sanisettes, certains parkings, les cages d'escaliers etc., où les usagers de drogues s'injectent de l'héroïne, de la cocaïne et des médicaments.

Ainsi, dans le cadre de leurs missions de maraude, et sur la base de la littérature scientifique et des expériences menées dans d'autres pays, les associations de terrain, soutenues par les élus locaux, ont réclamé la possibilité d'expérimenter le dispositif de CIS en France. Contacté sur le sujet, le ministère de la santé avait souhaité attendre les résultats d'une expertise de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur la réduction des risques.

Publié en juin, ce rapport a confirmé que les CIS renforcent l'efficacité d'une politique de réponses graduées, en permettant de réduire les overdoses et les risques infectieux (contamination VIH, hépatite C, abcès...) ; d'atteindre une population d'usagers de drogues à hauts risques et en grande précarité ; d'améliorer leur accès aux soins (y compris de la dépendance) et leur santé ; de réduire la consommation dans les lieux publics et les nuisances associées.

La ministre de la santé, Mme Roselyne Bachelot, ayant pris acte de cette expertise, a proposé que "s'engage une concertation, notamment avec les collectivités locales". Cette démarche s'inscrit totalement dans l'esprit de la déclaration de Vienne qui demande aux gouvernements de réorienter les politiques de lutte contre la drogue en tenant compte des problématiques de santé publique et des données scientifiques disponibles. Lancée en mai, cette déclaration a recueilli plus de 17 000 signatures au niveau mondial, dont celles de leaders politiques, scientifiques ou de la société civile.

Pourtant, le premier ministre, François Fillon, pour qui l'expertise de l'Inserm ne valide pas l'intérêt d'une expérimentation des CIS, affirme, en dépit des preuves scientifiques accumulées, que "la priorité de Matignon est de réduire la consommation de drogue, non de l'accompagner".

Nous nous inquiétons de ces propos, qui sont en complète contradiction avec la loi de santé publique de 2004, et avec la notion d'un accompagnement gradué, pratiqué par les Csapa et Caarud, qui n'oppose plus prévention, soin et réduction des risques, mais fait l'effort de les placer dans un continuum. Avec ce type d'objection, c'est l'ensemble des outils actuels de réduction des risques qui seraient refusés.

C'est d'ailleurs contre ces mêmes arguments que Mme Barzach ou Mme Weil, dans leurs fonctions de ministre de la santé, ont dû lutter pour imposer respectivement la vente libre de seringues en pharmacie, en 1987, ou les programmes de substitution aux opiacés en 1995, qui ont depuis largement fait leurs preuves.

Considérer la diminution de la toxicomanie comme seul élément d'évaluation de la politique de santé est dangereux pour les usagers, coûteux pour les finances de l'Etat et méprisant pour les professionnels de santé. La réduction de la consommation de drogues est aussi notre objectif, mais elle doit être associée à d'autres objectifs (réduire la mortalité, la morbidité, augmenter la qualité de vie, l'accès aux soins spécifiques et généraux, lutter contre l'exclusion...). Les usagers de drogues ne sont pas coupables de leur addiction et doivent bénéficier, comme tous citoyens, d'un accès à la prévention, aux traitements et aux soins !

Opposer la légitime volonté d'une politique de prévention et d'éducation qui dissuade de l'usage à une politique de réduction des risques, qui diminue les conséquences néfastes de l'usage et renforce l'accès aux soins, est un grave contresens. Ce contresens a été à l'origine du retard de la France dans la mise en place de la politique de réduction des risques favorisant la transmission d'agents infectieux (VIH, hépatites) et causant la mort de nombreux usagers de drogues.

Le dispositif actuel d'accompagnement des usagers actifs, fondé sur des données scientifiques, a fait ses preuves. Sauf à être remis en cause dans sa logique même, il évoluera en fonction de nouvelles données scientifiquement contrôlées prévues par la loi de santé publique de 2004. Les CIS ne sont ni une panacée ni un outil de banalisation de l'usage, mais à l'heure où l'injection de cocaïne et de médicaments augmente dans les grandes villes, ils sont une porte nouvelle d'accès au dispositif de soins et d'accompagnement pour ces usagers à hauts risques et très précarisés. Nous ne demandons que le droit d'ouvrir cette porte !


Professeure Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine 2008 ;

Pierre Chappard, coprésident d'Act Up Paris ;

Jean Pierre Couteron, président de l'Association nationale des intervenants en toxicomanie et en addictologie (Anitea) ;

membres du Collectif du 19 mai pour l'expérimentation d'une salle de consommation.


membres du Collectif du 19 mai pour l'expérimentation d'une salle de consommation.

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