Des femmes moins égales que d'autres, association Grisélidis

Publié le par dan29000

Des femmes moins égales que d’autres


 

Par Séverine Oriol et Julie Sarrazin Pour l’association Grisélidis


Les viols concernent 75 000 femmes chaque année en France. Ce sont des sœurs, des mères, des filles, des copines, des collègues, des conjointes. Les agresseurs sont très majoritairement des hommes, des frères, des pères, des fils, des copains, des collègues, des conjoints.

 

Parmi ces femmes, il y a des prostituées, des travailleuses du sexe, c’est-à-dire, des femmes qui tarifent des services sexuels. Leurs clients sont très majoritairement des hommes. Alors, comment reconnaître un client d’un agresseur ? Le client est celui qui respecte le contrat. L’agresseur est celui qui ne respecte pas le contrat. L’agresseur est celui qui refuse de mettre un préservatif alors qu’elle l’a exigé ; celui qui ne paye pas ; celui qui frappe ; celui qui menace avec une arme ; celui qui blesse, viole, parfois tue ! Cette différence semble claire et pourtant les hommes de lois ne semblent pas aptes à saisir cette différence. Des policiers et des juges qui, non seulement mettent en doute la parole des femmes, n’instruisent pas les plaintes d’agression, n’enquêtent pas pour retrouver les agresseurs, n’arrêtent pas les agresseurs lorsqu’elles donnent leur adresse et leur signalement, mais en plus, requalifient la plainte pour viol en «agression sexuelle». Parfois même, ils se substituent à la justice en proposant au violeur de payer la passe à la prostituée afin de régler la plainte «à l’amiable». D’autres fois, la justice relâche des policiers reconnus coupables de viol aggravé en bande dans l’exercice de leur fonction. Enfin, trop souvent, des victimes se retrouvent poursuivies pour défaut de papiers ou pour délit de racolage. Tout cela nourrit un sentiment d’impunité chez les agresseurs. Presque systématiquement, les dommages et intérêts des prostituées, reconnues victimes par la justice, sont revus à la baisse par la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (Civi) qui considère qu’elles ont concouru à leur agression, comme si les violences faisaient partie des risques du métier.

 

En plus de la culpabilité inhérente au fait de subir un viol, qui souvent empêche les victimes de parler, il y a aussi le mépris avec lequel certains policiers et certains juges traitent les affaires d’agression des travailleuses du sexe et des prostituées. La police ne se déplace que difficilement quand les prostituées appellent le 17. Pourquoi aller porter plainte alors que les quelques femmes qui ont osé dénoncer et demander réparation ont rarement été reconnues comme victimes par la justice ?

De plus, la loi pour la sécurité intérieure (LSI) de 2003 a fait du racolage, même passif, un délit passible de 3 750 euros d’amende et de deux mois d’emprisonnement. Les actions de solidarité et de soutien avec les prostituées, ainsi que la location d’un appartement ou d’une chambre d’hôtel à une prostituée sont considérées comme du proxénétisme. Si la prostitution est légale, tous les moyens de l’exercer sont en revanche réprimés par la loi. Les maires et les préfets favorisent la mise en place d’arrêtés municipaux antistationnement dans la rue où les femmes travaillent en camionnette. Les prostituées se retrouvent obligées d’aller travailler hors agglomération, dans des lieux isolés où personne n’est là pour les aider en cas d’agression. Enfin, une nouvelle attaque contre les travailleuses du sexe se prépare avec un projet de loi de pénalisation de leurs clients. Dans les faits, les lois répressives restreignent l’accès des prostituées au droit commun, c’est-à-dire, au droit à la justice et à la sécurité. Les travailleuses du sexe ont peur d’aller porter plainte ; peur qu’on profite de la situation pour les «ficher» ; peur d’être arrêtées pour racolage ; peur d’être menées au centre de rétention pour défaut de papiers ; peur qu’on leur retire leur titre de séjour, parfois conditionné à l’arrêt de la prostitution.

Les femmes qui tarifent des actes sexuels sont des femmes comme les autres… Comme toutes les femmes, elles sont souvent malmenées, maltraitées par le système politico-judiciaire mais elles le sont encore plus parce qu’elles sont migrantes et/ou prostituées.

Ni invisibles ni disponibles, les prostituées réclament une égalité de traitement avec toutes les femmes, que les lois qui existent déjà pour toutes et tous soient appliquées comme l’a prévu le législateur et que le gouvernement cesse d’édicter des lois spécifiques qui stigmatisent et excluent les personnes prostituées du droit commun au prétexte de les «protéger».

 

 

 

 

SOURCE / LIBERATION.FR

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