Demain, Euskal Herria, un livre-entretien avec Arnaldo Otegi

Publié le par dan29000

 

 

  Demain-Euskal-Herria.jpgA moins que vous n'habitiez le Pays Basque, le nom d'Arnaldo Otegi doit vous être inconnu. Il est vrai que nos médias nationaux sont assez avares d'informations venant du Pays basque, de la Corse ou d'Occitanie...L'information régionale doit être cantonnée à la presse régionale. Il nous a donc semblé intéressant pour un site de contre-informations comme le notre de savoir qui était cet homme politique en ce moment en prison. Il avait participé à un livre où il était interviewé par deux journalistes du quotidien "GARA".

 

Arnaldo Otegi est né au Pays Basque espagnol, licencié en philosophie et en lettres, militant d'ETA. Il s'exila en France en 1977 où il fut arrêté et donc expulsé en 1987. Jugé à Madrid, il fut condamné à six ans d'emprisonnement et libéré en 1990. Quatorze ans plus tard, il obtint un siège de parlementaire autonomiste, lors des élections au Parlement de Gasteiz, puis est élu membre de la direction provisoire du parti Herri Batasuna en 1997. Après l'illégalisation de HB, il popularise la proposition d'Anoeta où la gauche indépendantiste propose ses bases pour la résolution du conflit au Pays basque. Il a connu plusieurs fois la prison et appelle au dialogue et à la négociation pour résoudre ce conflit déjà ancien. En octobre 2009 il est de nouveau enfermé pour tentative de reconstituer une base politique abertzale.

 

Dans ce livre particulièrement clair et facile à lire, même pour ceux qui ne connaîtraient rien à la question basque, il revient en détails sur les dernières décennies.

Depuis bien longtemps le Pays Basque subit une vraie situation d'oppression, c'est à dire de négation et de répression de la part des deux Etats  espagnol et français. L'histoire de ces dernières années montrant d'ailleurs que cette volonté farouche de répression alimentée par l'Etat, ne change pas avec l'alternance politique à sa tête. Ce n'est pas pour nous surprendre, mais il est toujours bon de le rappeler afin de ne pas participer à des illusions. Face à cette réalité de négation sur tous les plans, la gauche abertzale a résisté, a lutté, a construit, non sans difficulté et a progressivement créé les conditions d'un nouveau projet, au-delà de la seule lutte armée passée. Une grande partie du peuple basque est demeurée en permanence en rébellion ; plus d'une fois la répression de l'appareil étatique sembla en avoir fini avec cette résistance, qui, d'année en année, perdura.

Dans un ordre chronologique, l'entretien débute sur les réunions de Txiberta, en 1977 où toute l'opposition nationale basque s'était réunie. Une voie commune qui s'évapora assez vite pour des divergences politiques réelles.

Otegi passe ensuite en revue les trois modèles, Alger, Lizarra et Anoeta...

 

Sans doute le chapitre le plus intéressant est-il celui consacré à la création de Batasuna, processus mis en place en 2000 par Euskal Herritarrok qui amena la naissance d'une nouvelle organisation politique nommée Batasuna l'année suivante. Très rapidement, à l'initiative du gouvernement et du pacte PP-PSOE, les Cortes espagnoles vont la rendre illégale. Pourtant elle va réussir à se maintenir, sans bureaux, sans financement public et face aux persécutions incessantes. Le soutien populaire fut la clé de cette résistance durable, un soutien assez large.

 

Autres explications utiles pour décrypter la situation, le 11 mars 2004. L'attentat de Madrid, dix bombes dans 4 trains de banlieue, 191 morts et 1500 blessés, le plus grand attentat en Europe. Attentat très vite attribué à ETA par la droite. Aznar en rajoute dans l'accusation. Rappelons que l'Espagne était alors en période électorale. Très vite les attentats sont revendiqués par une cellule islamique et les manifestations vont se multiplier devant le siège du PP qui va perdre ensuite les élections, ce qui entraine alors le retrait des troupes espagnoles d'Irak par le nouveau gouvernement de Zapatero. Il était important de revenir sur cette "exemplaire" manipulation d'Etat, ce que fait parfaitement Otegi qui ne cache pas que cela entraina une crédibilité accrue pour la gauche abertzale. Et pour Otegi lui-même qui avait ainsi rendu ridicule dans le monde entier Aznar et son gouvernement.

 

Vers la fin de l'entretien, Otegi rappelle un principe qui nous semble essentiel : le droit des peuples à décider librement et démocratiquement son futur politique et économique (droit d'ailleurs inscrit dans les déclarations de l'ONU). Ajoutons à cela, une idée qui semble judicieuse, celle de proposer à tous les candidats lors des élections, une plate-forme a minima comportant la reconnaissance des réalités nationales de l'Etat français...

 

Dans les dernières pages, Arnaldo Otegi revient sur la torture et aussi sur le rêve de l'indépendance partagé par environ 30% des citoyens basques, la langue et le fait que Batasuna se définisse comme une organisation socialiste, et Otegi se considérant comme marxiste :

 

"Le marxiste est un outil nécessaire et indispensable pour analyser et transformer la société. Quant à la social-démocratie, je pense qu'elle est née pour fondamentalement freiner la révolution socialiste." (page 230).

"Batasuna défend donc un projet où la santé, l''éducation, l'égalité des sexes, la qualité des aliments ou le droit à une vie digne soient les objectifs de l'actualité politique.

C'est pourquoi nous proposons de construire et de préserver un secteur public fort, développé, moderne, géré de façon transparente surtout, pour qu'il puisse dynamiser notre économie au service de la majorité des travailleurs de notre pays." (page 231).


 

En conclusion, un livre d'espoir pour les années qui viennent, un livre qui permet de mieux saisir le passé et le présent de la gauche abertzale, une parole aussi franche que claire qui a fait un choix politique de rupture, sans doute le bon choix si on s'en réfère aux résultats positifs des récentes élections. 

Et pourtant Arnaldo Otegi est encore en prison dans l'attente d'un nouveau verdict dans le procès Bateragune (Lire l'article ci-dessous). Alors que la lutte contre le mandat d'arrêt européen et la solidarité avec Aurore Martin toujours menacée d'extradition sont de plus en plus d'actualité, ce livre nous donne quelques clés pour mieux saisir la réalité du Pays Basque.

 

Si vous ne pouvez commander le livre chez votre libraire favori, vous le pourrez via le site de l'éditeur ICI

 

 

 Dan29000

 

 

Demain, Euskal Herria

Entretien avec Arnaldo Otegi

Inaki Iriondo et Ramon Sola

Traduction française de Philippe Lassalle-Astis

Edition Gara / Gatuzain

262 p / 15 euros

 

 

 

 

 

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Batasuna : absous, Arnaldo Otegi reste en prison

Rédaction - 22/07/2011 | eitb.com |

L'Audience Nationale a considéré que les accusations d'apologie de l'ETA reposaient sur des citations de presse non vérifiées. L'ex-membre de Batasuna reste en prison pour le procès Bateragune.


L'Audience Nationale espagnole a absous en appel de toute poursuite Arnaldo Otegi, ex-porte parole du parti indépendantiste Batasuna (illégalisé en 2003 pour être considéré comme le bras politique de l'organisation armée ETA), dans le cadre d'un procès pour hommage à un ancien membre d'ETA José María Sagarduy en 2005.


Dans sa sentence, la plus haute juridiction judiciaire espagnole a estimé que les preuves apportées par l'accusation reposait sur des citations de presse que ne confirmait pas l'enregistrement de cette réunion publique telle que projetée durant le procès.

Sous le coup d'une peine de 18 mois de prison, les juges sont donc revenu sur la sentence d'un premier procès qui l'avait condamné à 2 ans de prison et une peine d'inéligibilité de 16 ans.

A la fin de l'année 2010, Arnaldo Otegi avait déjà été absous d'une peine similaire après une réunion publique au vélomdrome d'Anoeta en 2004, une décision de justice contre laquelle le Ministère de la Justice a déposé un recours.


Le dirigeant politique reste tout de même en prison, dans l'attente des conclusions du procès Bateragune où, avec six autres militants de la gauche indépendantiste, Arnaldo Otegi est soupçonné d'avoir voulu reconstituer le parti Batasuna.

Par le passé, Arnaldo Otegi avait effectué deux années de prison pour apologie du terrorisme par un hommage rendu à un ancien membre de l'ETA, José Miguel Beñarán Ordeñana, et pour "injures au Roi d'Espagne".

 


 

 

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