Copwatch en France, dénoncé par Alliance, syndicat de police fatiguant

Publié le par dan29000

 

 

 

 

Copwatch : les flics fliqués sur le Net

La guerre est déclarée entre Indymedia Paris, qui a publié des photos de policiers en civils, et le syndicat Alliance police nationale, qui en appelle à son ministre. Une polémique qui illustre le développement en France du copwatch, importé des Etats-Unis.

 

 



“Nous filmerons et identifierons les flics parisiens un par un”, promettent les anonymes qui ont posté une dizaine de photos de policiers, avec et sans brassards, sur le site Indymedia Paris (collaboratif, ouvert à tous et surtout utilisé par l’extrême-gauche), le 18 décembre. Le but : désigner au grand public quels policiers en civil sont chargés des manifs “afin que l’insécurité gagne leur camp”.

Indignation le 20 décembre de la part d’Alliance police nationale, second syndicat de gardiens de la paix (classé à droite). Dans un communiqué, Alliance déplore “une prolifération de sites ou autres blogs «anti flics»”. Devant “des propos diffamatoires, des outrages et des menaces”, le syndicat “en appelle au Ministre de l’Intérieur et au Préfet de Police afin que la justice soit saisie et que de tels sites soient fermés et leurs administrateurs poursuivis”. Le syndicat Unité-SGP Police, majoritaire, s'est joint le lendemain aux protestations.

En réponse, les posteurs d’Indymedia en ont remis une couche en publiant d’autres photos. Ils se réclament du copwatch, cette pratique nord-américaine visant à surveiller les interventions policières pour empêcher ou médiatiser les bavures. En 1991, un vidéaste amateur filme le tabassage de Rodney King, un jeune noir américain. Un procès a lieu. L’acquittement des policiers provoque les émeutes de 1992 à Los Angeles.

Chasse aux sorcières

Depuis, des groupes de citoyens, aux Etats-Unis, au Canada et plus récemment en Europe, s’organisent autour du copwatch. En France, le Raid-H, Résistons ensemble ou Que fait la police développent le concept par la recension des bavures ou l’appel à la vigilance citoyenne.

La démarche des internautes d’Indymedia va bien plus loin et relève d’autres inspirations idéologiques, entre antifascisme, anarchisme et mouvement autonome. “Nous photographierons et filmerons chaque flic en civil que nous diffuserons comme nos camarades le font dans d’autres villes”, écrivent-ils. Puisque la police dispose de fichiers sur les militants, ils inversent le procédé, avec ou sans commentaires sur les fonctionnaires désignés.

En novembre déjà, Indymedia Paris publiait la photo d’un policier accusé de bavure, avec son identité et un extrait de son profil Facebook. Début décembre, un autre policier était épinglé pour ses liens avec l’extrême-droite. L’exemple le plus significatif, dont les Parisiens s’inspirent, vient d’Indymedia Lille. En octobre, le site identifiait plusieurs policiers soupçonnés d’être proches du Bloc Identitaire. Indymedia Lille a également publié des photos de fonctionnaires de la BAC.

Le “copwatch” a donc tourné, pour certains, au procès en fascisme, voire à la dénonciation de simples policiers pour le principe. Comme lors des manifestations contre la réforme des retraites, où des participants ont “outé” des policiers en civil obligés de se réfugier derrière les cordons de leurs collègues.


http://www.dailymotion.com/video/xffkv6_manif-des-policiers-infiltres-demasques_news

A quoi ça sert? Un militant libertaire, dans une ville de l’Est, nous explique :

“Je l’ai fait localement en publiant sur mon blog la gueule de flics en manifs. Pour moi ce sont des personnages publics, ils ont fait le choix de représenter le maintien de l’ordre. C’est surtout pour leur montrer qu’on est pas des jambons : dans une petite ville ils ne peuvent pas passer inaperçus déguisés au milieu d’une manif.”

Ce trentenaire n’a jamais eu écho de quelconques représailles contre des policiers ou de poursuites contre ceux qui auraient publié leur photo. Il faut dire que les règles sont claires sur le sujet : sauf pour quelques exceptions dues à un poste "sensible", tout policier peut être photographié et filmé et les images être ensuite diffusées. Si un fonctionnaire veut porter plainte sur le fondement du droit à l’image (article 9 du Code civil), il doit démontrer un préjudice.

“Franck”, militant antifasciste parisien, est plus réservé:

“Que les gens soient au courant, c'est bien, mais il faut avoir les reins assez solides. C’est à double tranchant et assez dangereux.”

En juillet à Paris, un homme avait subi un interrogatoire au sujet de la divulgation de l’identité de policiers dans la brochure anarchiste “Analyse d’un dossier d’instruction antiterroriste”, publiée sur plusieurs blogs. Et en dehors du simple droit à l’image, certaines publications pourraient tomber sous le coup de la diffamation ou de l’outrage.
Source : Les inrocks 

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