Coupe du monde : on s'en foot complétement !

Publié le par dan29000

hotel.jpgÔ toi, le miséreux, ô toi, le supporter... 
C'est donc bientôt ce moment où les foules en liesse vont applaudir des grands garçons en culottes courtes qui continuent à courir après une baballe à leur âge, et c'est à toi, un "toi" collectif que je pense en ce moment. Toi le chômeur, toi le précaire, toi le fonctionnaire de catégorie B, toi le smicard, toi le RSiste, toi le maçon, et même toi l'infirmière puisque à présent même les femmes ne sont plus épargnées par la foutebalistique connerie. Je m'adresse à toi parce que je sais que malgré les âpres conditions que te fais vivre ce scélérat capitalisme, tu seras, fidèle et la Kéken à la main, devant ton écran plat acheté à crédit alors que tu n'as pas les moyens pour mondialiser tes braillements avec des millions d'exploités comme toi, tout heureux d'enfin oublier un peu, pour quelques minutes, tes tourments et angoisses en échange d'un peu de rêve donné par des analphabètes en short.

Et regarde comme ça tombe bien, c'est justement fait pour : que tu oublie.

Oh, non pas que j'ai la prétention de t'apprendre quoi que ce soit, nullement ; on sait depuis des éons que foute = aliénation collective et domestication de foules par la fabrication de l'enthousiasme. Mais le spectacle des masses populaires en furie pour une baballe m'a toujours laissé à la fois rêveur et quelque peu agacé.
On ne peut décidément pas s'empêcher de penser, quand même, que si toute cette fougueuse énergie qui se déploie en cas de victoire de l'équipe nationale avec force klaxons et gens ivres de joie et de bière tiède jetés dans la rue, on ne peut pas s'empêcher de penser que si cette énergie, et même une petite partie d'elle, était consacrée à disons, revendiquer quelques bricoles politiques, et bien on les obtiendrait sans coup férir.
Mais c'est justement à ça que ça sert, le foute, entre autres : jeter les gens dans la rue, pour qu'ils se défoulent pour des conneries.

Les pauvres applaudissent les riches : merveille d'un capitalisme qui peut décidément tout se permettre puisque y voyant l'assentiment collectif. Au fait, toi qui peine à la fin du mois et angoisse de voir ton loyer augmenter lentement mais sûrement, regarde où ils seront logés tes héros :


C'est sympa, hein ? Tu n'y ira jamais. Et puis évite aussi de penser que c'est grâce à ton soutien indéfectible que des millionnaires vont pouvoir se payer des putes anorexiques et des Ferraris rutilantes, ça risquerait de te donner mal à la tête. Quant à te dire que rien au monde n'illustre mieux l'affairisme mafieux que le bizness du ballon rond, non, ça aussi, évite d'y réfléchir.

Évite aussi de te dire, ô toi le gueux, que les conservateurs anglais promettent du sang et des larmes à leur peuple et ce durant des années et des années. Oui, encore et depuis trente ans, les mêmes ne promettent que souffrance sans jamais indiquer qu'à un moment il sera temps tout de même qu'on pourrait en voir les bénéfices. Un jour. Mais redevenons sérieux : il n'y aura jamais de bénéfices pour le peuple. Jamais. Puissions nous simplement souhaiter qu'un jour, ce soient à d'autres qu'on inflige du sang et des larmes.
Même si eux aussi ne manqueront pas de regarder le foute : comme quoi, ça crée des liens, n'est-ce pas.

Il ne faudrait pas conclure sans une pensée émue vers les plus acharnés progressistes qui eux aussi, y a pas de raison, seront devant leur télé la binouze en pogne. Parce que l'anticapitaliste le plus radical, l'ultragauchiste fustigeant la participation aux élections, le marxiste-léniniste le plus crispé, le-la décontructeur-E de genre-E-s le-la plus intratable-E, l'antilibéral le plus fougueux et d'une manière générale tous ceux qui sincèrement vouent le Kapital aux gémonies, chez eux aussi il y'a du supporter qui va applaudir des millionnaires. Je le sais : j'en connais.

Fort heureusement, au vu des récentes performances de notre équipe à nous - tu sais bien, les gens qui ne voient nul problème à gagner 24 ans de SMIC en deux semaines, grâce à toi d'ailleurs...-, on peut très raisonnablement espérer que les choses soient suffisamment vite pliées pour que la réalité reprenne ses droits.



Source : CSP / Comité de salut public



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