Cour des comptes : la vidéosurveillance, efficacité douteuse et coût élevé

Publié le par dan29000

 

Vidéosurveillance: les cinq tacles de la Cour des comptes


Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant s’est étranglé ce matin devant le rapport vachard de la Cour des comptes. L’auguste instance remet notamment en cause l’efficacité de la vidéosurveillance.

 

 

 

 

La vidéosurveillance fait partie des dadas gouvernementaux mis à mal par la Cour des comptes dans son rapport sur “L’organisation et la gestion des forces de sécurité publique. L’institution présidée par le socialiste Didier Migaud canarde les caméras : trop chères, mal contrôlées, d’une efficacité douteuses. Synthèse en cinq points.

1) Le ministère de l’Intérieur ne sait pas compter

En 2009, Nicolas Sarkozy annonce son intention de tripler le nombre de caméras de surveillance sur la voie publique, en dehors de celles installées dans les transports en commun ou les magasins. Le ministère de l’Intérieur en recense 20 000 en 2008, et veut passer à 60 000 d’ici 2012. La consigne est martelée auprès des préfectures.

La Cour des comptes a recompté : il n’y aurait que 10 000 caméras de surveillance en France aujourd’hui, bien loin des chiffres avancés par l’État. Reste que notre pays compte, selon la Cour, autant voire plus de caméras par habitants que les autres pays industrialisés (hormis le Royaume-Uni où la pratique est très développée).

2) Un contrôle défaillant

Dans chaque département, une commission de la vidéoprotection (selon le nouveau terme officialisé par la LOPPSI 2) est censée veiller pour éviter les abus. Mais, selon le rapport :

“Elle ne se rend jamais sur place. De fait, elle n’a aucune marge d’appréciation et son rôle est exclusivement formel : elle s’assure que le formulaire de demande est correctement rempli et que les pièces exigées sont jointes.”

La commission départementale, qui se réunit deux fois par mois, doit parfois examiner jusqu’à 200 dossiers. Par manque de temps et de moyens, le débat reste “superficiel et rapide”. Et l’avis est uniquement consultatif, le préfet pouvant passer outre pour délivrer les autorisations d’exploiter des caméras.

Une fois la vidéosurveillance installée, la commission devrait vérifier que le dispositif respecte bien les engagements pris. Pourtant, d’après la Cour des comptes :

“En l’absence de moyens matériels et humains, les commissions départementales ne peuvent exercer ce pouvoir de contrôle.”

3) Des autorisations préfectorales hasardeuses

Dans l’histoire, le préfet est juge et partie : pressé par le ministère de l’Intérieur de promouvoir la vidéosurveillance auprès des élus pour coller aux consignes nationales, il délivre des autorisations à tour de bras, même là où la délinquance baisse.

La préfecture “oublie” aussi régulièrement de rappeler les règles de vigilance “quant à la qualité des personnes chargées de l’exploitation du système de surveillance ou visionnant les images”. Elle est pourtant chargée de le faire.

Résultat : une grande variété de personnels habilités à accéder aux locaux de vidéosurveillance, à visionner les images, varient selon les endroits. Ils sont parfois policiers municipaux, d’autres fonctionnaires communaux, sans formation ni accréditation unifiée sur le territoire.

4) Une efficacité douteuse

Si la Cour des comptes constate quelques avantages à la vidéosurveillance - déterminer quels effectifs de police mobiliser en fonction de la gravité des faits, interpeller en flagrant délit, identifier les voitures en stationnement interdit - c’est pour mieux démonter le mythe d’une baisse de la délinquance. Et râler contre l’absence d’analyse scientifique sur le lien entre la vidéosurveillance et le nombre de délits commis.

“A Nice par exemple, où le réseau de caméras le plus important de France, hormis Paris, a été mis en place depuis 2001, aucune évaluation de son efficacité n’a été réalisée par la ville.”

A contrario, la Cour des comptes cite l’exemple de Lyon. La ville a évalué l’efficacité du dispositif dans 57 zones, surveillées et non surveillées. Dans les premières, la délinquance a diminué de 23,5% en trois ans. Dans les secondes, de 21,9%. La différence n’est donc pas significative. Et parmi les délits élucidés, une quantité négligeable l’ont été grâce à l’usage de caméras.

5) Un coût élevé

Rémunération des personnels, maintenance des équipements et loyer de la fibre optique : la Cour estime le coût d’une caméra à 7400 euros par an. Au total, les dépenses de fonctionnement représentent 300 millions d’euros chaque année, supportées par les collectivités territoriales.

Si le nombre de caméras triple, comme le veut Nicolas Sarkozy, 300 millions d’euros d’investissement supplémentaires devraient être engagés, 40% subventionnés par l’Etat, le reste par les communes et intercommunalités. Alors que la réforme de l'Etat radine sur les effectifs de police, les caméras coûtent un bras.

Camille Polloni

 

 

Source : LES INROCKS

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