Daniel Bensaïd, une vie de révolutionnaire et de penseur "passeur"

Publié le par dan29000

bensaid-resistances.gifDaniel Bensaïd nous a quitté hier matin et ce n'est hélas pas une surprise. Nous le savions malade depuis plusieurs années. La réalité de son départ demeure néanmoins dure. Pour beaucoup, au-delà de son engagement militant dans la création de la LCR et de son implication dans la transformation en NPA, Daniel Bensaïd était un intellectuel majeur, de ceux qui permettent de penser l'histoire, celle d'hier et celle d'aujourd'hui, afin de mieux envisager l'avenir.
Très jeune engagé dans le militantisme durant les années soixante, il fut un des animateurs du fameux Mouvenement du 22 mars et un des acteurs de Mai 68 aux côtés de Krivine et Cohn-Bendit...
Il faisait partie de ces écrivains dont nous attendions avec impatience les livres qui contenaient toujours de nombreuses idées fortes, même s'il ne reniait rien du marxisme. Il était de ceux qui tentaient, souvent avec succès, de renouveler la pensée du barbu du 19e siècle afin d'en faire un outil nouveau pour le 21e. Chose évidemment peu aisée. Moins dogmatique que Badiou et procédant sur un champ plus large, il sut faire découvrir aux révolutionnaires Charles Péguy ou Walter Benjamin en "passeur" qu'il était.
Même pour ceux, nombreux, qui quittèrent la LCR, durant de les décennies passées, Bensaïd demeurait, par delà le temps, une référence intellectuelle et humaine. Ses discours percutants sont dans toutes les mémoires, son indépendance d'esprit aussi, rare chez les militants d'organisations. Il était capable de revenir sur le passé avec un sens profond de l'auto-critique et sans cesse parcourait le monde afin de partager les expériences révolutionnaires, comme en Amérique latine. Il eut une vie d'internationaliste convaincu, avec une aptitude fondamentale à faire partager ses convictions inébranlables.
Philosophe et enseignant universitaire, il savait faire partager sa pensée et surtout la rendre compréhensible pour tous, signe des plus grands. Ses propos étaient aussi passionnants à l'écrit qu'à l'oral. Au-delà de ses livres, il fut aussi l'animateur de plusieurs revues, de Critique communiste à l'excellente revue CONTRETEMPS qui demeure incontournable.
En suivant son étonnant parcours et en lisant son oeuvre protéiforme, l'on comprend que s'il restait marxiste malgré les échecs internationaux répétés de cette doctrine en URSS et en Chine ou au Vietnam, c'était un marxiste refondé, ouvert, avec une bonne dose d'altermondialisme. Sa réflexion demeurait vivante, non fossilisée, au contraire de beaucoup de dirigeants se réclamant encore de la révolution et du grand soir ! Le dogmatisme n'était pas dans sa pensée, c'est pourquoi il pouvait être aussi admiré en dehors des étroites familles trotskistes étriquées. L'on sentait dans certains de ses textes une option libertaire, même s'il ne put franchir le pas de rompre avec le marxisme avec tous ses cadavres dans les placards de l'histoire.
Une des plus grandes qualités de Daniel Bensaïd fut aussi de refuser la coupure habituelle entre les théoriciens de la révolution et les activistes. Il avait la capacité, rare, d'être l'un et l'autre dans le même moment.
A un moment où la France et l'Europe sont marquées dans le domaine de la pensée par un terrible déficit presque endémique, Michel Onfray résumait bien l'actuelle situation en disant qu'il y a un défaut d'intelligence tous azimuts. 
Daniel Bensaïd était une des exceptions à ce vide intellectuel qu'il avait si bien brocardé dans un de ses derniers livres sur BHL, Finkielkraut et autres Glucksmann, philosophes en peaux de lapins médiatiques...
Bensa va manquer...

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