Confessions d'une mangeuse de viande, de Marcela Iacub, chez Fayard

Publié le par dan29000

 

 

confessions marcela jacubDepuis quelques années, livres et films se succèdent sur les ravages occasionnés par la consommation de viande dans le monde. Commence à s'en suivre une forte tendance d'une partie de la population à délaisser la viande, notamment la rouge, une belle prise de conscience de la nocivité de celle-ci pour notre organisme, mais aussi nous interpellant sur notre étroit rapport aux animaux, domestiques ou non. Sans parler du poids écologique terrible que les élevages massifs d'animaux fait peser sur la planète. Plusieurs livres remettent en cause tout cela, alors faut-il manger les animaux, est une bonne question.

 

Marcela Iacub dont nous apprécions toujours les prises de position, et dont les articles dans Libération par le passé étaient toujours pertinents, nous propose cette année un essai, tout à fait convaincant sur ce délicat sujet qui parfois déchaîne les passions.


Née à Buenos Aires, Marcela Iacub est juriste et chercheur au CNRS. Elle intègre le barreau de Buenos Aires à vingt et un ans. En 1989, elle s’installe à Paris, où elle devient juriste spécialisée dans la bioéthique. Après sa thèse de doctorat à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle devient chercheuse au CNRS. Elle est l’une des meilleures spécialistes en bioéthique, travaillant sur les problèmes posés par l’évolution des technologies de la procréation et les revendications contemporaines touchant à la sexualité. Elle est l'auteur de Le Crime était presque sexuel, Penser les droits de la naissance, Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ?, Aimer tue (Stock, 2005), Bêtes et victimes (Stock, 2005), Antimanuel d’éducation sexuelle.Sans oublier un excellent essai intitulé "De la pornographie en Amérique dont nous vous avions parlé l'an passé (lire notre article). 

 

 

Son essai s'ouvre sur  de biens honnêtes aveux sur les plaisirs de la chair. Elle avoue avoir aimé la viande sous toutes ses formes, allant parfois jusqu'à la compulsion. Elle s'attarde ensuite sur ses rapports avec les bouchers avec une certaine délectation inattendue, avant d'en arriver au cannibalisme, grand tabou de notre société et aux réflexions judicieuses de Voltaire quand il écrivit son fameux "Dictionnaire philosophique". Tout cela faisant des ravages dans les populations taraudés par la faim, où il semblait mieux de laisser mourir un enfant plutôt que de lui donner un morceau de cadavre humain ! Car on ne peut qu'être en accord avec l'auteur quand elle affirme que le tabou du corps mort en tant que tel, est de la pure superstition, ou de la névrose.

Dans le chapitre intitulé " Utopies animalistes" Marcela Iacub nous livre quelques belles pages sur sa vie avec sa chienne. Les rapports entre un animal de compagnie et son maître sont particuliers, mais significatifs. Doit-on traiter un chien comme un chien, ou bien le traiter comment un membre de la famille, un élément primordial de notre vie à un moment donné ? Combien de personnes traitent mieux leur animal de compagnie que leur proche ? S'en suit quelques belles pages de méditation sur les étroits rapports entre l'humain et l'animal de compagnie. Une belle réflexion parfois émouvante. Enfin on découvre la théorie du lion et de la gazelle, théorie intéressante sur ce débat.

 

Autre illustration de son propos, l'auteur nous entretient de cet étrange procès entre Gérard X. et son poney Junior. Le premier fut condamné pour avoir, sans violence, sodomiser le second. Manifestement, pour les juges, sodomiser un poney sans violence, était aussi grave que tuer un chat en le plaçant dans un congélateur,  procéder à la castration d'un cheval sans anesthésiant, suspendre des agneaux vivants à des crochets en leur transperçant les pattes...Durant plusieurs siècles, la législation considérait les animaux comme des meubles, des choses assujetties au bon vouloir de leur propriétaire. Puis ils ont acquis le statut d'êtres sensibles.

Bien entendu, peu de gens, et surtout pas nous, suivront certains groupes qui demandent la reconnaissance des droits de l'homme pour les animaux. Mais avec Marcela Iacub, nous défendrons ce qui nous semble fort logique, la reconnaissance du droit à la vie.

 

miacub [50%] [50%]"On ne peut pas cuire, saler, épicer, servir à table le droit à la vie des autres."

 

Le livre s'achève avec quelques pages édifiantes sur Plutarque et son célèbre :

"Manger la chaire", traduit par Jacques Amyot au XVIe siècle.

Parlant de Pythagore qui s'abstenait de manger de la chair, Plutarque s'étonne que l'on puisse faire autrement :

"Comment purent ses yeux souffrir de voir un tel meurtres ? De voir tuer, écorcher, démembrer une pauvre bête ? Comment est-ce que son goût ne fut pas dégouté par horreur quand il vint à manier l'ordure des blessures, quand il vint à recevoir le sang et le jus des plaies mortelles d'autrui ?"

 

Plutarque avait déjà raison, nous pouvons hélas continuer à manger des animaux car nous ne les voyons pas, ni vivre, ni souffrir, ni mourir, ni être transformé dans les abattoirs. Les seuls animaux que nous cotoyons chaque jour nous ne les mangeons pas, chats, chiens, oiseaux ou poissons d'aquarium...

Ce livre est convaincant, espérons que nombre de mangeurs de viande, s'ils ont l'esprit ouvert, le liront et seront guéris de cette pratique nauséabonde.

Pour ma part, je vais m'y employer, surtout quand je commence de plus en plus à entendre les cris des cochons dans mon assiette de saucisses-frites !

 

Dan29000

 

Photo: © CROCUSSS/OPALE

 

Lire aussi "De la pornographie en Amérique" ICI

 

Confessions d'une mangeuse de viande

Marcela Iacub

Editions Fayard

2011 / 158 p / 14 euros

 

==================================================================================

EXTRAIT /

 

"Il y a quelques mois, un événement tragique a complètement transformé l’idée que je me faisais de mon passé. Depuis, je sais que la seule chose digne d’intérêt qui me soit arrivée, c’est le fait d’avoir mangé de la viande.
Malheureusement, il est presque impossible de faire le récit d’un événement tragique. Celui-ci devrait être raconté dans un temps qui ne s’écoule pas, qui n’avance ni ne recule jamais, car ce qu’il fait advenir n’arrive que pour montrer qu’il était déjà là. Or numéroter les chapitres et les parties, écrire la première phrase ou la dernière sont des conventions qui nous enferment dans le temps linéaire des calendriers.
Raconter cet événement tragique en particulier peut, de surcroît, faire naître chez les lecteurs les plus grandes inquiétudes, car c’est un texte classique qui l’a provoqué. Dès lors, si jamais – comme ce fut, hélas, mon cas – vous l’ignorez, vous prendrez conscience qu’ouvrir un livre, lire un poème, écouter une démonstration peuvent devenir des actes dangereux, terriblement dangereux, parce que c’est toute votre vie, et non seulement celle de votre esprit, qui se trouve engagée. Plus encore. Vous comprendrez que cela n’est rien d’autre que le prix de la vérité et que si vous n’êtes pas prêt à le payer, le travail de l’esprit n’est pour vous qu’un amusement sans espérance.
Tout est venu des recherches que j’ai dû entreprendre pour analyser une étrange affaire judiciaire dans laquelle un individu avait été condamné pour avoir commis des pénétrations sexuelles sur Junior, un poney dont il était le propriétaire. Cette décision, qui semblait défier le raisonnable au plus haut point – car le poney en question n’avait pas souffert de la passion qu’il avait suscitée –, est devenue pour moi une énigme que j’ai voulu résoudre avec toutes les ressources dont je disposais. J’ai passé alors plusieurs semaines à la bibliothèque afin de recueillir des documents susceptibles de me permettre d’expliquer cette décision inattendue.
J’ignorais que ces lectures allaient me conduire vers l’événement tragique auquel je voulais échapper depuis que j’étais devenue une mangeuse de viande, qui allait me faire cesser à jamais d’en manger, qui allait ruiner les conditions qui avaient rendu possible, dans le passé, que je pusse le faire. Un événement qui allait me faire comprendre pour une fois, pour la première fois de ma vie, ce que signifie être le protagoniste d’un événement tragique."

 

 

PRESSE /

Fondation 30 millions d'amis

 

A travers ce récit, Marcela Iacub pose des questions qui nous interpellent tous : qu’est-ce qu’un homme ? Quels sont nos rapports avec les animaux, sauvages et domestiques ? Comment le fait de les intégrer dans nos vies et dans nos sociétés remet-il en cause notre définition de l’humanité et notre mode de vie ?

Ce témoignage émouvant et souvent très drôle ébranlera les certitudes des carnivores les plus convaincus, comme celles de ceux qui pensent être les amis des bêtes.

Publié dans lectures

Commenter cet article

keruzien 24/05/2011 20:15



Je suis bien d'accord qu'il faille manger beaucoup moins de viande, vu comment sont élevés les animaux et la quantité d'énergie qu'il faut pour les nourrir. C'est vraiment une aberration. Mais
pourquoi être végétarien ? Si on fait le rapprochement avec le règne animal, de très rares espèces sont cannibales, mais le nombre d'espèces qui en mangent d'autres, tout simplement pour vivre,
on n'a pas assez de doigts, même avec les pieds, pour les compter.
Et ce qui me gêne dans cet absolutisme, comme par exemple dans l'article "Dijon : espace autogéré des Tanneries" où il est demandé d'apporter à manger mais sans viande, c'est qu'on oublie un peu
vite  que parmi ceux qui sont très attachés à en manger, il y a les ouvriers, beaucoup d'hommes qui travaillent physiquement, et j'ai bien peur que ça apparaisse comme un truc de bobo.



dan29000 24/05/2011 20:42



Truc de bobo, houlala, !!!! peut-être une rechute d'ouvriérisme !!!!


Mais tu as raison sur un point quand tu disais qu'il était difficile de faire un com sur un article à propos d'un livre que l'on avait pas lu, tu avais raison, la preuve, lol !!


Jamais d'absolutisme dans ce livre subtil comme l'est toujours Marcela Iacub...