Dictatures, les médias toujours la cible de la répression

Publié le par dan29000

 

 

 

RSF

Bahreïn, Iran, Libye, Yémen : les médias continuent à être la cible des campagnes de répression

 


Alors que les mouvements de protestation s’amplifient en Libye, à Bahreïn et au Yémen, demandant réformes et changements démocratiques, les autorités ont choisi de répondre par la violence et de réprimer les journalistes qui tentent de couvrir les manifestations.

 

Libye

Les autorités libyennes imposent un black-out de l’information sur les événements dans le pays. Il était déjà très difficile de recueillir des témoignages de personnes sur place avant le début de la répression de l’insurrection populaire. Il est maintenant devenu quasiment impossible pour un journaliste de faire son travail. Les rares correspondants étrangers présents avant la crise sont extrêmement surveillés, aussi limitent-ils leurs déplacements.

 

De nombreux journalistes étrangers cherchent à se rendre en Libye, notamment via la frontière tunisienne. Ben Wedeman, journaliste de CNN, a pu entrer dans le pays, le 22 février 2011, au matin, par la frontière égyptienne. Des journalistes égyptiens ont également pu entrer dans la soirée du 21 février, également depuis l’Egypte.

 

La chaîne satellitaire Al-Jazeera accuse les services de renseignements libyens de brouiller, depuis le 20 février, son signal dans le pays. Le site Internet de la chaîne est inaccessible partout en Libye. Les chaînes libanaises National Broadcasting Network, Al-Jadeed et Al-Manar dénoncent également des brouillages.

 

En outre, l’organisation est sans nouvelles d’Atef El-Atrash, journaliste de Quryna, depuis le 18 février dernier. La veille, il était intervenu en direct sur Al-Jazeera pour commenter les manifestations de Benghazi. [1]

 

Selon les sociétés Arbor Networks et Renesys, Internet aurait été coupé à plusieurs reprises depuis le 18 février. Le trafic aurait repris partiellement mais resterait très perturbé. Reporters sans frontières a reçu des informations selon lesquelles toutes les connexions téléphoniques, sur lignes fixes et mobiles, auraient été coupées depuis le 21 février.

 

D’autre part, les médias officiels ont été pris pour cible par des manifestants anti-gouvernementaux. Les locaux de la chaîne Al-Jamahiriya 2 et ceux de la radio publique Al-Shababia ont été saccagés, le 20 février, par des manifestants à Tripoli. La diffusion de la chaîne, suspendue dans la soirée, a repris le lendemain. Selon le Foreign Policy, des manifestants se sont emparés d’une station de radio publique à Benghazi, confisquant l’antenne et appelant les médias internationaux à couvrir la répression orchestrée par “le criminel Kadhafi”.

 

Dans leurs interventions publiques, Muammar Kadhafi et son fils Seif Al-Islam ont clairement accusé l’étranger d’avoir perpétré le chaos. Le 21 février, Mouammar Kadhafi qualifiait les télévisions étrangères de "chiens errants”.

 

Yémen

Au Yémen également, les violences à l’encontre des professionnels de l’information se poursuivent.

 

Ainsi, le 22 février 2011, les forces de l’ordre ont agressé le correspondant du journal en ligne Almasdaronline, Zaki Saqladi, dans la province d’Ad-Dali (sud du pays), avant de confisquer son véhicule et son appareil photo.

 

Abdel-Karim Salam, correspondant de Swiss Info, a été victime d’une agression violente le 20 février dernier, alors qu’il couvrait un sit-in devant l’université de Sanaa. Il a été transféré à l’hôpital.

 

Le 18 février dernier à Aden, les forces de l’ordre yéménites ont arrêté de manière arbitraire 18 collaborateurs du journal indépendant Al-Yaqin. Ils ont été transférés au siège de la sécurité du gouvernorat. Selon le rédacteur en chef du journal, Abdullah Masleh, ils ont été arrêtés par l’unité spécialisée dans la lutte contre le piratage et le banditisme. Le journal avait largement couvert les manifestations récentes, mentionnant les noms des morts et des blessés. Il avait également publié l’interview du président du groupe parlementaire du Parti socialiste et celle d’un politologue yéménite qui expliquaient les risques de contagion de la révolution égyptienne au Yémen. C’est la deuxième arrestation massive de professionnels de l’information dans le pays depuis le début de l’année 2011. A la fin du mois de janvier, 15 journalistes avaient déjà été enlevés.

 

Un groupe de sympathisants du parti au pouvoir a attaqué le directeur du bureau d’Al-Arabiya à Sanaa, Hamoud Munser, et un cameraman de la chaîne. Ce dernier a été hospitalisé. Ont également été agressés un correspondant de la chaîne iranienne Al-’Alam TV, Awsan Al-Qaatabi, et le cameraman de Qatar TV, Yasser Al-Maamari, alors qu’ils couvraient une manifestation dans le quartier Kentucky de la capitale.

 

La journaliste freelance Bushra Al-Maqtari, qui a, entre autre, contribué au site Marebpress, a été blessée, le 18 février, dans la province de Taez, par les projectiles d’une bombe lancée par des sympathisants du parti au pouvoir. Elle se trouvait sur la place rebaptisée “Place de la Libération” par les manifestants, en référence à l’insurrection en Egypte. Le veille, le correspondant du Guardian, Tom Finn, a été attaqué par un groupe d’hommes armés de bâtons. Ils ont tenté de confisquer sa caméra.

 

Bahreïn

Si les forces de sécurité avaient jusqu’alors fait preuve de retenue dans leur façon d’entraver le travail des journalistes, le 18 février, un hélicoptère et des snipers ont tiré sur le journaliste Michael Slackman et le cameraman Sean Patrick Farrell du New York Times, alors qu’ils couvraient les violences se déroulant sur la place de la Perle à Manama.

 

Selon l’entreprise américaine de sécurité informatique Arbor Networks, le trafic Internet depuis et vers Bahreïn aurait diminué d’environ 20 % ces derniers jours, ce qui pourrait suggérer que le pays a intensifié son filtrage du Net en réponse aux troubles. La vitesse de la bande passante a été fortement ralentie.

 

Cependant, les autorités ont libéré, le 22 février tard dans la soirée, 23 militants de l’opposition et des droits de l’homme, dont les blogueurs Ali Abdulemam et Abdeljalil Al-Singace, arrêtés le 4 septembre 2010 et dont le procès s’était ouvert le 28 octobre 2010. Deux des accusés, jugés par contumace, ont été amnistiés. Reporters sans frontières salue ces libérations, mais continue de condamner les arrestations arbitraires et les détentions qu’ont subies ces militants des droits de l’homme. Victimes de mauvais traitements et d’actes de torture, ils étaient jugés dans le cadre d’un procès inique au cours duquel ont été largement bafoués les droits fondamentaux inscrits dans les conventions internationales signées et ratifiées par Bahreïn. Nabeel Rajab, directeur du Bahrain Center for Human Rights, a déclaré sur CNN qu’une centaine de prisonniers politiques avaient été libérés, mais qu’environ 400 étaient toujours détenus.

 

Abdeljalil Al-Singace, porte-parole et directeur du bureau des droits de l’homme du mouvement Al Haq pour les libertés civiles et la démocratie, avait déjà été arrêté en 2009 pour avoir prétendument lancé une campagne de déstabilisation contre le gouvernement. Il dénonçait sur son blog les discriminations à l’égard des chiites, ainsi que l’état déplorable des libertés publiques dans son pays. Ali Abdulemam, un blogueur très actif, est considéré par les Net-citoyens du pays comme un pionnier d’Internet. Il était accusé d’avoir diffusé de fausses informations sur le forum BahrainOnline.org, pro-démocratique et bloqué à Bahreïn malgré ses 100 000 visiteurs par jour. Collaborateur du réseau mondial de blogueurs Global Voices, il est intervenu dans de nombreuses conférences internationales pour dénoncer les atteintes aux droits de l’homme à Bahreïn. Il avait déjà été arrêté en 2005 pour des écrits critiques à l’égard du régime sur son blog.

 

Iran

D’après plusieurs sources contactées par Reporters sans frontières en Iran, les autorités du pays ont à nouveau bloqué Internet et les réseaux de téléphonie mobile, et ce dès le début de la manifestation du 20 février à 15 heures. Les connexions Internet ont été fortement ralenties, voire coupées dans certains quartiers, notamment à Téhéran, Ispahan, Shiraz et Mashad, rendant de facto la navigation et l’envoi d’emails difficile, voire impossible. Le réseau de SMS a été coupé dès le 20 février à midi, dans plusieurs régions du pays, empêchant notamment l’usage de Twitter.

 

Les programmes de la chaîne britannique BBC et de la chaîne américaine Voice of America (VOA) ont été fortement brouillés. L’accès à Gmail, AOL et Yahoo ! a été rendu très difficile dans plusieurs régions.

 

Les attaques contre les sites d’information indépendants et ceux proches de l’opposition continuent. Le 21 février 2011, le site de Voice of America a été hacké, suite à des attaques menées par la "cyberarmée" iranienne. La création de cet organe de censure avait été annoncée le 20 mai 2010, par Ebrahim Jabari, l’un des commandants des Gardiens de la Révolution. Cette "cyberarmée" est responsable des actions de répression contre les réseaux qualifiés de "destructeurs", et de l’arrestation de centaines de Net-citoyens. Parmi ses victimes, plusieurs sites dont Twitter et Radio Zamaneh.

Publié dans Monde arabe - Israël

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