CGT : comment elle veut s'imposer en étant moins radicale

Publié le par dan29000

La CGT veut s’imposer en étant moins radicale


de : Michel Noblecourt


lundi 18 mars 2013 

 

 

 

Du lundi 18 au vendredi 22 mars, lors du 50e congrès de la CGT à Toulouse, 1 000 délégués, représentant 24 154 "bases" syndicales – dont la moitié ont moins de 10 syndiqués – vont débattre de son orientation pour les trois ans à venir. Pour 83 % des délégués, ce sera leur premier congrès. Et pour Thierry Lepaon, qui présentera le rapport d’orientation avant d’être élu secrétaire général, le 21 mars, par le comité confédéral national (CCN), ce sera un baptême du feu.

 

 

 

Pour cet ancien soudeur de 53 ans, qui n’était pas le dauphin de Bernard Thibault, la partie s’annonce délicate. M. Lepaon se veut "pragmatique", et le congrès va se tenir sur un fond de radicalisation. La CGT a marqué fortement sa déception vis-à-vis de François Hollande, pour lequel elle avait appelé à voter. Le futur patron de la centrale est allé jusqu’à accuser le président de s’inscrire "dans la suite de Sarkozy". Loin de se démarquer de cette ligne qui aurait pu apparaître comme un cadeau empoisonné résultant de la crise de succession, M. Lepaon s’y est engouffré, s’affichant même avec les "durs" de Goodyear – et de la fédération de la chimie, opposée à M. Thibault – ou de PSA-Aulnay.

 


IMPRIMER SA MARQUE


"Nous sommes en guerre, au sens propre et au sens plus figuré du mot", a martelé M. Lepaon devant le CCN du 5 février, en faisant allusion au Mali et aux "situations conflictuelles sur le front des rapports sociaux dans notre pays et en Europe ". La radicalisation de la CGT est encore montée d’un cran avec l’accord du 11 janvier sur l’emploi, signé par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC. Pour M. Lepaon, qui veut empêcher sa transposition dans une loi, il s’agit d’un accord "scélérat", "minoritaire", et qui "bafoue la démocratie sociale ".

Le congrès va se faire l’écho de cette radicalisation et prendre pour cibles le Medef, la CFDT et le gouvernement. Pour autant, nombre de signes montrent que M. Lepaon cherche une voie de sortie pour imprimer sa marque mais aussi pour ramener la CGT dans l’espace contractuel. Peut-être est-il attentif au sondage de l’institut Harris Interactive pour Le Peuple, organe officiel de la CGT, en novembre 2012, qui indiquait que 48 % des salariés attendent qu’elle soit "plus réaliste dans les négociations" et 43 % qu’elle soit "plus à l’écoute des travailleurs".

 

"MINIFRACTURE" AVEC LA CFDT

 

Dans L’Humanité Dimanche du 14 mars, M. Lepaon insiste sur la nécessité d’"une mobilisation consciente pour changer la place du travail dans notre société, pour qu’il ne soit plus considéré comme un coût mais comme une richesse". "Nous voulons, ajoute-t-il, être utiles aux salariés, accessibles et solidaires, en disant franchement aux salariés que leur irruption sur les questions sociales, sur le choix de leur vie au travail, est nécessaire." Dans Les Echos du 13 mars, M. Lepaon va plus loin : "Un syndicat n’est pas une machine à perdre, nous avons un esprit de conquête !"

"Je ne veux pas d’une CGT qui se contente de dire non", assène-t-il encore : "La CGT n’est pas opposée aux changements, elle le prouve au quotidien en signant des accords dans les entreprises." Dans le même entretien, il prend ses distances avec Jean-Luc Mélenchon, qui sera présent lundi au congrès, en affirmant : "La CGT n’est pas et ne sera pas le bras armé du Front de gauche." Un état d’esprit que l’on retrouve dans le projet de document d’orientation, élaboré avant l’accord du 11 janvier, où la CGT refuse d’être enfermée dans un "syndicalisme de réaction". Une stratégie de "conquête sociale" qui suit la priorité donnée par M. Thibault à l’implantation dans les "déserts syndicaux".

La question se pose aussi de savoir comment la CGT renouera les liens avec la CFDT après la "mini-fracture" du 11 janvier. "Nous ne leur ferons pas le plaisir, a lancé M. Lepaon devant le CCN le 6 février, d’une guerre des organisations syndicales représentatives de salariés qui ne laisserait qu’un champ de ruines sur lequel danserait le patronat sous le regard médusé des salariés."

 

"SYNDICALISME RASSEMBLÉ"

 

Le 5 mars, lors d’une manifestation, des militants de la CGT ont brûlé à Lille un drapeau de la CFDT. "Un fait grave et indigne du mouvement syndical", selon la centrale de Laurent Berger. Le 15 mars, la direction de la CGT a souligné que "les divergences syndicales ne sauraient pour autant justifier des actes qui ne respectent pas le pluralisme des idées et des organisations ".

La veille, M. Lepaon a téléphoné à M. Berger. Ce dernier ne se rendra pas à Toulouse où la CFDT sera représentée par un simple permanent confédéral. Mais M. Lepaon, qui juge "vital" de chercher l’unité d’action, au nom du "syndicalisme rassemblé", devra envoyer des signaux. Après Toulouse...

 

http://www.lemonde.fr/politique/art...

 

 

SOURCE / BC

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