Collectif "Les morts de la rue" : l'enquête

Publié le par dan29000

Moins pris en charge, les SDF meurent brutalement dans la rue
Par David Servenay | Rue89 


Cette année, les trois quarts des 173 décès enregistrés par Les Morts de la rue sont survenus de façon violente, sur la voie publique.



Dans la rue, on ne meurt pas de chaud ou de froid. En tout cas, pas souvent. Le constat, dressé par le collectif Les Morts de la rue, ne cesse de se confirmer. En 2010, les SDF décédés le sont, pour les trois quarts, d'une mort violente, sur la voie publique. Des hommes, dans neuf cas sur dix. Enquête de Rue89, à partir des statistiques de l'association.

C'est une longue liste de noms : 173 à la fin du mois d'août, dont 24 pour les deux mois d'été. Cette liste, accessible sur le site du collectif, est celle des morts de l'année en cours.

Elle laisse une trace de ces gens qui décèdent souvent dans l'anonymat. La plupart sont des SDF, marginaux, personnes très isolées.

A la demande de la région Ile-de-France, l'association a mené une enquête statistique comparative sur les années 2006, 2007 et 2008.

Faute d'avoir un échantillon suffisamment large, les résultats sont à traiter avec prudence, comme le souligne Cécile Rocca, coordinatrice du collectif.

 

 

 

Les résultats de l'enquête des Morts de la rue

Hommes/femmes. Les premiers sont très largement majoritaires, à plus de 90%.

Age du décès : l'essentiel des morts de la rue sont regroupés en deux tranches, les 41-50 ans et les 51-60 ans, qui totalisent plus de 60% de l'échantillon, comme le souligne Cécile Rocca :

« Le pic de mortalité nationale des personnes vivant à la rue est entre 41 et 50 ans. »


Par comparaison, le pic de mortalité de la population française se situe entre 70 et 85 ans. L'évolution sur trois ans semble indiquer un léger vieillissement, mais la tendance n'est pas très nette.

Date du décès. Le constat est tragique et va à l'encontre des idées reçues. Dans la rue, il y a des morts toute l'année, été comme hiver avec de faibles écarts de mois en mois. Décembre et février, puis mai et juillet sont les mois où l'on recense le plus de décès. Les pics changent d'année en année. Commentaire de l'association :

« Dans tous les cas, un accompagnement doit être fait dans la durée, et non à une saison particulière. »


Lieu du décès. le collectif a établi deux critères, la rue au sens large du terme -abri de fortune, jardin, bois…- et les « pris en charge » -ceux qui meurent à l'hôpital, en détention, dans un lieu d'hébergement ou chez un ami. Cette fois-ci la tendance dessine un phénomène inquiétant :
Les morts dans la rue sont de plus en plus nombreux -38% en 2006, 56% en 2008.
A l'inverse, la proportion des morts pris en charge à l'hôpital passe de 52% à 32%.

Sans trancher le débat, le collectif s'interroge sur la qualité de la prise en charge des SDF par les services d'urgence, où les pathologies les plus graves touchant ce public seraient mal reconnues. Est-ce par la volonté des intéressés ? Ou à cause des institutions ?

Cause du décès. Dernière information, la mort dans la rue est brutale. Dans leur majorité -plus de 80%-, les SDF meurent d'un coup, que la cause soit naturelle ou non. Les cas d'épuisement ou de longue maladie sont minoritaires.

Dans le détail, on trouve plus de brûlés (11%) et de victimes d'agressions (11%), que de morts de froid (8%), mais aussi de noyés (5%), de suicides (5%) et de victimes de toxiques (5%). Conclusion : la rue est un danger permanent, brutal et mortel pour ceux qui y vivent.

Source : RUE 89

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