Corse : journées de Corte, pour lutter contre la spéculation foncière

Publié le par dan29000

yvan collona 3Ghjurnate di corti 2010: Les nationalistes incontournables et débat sur le foncier 



Véritable point d'orgue des Ghjurnate internaziunale, le traditionnel meeting de Corsica Libera a clôturé, hier soir, le grand rendez-vous estival des indépendantistes. Après deux jours ponctués d'échanges et de débats, les membres de l'exécutif du mouvement (*) ont dressé une synthèse des travaux, tout en réaffirmant les enjeux prioritaires de leur lutte. Sous un chapiteau comble et enthousiaste, Jean-Marie Poli a tout d'abord souligné le « franc succès de ces journées qui feront date », avant d'accueillir à la tribune les représentants des différentes délégations présentes, Paul Fleming, du mouvement irlandais Sinn Féin, ayant à cet égard été littéralement ovationné par la foule.



Vers une « sortie de crise » ?

Les interventions se sont ensuite succédé, tirant notamment les enseignements des dernières élections territoriales. « En obtenant 36 % des suffrages, le mouvement national a démontré qu'il constitue la première force politique de Corse, ce qui traduit le rejet d'une politique ultralibérale », a ainsi déclaré Paul-Antoine Susini, qui parlait au nom de l'exécutif. « Contrairement à ce qu'a dit le président Sarkozy, les nationalistes sont plus que jamais au centre du jeu politique », a renchéri Pierre Poggioli.

Réaffirmant que « Corsica Libera est une véritable alternative au système en place », Paul-Antoine Susini a précisé que « la donne essentielle de la solution politique repose sur la reconnaissance du peuple corse », la « mise en oeuvre d'une sortie de crise » étant en ce sens préconisée. « Tous les Corses et les patriotes y sont prêts », a-t-il ajouté.



Pour « la libération de tous les prisonniers politiques »

Auparavant, Jean-Philippe Antolini, de la Comission antirépressive, avait pris la parole pour « dénoncer la répression qui touche notre jeunesse, nos représentants et nos militants. » Avec une émotion partagée par l'assistance, il a tout d'abord rendu hommage à Marcel Lorenzoni et à l'avocat Vincent Stagnara, disparu cette année. Soulignant que « l'État français est en train de constituer un fichier génétique de l'ensemble du peuple corse », il a lancé « un appel à la désobéissance civique » des Corses « pour qu'ils refusent de donner leur ADN. » Il est aussi revenu sur la notion de violence, demandant : « Où est la violence, est-elle du côté de ceux qui bétonnent notre littoral ou de ceux qui le défendent, i clandestini corsi ? »

Puis, comme les autres intervenants, il a abordé la question, « déterminante », des prisonniers. « Au-delà du rapprochement, notre revendication fondamentale est la libération de tous les prisonniers politiques, a-t-il insisté. C'est pourquoi je vous demande aujourd'hui de faire le serment que notre lutte ne s'arrêtera pas tant qu'un seul prisonnier sera encore incarcéré. » Ce à quoi la foule a répondu debout, en scandant à l'unisson : « Libertà ».



Langue corse et citoyenneté

Comme l'ont martelé après lui les conseillers territoriaux Paul-Félix Benedetti et Jean-Guy Talamoni, la libération des prisonniers constitue à l'heure actuelle « l'un des trois enjeux les plus importants de notre action, avec l'officialisation de la langue corse et le règlement de la problématique du foncier par la reconnaissance de la citoyenneté corse. » Accordée sur la base de dix années de résidence sur l'île, cette notion de citoyenneté - qui sera défendue le mois prochain par les élus lors des assises du foncier - a été définie par Paul-Félix Benedetti comme « une mesure d'intégration généreuse ». « Il s'agit d'une planche de salut pour enrayer la spéculation foncière, et c'est l'antichambre possible d'une nationalité de demain. » L'élu a également annoncé que Corsica Libera déposerait prochainement une motion à l'Assemblée de Corse pour l'officialisation de la langue corse.



Des combats pour lesquels Jean-Guy Talamoni compte bien « transformer au plus tôt le succès électoral en succès politique. » Ajoutant que, pour cela, son mouvement « est prêt à travailler loyalement avec tous les représentants de la société corse. » Insistant aussi sur le projet de « développer encore davantage les relations internationales », le leader indépendantiste a évoqué l'appartenance à deux « cercles », celui de la « méditerranéité » face à « l'heure du Nord et à la barbarie de l'argent roi », et celui des « résistances » face à « l'ordre colonial français. » Concluant sur une note d'optimisme, il a ajouté : « Il est temps de réconcilier notre communauté nationale avec elle-même et d'édifier un compromis historique porteur de paix et de prospérité. Je suis certain que la Corse va connaître un avenir serein. »



(*) Étaient à la tribune : les quatre élus territoriaux Jean-Guy Talamoni, Paul-Félix Benedetti, Veronique Sciaretti et Josepha Giacometti, Rosa Prosperi, Pierre-Antoine Susini, Paul-Antoine Susini, Jean-Philippe Antolini, François Sargentini, Pierre Poggioli et Jean-Marie Poli.



Laure Filippi pour corse matin


Débat : enrayer la spéculation foncière grâce à la citoyenneté corse





La musique est vraiment trop forte. C'est dommage, on est là pour communiquer, et finalement, on ne s'entend pas ». Muriel, militante de Corsica libera, peste un peu avec son ami Fabien, dont c'est le premier voyage en Corse. Il faut dire que quelques minutes avant 16 heures, les sympathisants et militants attendent, certains avec une impatience non dissimulée, le début du grand débat du week-end, liant citoyenneté corse et foncier.

C'est finalement une heure plus tard que Rosa Prosperi prendra la parole, suivie de Jean-Guy Talamoni. Si les thèmes choisis soulèvent l'enthousiasme des quelque 400 personnes présentes sous le chapiteau en fin d'après-midi, les chevaux de bataille sont logiquement identiques à ceux présentés pendant la campagne des territoriales : « La question du foncier est primordiale. Notre peuple est confronté à des difficultés sans précédent pour acheter dans l'immobilier ou même pour louer. On le chasse de sa terre. Il n'y a qu'une solution pour enrayer cela : la citoyenneté corse ! » Le mot d'ordre lancé par l'avocat bastiais suscite bien évidemment les applaudissements de l'assemblée.

Les assises du foncier attendues de pied ferme

Le débat peut alors commencer. Se succéderont une dizaine de représentants d'associations et d'élus 1. Si les réponses se rejoignent toutes sur le fond, les points de vue divergent parfois sur la manière de procéder, en particulier en ce qui concerne les questions d'urbanisme. Une chose est néanmoins certaine : les assises du foncier annoncées pour la rentrée sont visiblement attendues de pied ferme, tout comme le débat à l'Assemblée.
La question de la citoyenneté semble, elle, fédérer davantage. Dix ans de résidence en Corse pour pouvoir acheter, « même si certains insulaires continueront à spéculer » soulignait Pierre-Laurent Santelli.

Dans l'assistance, on écoute attentivement. On hoche la tête, on réprouve parfois. D'aucuns regrettent de ne pas pouvoir prendre la parole : « Comme lors des deux premiers débats, nous avons surtout écouté, mais le public a peu participé. Ceci dit, il n'y a pas de langue de bois ici et c'est appréciable », souligne Fabien. Une opinion partagée dans le public, « mais on est aussi là pour soutenir nos élus et les solutions qu'ils proposent », maintient un petit groupe de Bastiais.

Auprès du public, les interventions de Paul-Félix Benedetti et Pierrot Poggioli ont fait mouche. Le premier insistant sur la citoyenneté comme « mesure la plus généreuse, la plus humaine, la plus sociale. Un principe pour une Corse plus juste dans l'avenir » ; le second s'attardant sur « la défense de cette terre que l'on perd peu à peu ».
Quelques minutes plus tard, Jean-Guy Talamoni résumera en quelques mots une heure trente d'échanges : « Chi u populu sia sempre in casa soia (Que notre peuple soit toujours ici chez lui) ».

1. Les intervenants : Vincent Ciccada (collectif loi littoral), Paul-Jo Caitucoli (conseiller général de Petreto), Pierre-Laurent Santelli (U Polpu), Paul-Félix Benedetti, Joseph Colombani (FDSEA), Pierrot Poggioli, Jean-Félix Acquaviva (maire de Lozzi), Michèle Salotti (U Levante), Jean-Yves Torre et François Alfonsi (maire d'Osani).



Sandrine Ordan pour corse matin

Source : FPL


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