Délire antiterroriste : Adlène Hicheur, 5 ans de prison pour des mails

Publié le par dan29000

Le physicien Adlène Hicheur condamné à 5 ans de prison pour terrorisme

Adlène Hicheur, qui travaillait au Cern, a été condamné à 5 ans de prison sur la base de mails et de discussions sur des forums djihadistes.

Le physicien Adlène Hicheur, qui travaillait au Cern près de Genève, a été condamné vendredi 4 mai à 5 ans de prison, dont un avec sursis, par le tribunal correctionnel de Paris qui le reconnait coupable d’avoir préparé un attentat terroriste en France via des conversations sur internet avec un responsable supposé d’Aqmi, l’organisation djihadiste basée en Algérie.

En détention provisoire depuis son arrestation en octobre 2009 à son domicile familial à Vienne (Isère), le physicien français âgé de 35 ans n’a pas nié ces échanges de mail mais dénonce une enquête «malhonnête» et des «inexactitudes». Il s’estime jugé sur des opinions et non sur des actes.

Arrivé d’Algérie avec ses parents lorsqu’il avait un an, Adlène Hicheur était post-doc à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), en Suisse, lorsqu’il a été arrêté. Spécialiste de physique des particules, il menait ses recherches au Cern, qui héberge le grand collisionneur de hadrons (LHC). Il a réalisé sa thèse au Laboratoire d’Annecy-le-Vieux de physique des particules (LAPP), au sein du groupe dirigé par Jean-Pierre Lees qui participe à l’expérience BaBaR menée aux Etats-Unis (SLAC) sur la désintégration des mésons B.

Ses anciens collègues, rejoints par d’autres chercheurs, ont créé un comité international de soutien à Adlène Hicheur. Ils ont notamment dénoncé une détention longue et arbitraire, dans le cadre des lois anti-terroristes, qui lui offrait peu de moyens de préparer sa défense. Dans un éditorial publié le 12 octobre 2011, la revue Nature estimait que cette détention sans jugement était une «entorse aux droits de l’homme» (1).

Son procès s’est ouvert le 29 mars dernier, quelques jours après la mort de Mohammed Merah, responsable de la mort de plusieurs militaires français et de la tuerie de l’école juive de Toulouse. Les proches et les soutiens d’Adlène Hicheur craignaient que ce climat soit très défavorable au jeune physicien. Jean-Pierre Lees, du LAPP, décrit sur son blog le déroulement d’un procès qu’il estime être totalement à charge (on peut également lire les impressions d’un autre collègue du LAPP, Dominique Boutigny). Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, les soutiens de Hicheur dénonçaient «la doctrine insensée du décèlement précoce, du "pré-terrorisme"».

Adlène Hicheur a dix jours pour faire appel de la décision de justice.

Sciences & Avenir.fr
04/05/12

 

(1)  Citation : “Hicheur's case deserves attention because to have held him in custody for so long, although legal under France's tough anti-terror laws, seems a clear abuse of human rights.lire l'intégralité de l'édito de Nature.

 

Source : Science et avenir

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