Conseil général de l'Ariège : Des allocataires du RSA convoqués devant un tribunal nommé "Commission de solidarité territoriale"

Publié le par dan29000

En Ariège comme ailleurs, le RSAste est une zone à défendre

 


Le gouvernement vient d’organiser une grande messe pour la pauvreté, une « conférence de lutte contre l’exclusion ». Il a ainsi annoncé dans tous les média une « hausse de 10 % du RSA ».


 

En réalité, ces coups de trompette ont lieu pour faire oublier quelque chose. Et cette chose se nomme austérité.

En réalité, c’est une attaque contre les pauvres : alors que, le RMI équivalait à 50% du SMIC mensuel, le RSA ne vaut lui que 43% de ce bas salaire faute de mécanismes de réévaluation adéquats. Sur la très faible pente « haussière » choisie par le gouvernement PS-ELV, il n’atteindra jamais ne serait-ce que la moitié du SMIC. De plus, la « hausse » annoncée va s’étaler sur 5 ans. Mieux, elle ne s’appliquera qu’en septembre prochain…

En réalité si on a dit « changement maintenant », « priorité à la jeunesse », « justice sociale », il n’est pas même question de lever une interdiction du revenu minimum aux moins de 25 ans qui pèse sur des centaines de milliers de personnes après avoir dressé des générations d’entrants dans le salariat à la précarité. Cette interdiction pour « raison d’âge », le PS l’avait instauré avec le RMI, dès 1988 [Pour mémoire À gauche poubelle, précaires rebelles]. On préserve le meilleur de la politique, l’inégalité comme méthode de gouvernement. On cultive le refus de toute fraternité. Et que les meilleurs gagnent.

En réalité, dans 10 mois, à situation inchangée, qui perçoit les 418€ mensuels du RSA se verra royalement « augmenté » de 8 euros par mois, c’est-à-dire 26 centimes la journée, pas même une demie baguette.

En réalité, le PS-HEC [On évoque toujours l’ENA à propos de la formation de François Hollande, comme si avoir été à cette école de la bureaucratie française pouvait signifier un intérêt pour le bien commun, or il a également fait ses classes à la haute école de commerce, ce qui rend plus explicite un souci premier du profit, de la rentabilité, une défense de l’économie qui est l’autre nom de la politique du capital, voir à ce propos : Communisme : un manifeste] table sur des recettes [Nous ne paierons pas la taxe d’habitation…] et des économies faites sur les pauvres et attend des pauvres qu’ils continuent à en réaliser pour le compte de leur société. Déjà, chaque année, 5,3 milliards d’euros sont économisés grâce aux 1’650’000 personnes qui, faute d’information sur leurs droits, dissuadés de les exercer par des questionnaires intrusifs, le contrôle [Quelques conseils pour faire face aux contrôles domiciliaires de la CAF], la stigmatisation et la honte — tous sentiments soigneusement inculqués par des journalistes qui n’ont que l’emploi pour horizon, des experts en impuissance du grand nombre, des employés affublés d’un pouvoir exorbitant derrière leurs guichets, leurs ordinateurs et leurs procédures et des responsables politiques nationaux et locaux, comme on le verra plus bas  ne demandent pas le RSA alors qu’ils pourraient y prétendre [Économie du non-recours : 1'650'000 pauvres boudent le RSA].

En réalité, il se trouve que le PS-HEC a lancé contre la population qu’il gouverne un « pacte de compétitivité » qui se traduit par 30 milliards d’euros supplémentaires d’assistance aux entreprises, sommes qui vont pour partie être récupérées par une hausse de la TVA que les plus fauchés sont les premiers à payer. On a donc affaire, malgré les annonces gouvernementales, la sollicitude affichée, à une baisse programmée des moyens de subsistance des RSAstes. En outre, Hollande a fait savoir que les économies budgétaires devraient être réalisées par les collectivités territoriales. Les départements qui ont en charge l’organisation et le fonctionnement du RSA sont donc invités, pour le bien des finances, qui est le seul qui vaille, à serrer la vis aux RSAstes…

En réalité, on le vérifie avec cette annonce de prétendue « hausse du RSA », pour ces gens qui n’ont de cesse de nous rappeler au « sens des réalités » qu’ils veulent imposer, les mots remplacent les choses. Ils semblent absolument convaincus que, comme on dit, « plus c’est gros plus ça passe ». Soyons donc effectivement réalistes. Ce qui est « en hausse », c’est l’insulte aux nécessiteux, ce qui croît sans bornes c’est l’aptitude des nantis à mépriser et mentir. Face à l’abjection d’une oligarchie qui tend à faire de nos existences des territoires colonisés par une logique mortifère, nous ne pouvons faire autrement que de considérer nos vies comme des zones à défendre

Tel est le comportement adopté par nombre de personnes qui tentent de ne pas se laisser faire, tel est le choix fait par divers collectifs de chômeurs, précaires, intermittents, tel le Cafca, dont nous publions ci-bas un texte récent qui fut lu à Pamiers lors de l’interpellation publique d’un notable socialiste.


CIP-IDF, 14 décembre 2012

 

 

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À l’attention de M. Bonrepaux, président du Conseil général d’Ariège

 


Monsieur le président,


Les actions du collectif Cafca (Collectif d’autodéfense face au contrôle de l’administration) consistent à dénoncer l’acharnement de l’administration sur les pauvres, notamment les discrètes mais régulières radiations du RSA [Ariège, le conseil général socialiste supprime le RSA à des centaines de personnes, et le revendique]. Deux fois par mois, dans des locaux du Conseil général, de nombreux allocataires du RSA sont convoqués devant un tribunal pour chômeurs pudiquement nommé « Commission de solidarité territoriale » (CST).


En perturbant la tenue de quelques CST ces derniers mois, nous avons rendu visible le véritable objet de ces commissions : sortir les RSA-stes du dispositif, c’est-à-dire suspendre leurs allocations. C’est pour cette raison que, depuis, les CST se tiennent sous protection policière avec filtrage à l’entrée des locaux.

C’est avec surprise que nous avons lu dans la presse la réponse que vous avez faite à ces modestes occupations : loin de nous démentir et de jouer hypocritement le rôle d’élu de gauche outragé, dont vous êtes pourtant coutumier, vous avez martialement proclamé devant un parterre de journalistes que oui, nom de nom, il faut radier, et il va falloir radier toujours davantage. Il est bien fini le temps où vous vilipendiez le libéralisme de la droite au pouvoir. Vous avez au contraire annoncé que vous prévoyiez 452 radiations d’ici la fin de l’année 2012, ce qui représente 10% des « bénéficiaires » du RSA en Ariège. Vos objectifs chiffrés discréditent totalement votre engagement à faire du « cas par cas »  ; sans doute vous rendez-vous compte à présent du peu de tenue de vos propos, mais enfin la boulette est faite.

La violence de vos propos a estomaqué plus d’un lecteur de la Gazette ariégeoise dans la semaine du 21 septembre [Voir, par exemple Ubu contre CAFCA : la pensée sociale « normale » au temps de la dictature austéritaire]. Embrassant le populisme le plus vulgaire, vous affirmez sans honte qu’on ne compterait plus parmi les allocataires « les gens de mauvaise foi », « les tricheurs », ceux « qui se moquent de vous avec des projets ubuesques », et ceux même « qui n’y ont pas droit ». Octroyer 400 euros par mois à cette engeance ferait gaspiller de l’argent au contribuable, etc. Bref, on connaît la chanson, vous avez simplement déversé les quelques poncifs culpabilisants qui font office de discours aux élus de toutes tendances [Pour un échantillon de propos travaillistes, issus de la droite et de la gauche de droite, destinés à rendre honteux et coupable qui n’est pas en permanence employé par un patron ou patron lui-même : Abjecte sarkophagie travailliste : « Le travail, c’est la liberté, le plein emploi est possible »].

Vous dites que vous devez répondre des choix budgétaires du département devant vos « administrés ». Voilà qui a de quoi surprendre. Jusqu’ici les « administrés » n’ont jamais eu leur mot à dire sur le bon usage des deniers publics. Qui a souvenir d’avoir un jour souhaité construire un énième rond-point ou payer si cher la calamiteuse gestion de l’eau ? Alors pourquoi cette fois faire comme si vous les preniez en compte, ces « administrés » ? La réponse est évidente : vous avez besoin qu’ils vous élisent, encore et encore, pour conserver votre statut social et votre pouvoir. Un pouvoir immense, si l’on considère que vous avez quasiment droit de vie et de mort sur un allocataire que vous jugez « fainéant » ; mais un pouvoir minuscule en fait, quand on sait les limites qui vous sont imparties par le contexte de la crise économique. Comme à l’accoutumée le budget concerne le petit peuple pour les « efforts » à faire, jamais pour les dépenses.

Les industries ont toutes été délocalisées dans des pays où le coût du travail est encore moins cher. Et ce n’est pas la mascarade du Parc naturel régional (PNR) qui risque de redynamiser l’économie de notre département sinistré. L’Ariègeland dont vous rêvez n’offre pas d’emplois durables, à peine permet-il à quelques chômeurs de se changer magiquement en auto-entrepreneurs qui continuent de vivre en dessous du seuil de pauvreté dix mois par an ; de transformer les paysans en paysagistes ; les petits producteurs en marchands de Noël ; les commerçants de proximité en animateurs de ce grand parc à thème ; les villages en carte postale pour touristes. D’autant plus qu’avec les 26 heures de travail hebdomadaires que vous aimeriez rendre obligatoires pour les fainéants qui vivent grassement du RSA, vous risquez de supprimer le peu de travail salarié disponible.

À ceux qui se demanderaient encore « pourquoi il y a tant de RSA-stes en Ariège », nous préférons rappeler en lieu et place de vos boniments, M. Bonsommeil, quelques évidences économiques :

• Comme il n’y pas de travail ailleurs non plus et sous la pression des loyers exorbitants, de plus en plus de pauvres partent vers les campagnes en espérant y survivre plus dignement.

• Tous les pauvres, qu’ils travaillent ou non, le savent : on ne vit pas décemment avec 400 euros par mois. Mais l’obole a beau être dérisoire, il nous faut encore la mériter dans le cadre du dit « contrat d’insertion » [On est avec l’instauration du RSA passé du « contrat d’insertion » du RMI, à un prétendu « contrat d’engagement réciproque », une désignation modernisée qui fait la part belle au pléonasme contrat/réciprocité afin de mieux affirmer dans les faits l’asymétrie de la relation de pouvoir qui s’y déploie, voir Insertion, l’unilatéral "contrat d’engagement réciproque" du RSA. De cette contractualisation et du suivi individuel, même de très officiels rapports de recherche ont pu constater l’ignominie, voir : « Absurdité », « torture morale », une enquête sur le RSA à Paris.]. Un « contrat » léonin, puisque les deux parties ne sont en rien égales et que nous sommes contraints de le signer. Un contrat de dupes, surtout : en l’absence d’emploi, nous voilà contraints d’en simuler la recherche, de jouer la comédie de « l’employabilité » [Comme dans les mises en scène de la téléréalité, dans la sinistre comédie sociale de la concurrence de tous contre tous « pour s’en sortir » qu’il contribue à orchestrer, le Pôle emploi ne nous désigne plus comme des « usagers » ou des « clients » mais comme des « candidats », voir Outragé, Pôle emploi mord la poussière] Nous devons laisser l’État inspecter les moindres recoins de notre vie privée (le contrat peut nous enjoindre à arrêter de boire, trouver un logement, un véhicule, travailler pour des miettes dans une entreprise d’insertion, maigrir, grossir…), « concevoir des projets » qui rentrent dans des cases bien définies, puis suivre notre dossier, le compléter, le corriger. En un mot, nous travestir en bureaucrates de nos propres vies en attendant une prochaine convocation.

• Le stock incompressible d’inemployables dont nous faisons partie nous pose bien plus problème en terme de survie qu’il n’en pose au fonctionnement du marché du travail. En effet, sans chômeurs, comment pourrait-on exercer une pression raisonnable sur les salaires et faire travailler tout le monde au plus bas coût possible ? De peur de se retrouver au chômage, les salariés acceptent des travaux pénibles, un temps de travail variable et incertain pour des salaires de plus en plus maigres. Les chômeurs qui doivent arracher à Pôle Emploi leurs indemnités – pour lesquelles ils ont pourtant cotisé jusque-là – redoutent quant à eux une radiation arbitraire qui les rendrait « RSA-stes ».

Ces catégories – travailleur, chômeur, RSA-ste – n’en sont pas vraiment puisque chacun ou presque passe régulièrement de l’une à l’autre. Néanmoins elles ont ceci de commode qu’elles nous rappellent qu’on peut toujours tomber plus bas et qu’on est pas si mal à sa place [Il est dans la logique du pouvoir d’assigner chacun à ce qui lui est attribué comme place, Fabrique du Sensible], aussi précaire soit-elle. Aussi en faites-vous un usage immodéré, M. Bontrépas, en opposant constamment les bons travailleurs aux mauvais chômeurs dans vos discours démagogiques.

• Il est particulièrement désagréable de se voir taxer de parasites quand, malgré soi, on rend si bien service à l’économie. Car personne n’est sans savoir que le maigre pécule des allocataires du RSA se consume intégralement en logement, alimentation et tabac et retourne donc presque immédiatement dans les caisses de l’État – sous forme de TVA (la principale recette du budget de l’État) –, des propriétaires et des commerçants.

Nous avons décidé de vous répondre, M. Bonnenuit, car nous refusons d’être une fois de plus culpabilisés et utilisés comme une force de travail à bon marché. Nous préférons tenter de nous organiser collectivement, pour que l’emprise de cette administration au service d’une économie en restructuration nous soit moins insupportable.

En se moquant de l’attention que vous voudrez bien porter à l’expression de notre colère, nous vous prions de croire, M. Somnifère, à l’expression de notre profond mépris de classe. Chacun son tour.


Des membres du collectif Cafca

 

 

source : juralib


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