Comment le Parti socialiste malmène la diversité

Publié le par dan29000

La diversité est malmenée au Parti socialiste

LE MONDE | 06.04.2012

Par Nasser Demiati, sociologue


 

Depuis quelques années, le pavé de la diversité est tombé dans la mare du débat public. Du coup, après les tentatives malheureuses d'une visibilité des minorités au sein des gouvernements Fillon, le Parti socialiste s'est enfin réveillé de son sommeil idéologique pour concéder une place aux "sujets" issus de la diversité pour les législatives de 2012.

Il met en avant le concept de "diversité choisie" qui n'est pas sans nous rappeler celui de l'"immigration choisie" de l'UMP. Fatima Ogbi, fonctionnaire territorial, militante au PS depuis plus de dix ans, adjointe au maire de Grigny (Essonne), avait décidé de porter sa candidature dans la 10e circonscription de l'Essonne avec le soutien du député (PS) Julien Dray.

A la même période, Malek Boutih, après sa cuisante défaite aux élections législatives de 2007 en Charente, s'est lui aussi porté candidat alors que trois autres circonscriptions lui avaient été proposées par le bureau national. Considérant qu'il n'avait aucune chance, il a préféré venir régler ses comptes avec son ex-mentor et jouer le trublion à Grigny.

Malek Boutih, machine à faire perdre a mené une campagne sans relâche, jusqu'à diffamer le député et sa suppléante, Fatima Ogbi, pour s'imposer sur le territoire en collusion avec le bureau national et contre l'avis des militants de la circonscription.

Un peu plus au nord, dans la 4e circonscription des Hauts-de-Seine (Nanterre/Suresnes), Yacine Djaziri, soutenu par Benoît Hamon, a écarté Habiba Bigdade, militante et présidente de la Ligue des droits de l'homme de ce département dans les mêmes conditions. Et, en Seine-Saint-Denis, dans la 7e circonscription, c'est Mahdi Belkacem, délégué CGT à la RATP, qui a été évincé par Razzy Hammady, un autre proche de Benoît Hamon. Outre les querelles de courants, le bureau national du PS n'a pas hésité à parachuter dans ces différentes circonscriptions des candidats issus eux-mêmes de l'immigration.

Etait-il question de discrimination positive pour imposer la diversité ? Sûrement pas, car les militants de terrain que sont Fatima Ogbi, Habiba Bigdade et Mahdi Belkacem ont un réel ancrage local. On peut difficilement ne pas voir dans cette politique d'intimidation et de diversion une sorte d'atteinte à la dignité de ces élus et militants locaux de la diversité.

En effet, le PS semble les considérer comme interchangeables ; autrement dit, ne valant pas mieux les uns que les autres, car après tout un Arabe est un Arabe ! Le parachutage de ces socialistes nationaux d'origine contrôlée dans des circonscriptions déjà occupées par des militants locaux de la diversité montre à quel point le PS a du mal à exorciser cet inconscient colonial.

On sent bien que la gestion politique des quartiers populaires marquée par un puissant paternalisme se conjugue assez mal avec la participation politique de ceux qui font l'histoire de ces quartiers.

Dans une lettre adressée au premier secrétaire fédéral du PS du Rhône, qui fait suite à un débat houleux pour la préparation des législatives de 2012, Lotfi Ben Khalifa, adjoint au maire de Vénissieux (Rhône), dénonce cette propagande raciale et silencieuse qui le cible : "Tu ne vas pas nous faire ton Arabe de service" ou encore : "Y en a marre des communautés à qui on doit réserver des places..."

Ces propos tenus par deux membres de la fédération illustrent bien l'expression inconsciente des rapports de domination dès lors que la question de la diversité est évoquée. Exaspérés par le manque de reconnaissance d'un engagement au prix de lourds sacrifices, ces militants issus des quartiers populaires portent, un peu à bout de voix, une fidélité partisane éprouvée. Certains en profitent, d'autres en souffrent et beaucoup s'en accommodent. Même si nous comprenons que le PS veuille mettre en avant une "République métissée", et au bout de quarante ans nous ne pouvons que l'y encourager, il ne faudrait pas qu'il le fasse contre cette même diversité qu'il a décidé de promouvoir. Sinon, il court le risque d'introduire plus d'inégalités que de diversité.

En définitive, gestionnaire historique de la défense des immigrés plus que des classes populaires, le PS n'a pas encore pris conscience que la diversité pose avant tout la question de sa propre identité, et non de celle des militants français issus de l'immigration. Et, en la matière, il lui reste à faire un douloureux inventaire.

Nasser Demiati, sociologue

 

Source : LE MONDE.FR

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fabrice23 13/04/2012 15:17


Ce nest hélas pas vraiment une nouveauté,encore un point commun entre le ps et l'ump, la France est de diverses couleurs mais leurs deux chambres d'élus sont bien blanches en dehors des DOM-TOM,
là aussi cela ne donne pas envie de voter pour ces gens-là

dan29000 13/04/2012 15:19



Bien d''accord avec vous, une triste réalité de cette gauche réformiste...