Désintox : pas de passé antisémite, le Front National ?

Publié le par dan29000

Le Front national n’a « pas de passé antisémite » ?

Louis Aliot, vice-président du Front national et codirecteur de campagne de Marine Le Pen, de retour d'une visite en Israël, a assuré, mercredi 14 décembre, sur France Inter que son parti n'a pas de "passé antisémite".L'on dira que le numéro deux du FN à la fois joue avec les mots et a la mémoire courte.

 

 


Effectivement, le FN n'a jamais fait de l'antisémitisme un axe programmatique. Ce qui, soit dit en passant, serait tombé sous le coup de la loi. Mais il a toléré  une parole publique antisémite.

Louis Aliot, lui même, répète souvent sa réelle aversion pour les thématiques négationnistes - une des expressions de l'antisémitisme - et qui  dit souhaiter débarrasser le Front national de ceux qui en sont les promoteurs. Il les compare fréquemment à "une maçonnerie qui agit au sein du Front", au point que les plus violents d’entre eux le surnomment publiquement "le juif Aliot".

 Lors de la création du parti d'extrême droite, l'on trouve ainsi dans le noyau dirigeant de la toute jeune structure un certain nombre de personnalités qui ont de solides états de service en la matière.

Il en est ainsi de Roland Gaucher . Roland Gaucher fut, sous l'Occupation, membre des Jeunesses nationales populaires, émanation du Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat. Et journaliste au National-Populaire, l'organe du RNP, à la ligne ultra-collaborationniste,  qui revendiquait un antisémitisme "complet et résolu".

Directeur de National Hebdo, alors organe central du Front national, et membre du bureau politique de ce parti, Roland Gaucher (sur cette vidéo,  Gaucher interroge Jean-Marie Le Pen) écrira en novembre 1989, dans un numéro hors série: "Nous sommes à l'aube d'un formidable combat à l'échelle planétaire entre l'Internationale juive et l'Internationale chrétienne, catholique d'abord. Selon l'issue de ce combat, qui est le grand affrontement religieux et politique de l'an 2000, selon l'issue de cette bataille, ou bien le christianisme réussira à se maintenir face à la fantastique force du monde juif. Ou bien, croyants et incroyants, nous vivrons sous la loi de la religion nouvelle : celle de la Shoah. "

Ou encore quelques mois plus tard, à propos de l'affaire du carmel d'Auschwitz"Decourtray [archevêque de Lyon à l'époque] est le prototype de cet épiscopat qui veut à tout prix trouver des accommodements avec l'internationale juive".


Ancien Waffen SS

C'est aussi le cas de François Brigneau, autre figure collaborationniste présente à la naissance du FN qui, à l'instar de Roland Gaucher le quittera pour le Parti des forces nouvelles (PFN), avant de s'en rapprocher à nouveau,  sera condamné à plusieurs reprises pour ses écrits antisémites durant les années 1980. Le 20 avril 1989, il précisera ainsi au tribunal qu'il est natif de Concarneau et ajoutera: "Il n'y a pas beaucoup de juifs à Concarneau parce qu'il n'y a pas beaucoup d'argent ".

Parmi les membres fondateurs du FN, l'on trouve aussi Léon Gaultier, ancien Waffen SS, qui restera quelques années au parti d'extrême droite et sera l'associé de Jean-Marie Le Pen au sein de la maison d'éditions SERP.

Tout comme Victor Barthélemy. Ancien communiste, il s'engagera aux côtés de Jacques Doriot au Parti populaire français, important parti collaborationniste et antisémite. Il sera membre du FN de sa fondation en 1972 jusqu'en 1978.

 François Duprat, premier numéro deux du FN,  de 1972 jusqu'à son assassinat jamais élucidé, en 1978, dans l'explosion de sa voiture,  jouera, lui, un rôle important dans la mise en place du négationnisme au sein de l'extrême droite en France liant antisémitisme, antisionisme et anticommunisme.

En juin 1988, un conseiller régional d'Ile de France FN expliquera à deux journalistes deux journalistes étrangers, Lukas Lessing, reporter du magazine ouest-allemand Tempo, et Danny Leder, correspondant à Paris du magazine autrichien Profil : "En France, comme partout, la finance est tenue par les juifs. D'autre part, dans les médias, beaucoup de gens font partie de ce lobby. C'est ça la réussite des juifs dans le monde [...]. Le lobby, ça se sent".

En août 1989, dans un entretien publié par Présent, journal d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen dénoncera " le rôle de l'internationale juive" dans "la création de l'esprit antinational". Durant cet été 1989, d'ailleurs, ce que le FN appelait à l'époque "la presse amie", à savoir les principaux titres d'extrême droite proches du FN, au premier rang desquels Présent et National-Hebdo,  n'auront de cesse de jouer sur la rhétorique antijuive ( cf entre autres L'offensive antisémite de l'extrême droite, Olivier Biffaud, Le Monde du 9 septembre 1989).

Jean-Marie Le Pen avait aussi été condamné par la cour d'appel de Paris en 1993 pour son "jeu de mot" de 1988, "Durafour crématoire", visant le ministre Michel Durafour. Six ans plus tard, en 1999, il le sera par la cour d'appel de Versailles pour avoir répété, en 1997 en Allemagne, ses propos sur les chambres à gaz, "détail de l'histoire".

"Ils ont raté la mère Veil!"

En septembre 1989, le cinéaste Claude Autant-Lara, député européen FN  (il a été élu sur la liste conduite en juin de la même année par Jean-Marie Le Pen) déclarera à propos de Simone Veil:  "Que vous le vouliez ou non, elle fait partie d'une ethnie politique qui essaie de s'implanter et de dominer… Oh elle joue de la mandoline avec ça [les camps de concentration]. Mais elle en est revenue, hein ? Et elle se porte bien… Bon alors quand on me parle de génocide, je dis, en tout cas, ils ont raté la mère Veil !". Contraint d'abandonner son mandat, à la suite de ces déclarations reproduites par le mensuel Globe, il indiquera à l'AFP avoir émis "l'opinion que des millions de Français n'osent exprimer".

Par ailleurs, jusqu'au printemps dernier, plusieurs cadres importants du FN - qui ont fait la campagne de Bruno Gollnisch- étaient membre de l'Oeuvre française, un groupuscule qui revendique son antisémitisme. Jusqu'à l'élection de Marine Le Pen à la tête du parti d'extrême droite, ils jouissaient d'une grande tolérance au sein du Front.

Il faut se souvenir aussi que Jean-Marie Le Pen et certains cadres du FN on été proches de Dieudonné. Tout comme Alain Soral - alors membre du comité central du FN-, Frédéric Chatillon et Jildaz Mahé, tous deux proches de Marine Le Pen.  Le Pen père n'a d'ailleurs jamais condamné les provocations de Dieudonné comme la remise d'un prix à Faurisson, célèbre négationniste.

Mme Le Pen, en revanche, a toujours marqué ses distances avec l'humoriste controversé qui a versé depuis dans un antisémitisme de plus en plus délirant et pathologique.

 

 

Source : droite(s) extreme(s)

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