Devoir de mémoire face aux rafles actuelles : les tziganes, victimes de génocide

Publié le par dan29000

Pour que nos enfants n'aient pas à demander pardon à nos frères roms.

Par nadja 



Qui se souvient que les tziganes ont été victimes d’un génocide pendant la seconde guerre mondiale ?

Peu d’historiens se sont penchés sur le sort des tsiganes au lendemain de la seconde guerre mondiale alors que les alliés avaient tenu dès la fin de la guerre la persécution des tsiganes sous le troisième Reich pour un crime nazi. En Allemagne ce n’est qu’en 1985 que l’Etat attribue la responsabilité des persécutions des tsiganes aux nazis. Auparavant la plupart des principaux fonctionnaires soutenaient que les tsiganes n’avaient pas été persécutés pour des motifs raciaux mais pour leur comportement antisocial et criminel. En France, où l’on a compté jusqu’à 30 camps d’internement dont celui de Montreuil Bellay près de Saumur.C’est l’acharnement d’un instituteur J.Sigot et la publication de son livre « Ces barbelés oubliés de l’histoire » en 1994 qui révèle l’existence des camps tziganes. A la libération les tsiganes resteront incarcérés dans ces camps jusqu’en 1946 comme « espions en puissance » C’est dire si leur sort suscitait peu d’intérêt. Pourtant génocide il y eut, comme l’explique très bien Henriette Asséo, spécialiste française de l’histoire tsigane. De sinistre mémoire on estime entre 300 000 et 600 000 le nombre de victimes alors qu’ils étaient probablement 2 millions en 1939 dans toute l’Europe occupée. Déportés vers Auschwitz, Buchenwald, Ravensbruck, morts de tuberculoses, maladies infectieuses, de coups, de tortures, de brutalités, d’expériences scientifiques, les tsiganes s’y voyaient attribuer le triangle noir des « asociaux ». Les Roms ont donné un nom à ce génocide, le Poraimos .



Contrairement à l’opinion reçue, les tsiganes, pas plus que les juifs ne pouvaient être considérés comme étrangers ou marginaux. Ces familles présentaient le caractère commun d’un enracinement historique européen pluriséculaire. Les mendiants européens n’étaient pas des tsiganes, comme le souligne H.Asséo, mais l’opinion bourgeoise européenne dans les années trente confondait tous les déracinés dans une réprobation sociale commune. Mais le fait de considérer la ségrégation tsigane comme normale était bien antérieur e. Dès 1886, Bismarck, chancelier du Reich recommandait l’expulsion de tous les tsiganes « afin que le territoire soit complètement libéré de ce fléau ». Le Zigeuner-Buch recensait en 1905 des informations sur près de 3350 tsiganes et nomades. La discrimination massive des tsiganes qui, pour la plupart, étaient des citoyens allemands, fut donc bien antérieure à la prise du pouvoir par les nazis qui opérèrent le passage de la persécution à l’anéantissement.


Aujourd’hui encore les tsiganes en Europe et plus récemment en France sont persécutés et leur sort suscite peu d’émotion. Leur forte solidarité familiale, leur culture essentiellement orale, leur refus de participer à la société globale les exposent à l’hallali politique d’une société de plus en plus rétractée, intolérante et consentante. Cette France-là qui fait du rejet, un leitmotiv politique destiné à masquer l’incurie et la corruption de ses dirigeants me répugne. Le 7 septembre, en manifestant, je porterai un triangle noir, par solidarité avec mes frères roms.


Alice Ferney , Grâce et dénuement , Babel


Centre de recherches tsiganes : In the shadow of the Swatstika.


H.Asseo , Les tsiganes, une destinée européenne, Gallimard.


A.Kaspi, Cahiers de la shoah.


CD : Road of the gypties Network

Source : MEDIAPART

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