Desmond Tutu, un infatigable libérateur se retire de la vie publique

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

 

 

tutu.jpgDesmond Tutu, jovial libérateur de l'Afrique du Sud, se retire
Par Pierre Haski | Rue89 |




C'est l'un des hommes les plus extraordinaires, au sens littéral du terme, qu'il m'ait été donné de rencontrer en tant que journaliste. Desmond Tutu, prix Nobel de la paix 1984 et, avec Nelson Mandela, l'un des personnages-clés de la résistance à l'apartheid et de la naissance d'une autre Afrique du Sud, a annoncé mercredi 6 octobre qu'il se retirait définitivement de la vie publique. A 79 ans, et avec une vie bien remplie…

Je l'ai rencontré pour la première fois en 1976 à Johannesburg, prélat anglican déjà engagé dans la lutte contre l'apartheid. Chaque dimanche, il réunissait des foules considérables à l'église Regina Mundi de Soweto, haut lieu de rassemblement anti-apartheid, où des milliers de personnes se retrouvaient pour prendre, en l'écoutant, un bol d'énergie et de combattivité.

Desmond Tutu avait deux armes invincibles : un humour à toute épreuve, et une talent d'orateur dont il ne se départira jamais. Il pouvait faire hurler de rire les milliers de personnes réunies dans cette vaste église, et l'autorité du pouvoir afrikaner s'en trouvait affaiblie.
« God is on our side »

En homme d'église, il y ajoutait une foi inébranlable et, avec la fougue d'un prédicateur noir américain, il soulevait les foules en proclamant : « God is on our side » (« Dieu est de notre côté »), sa réponse aux Afrikaners qui faisaient une lecture biaisée de la Bible pour justifier les discriminations raciales, et se considérait, lui aussi, comme un « peuple élu ».

Un jour, la police commit l'erreur de l'arrêter à l'issue d'une manifestation un peu mouvementée. Il était alors président de la Conseil des églises d'Afrique du Sud, regroupant toutes les confessions sauf l'église réformée hollandaise blanche (car cette église avait poussé la logique jusqu'à séparer ses branches selon la couleur de la peau).

En tenue d'évêque, Tutu fut emmené avec des dizaines d'autres protestataires, et passa la nuit en prison. Il en sortit le lendemain matin, radieux, en brandissant comme un trophée la brosse à dents que lui avait fournie la police, et avec un rire qu'on pourrait qualifier de démoniaque s'il ne provenait d'un prélat…

Pendant ces années-là, Nelson Mandela croupissait à Robben Island et nul ne pouvait imaginer qu'il en sortirait vraiment vivant pour conduire le pays. Desmond Tutu, Winnie Mandela, alors l'épouse du dirigeant de l'African National Congress (ANC), et bien d'autres, incarnaient l'espoir pour des millions de Sud-Africains, et surent conduire une lutte désespérée contre un pouvoir implacable.

Le prix Nobel de la paix, en 1984, a justement récompensé un homme qui a su donner l'inspiration à cette résistance, et empêcher que la violence croissante ne débouche sur un bain de sang.
La conscience morale de l'Afrique du Sud

Le rôle de Desmond Tutu ne s'arrêta pas avec la fin de l'apartheid et l'émergence d'une Afrique du Sud démocratique.

Alors que Mandela prenait en main le destin du pays, il créa et présida la Commission vérité et réconciliation (TRC), un processus quasi unique au monde qui permit d'exorciser les démons du passé, et d'assurer une réconciliation peut-être illusoire, mais suffisante pour assurer une transition pacifique et sans règlements de compte. (Voir cette vidéo, en anglais, qui retrace son parcours)

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