Dijon : fichage ADN, c'est non, soutien aux inculpés, c'est oui !

Publié le par dan29000

Campagne contre le fichage ADN à Dijon, en soutien aux insoumis inculpés 


Le 7 septembre à 20h30 au cinéma Eldorado : Soirée projection-débat sur le fichage ADN et les autres formes de contrôle biométrique. Film Pistés par nos gènes.
Le 14 septembre à 13h devant le palais de justice – boulevard Clémenceau : Rassemblement à l’occasion d’un des procès dijonnais pour refus de fichage ADN.



Des refus et des procès à Dijon…



Mercredi 15 octobre 2008, une centaine de lycéen-ne-s manifeste contre les réformes Darcos et le fichage policier dans les rues de Dijon. Trois personnes sont arrêtées après une altercation avec un automobiliste qui avait tenté de rouler sur une lycéenne. Après 48 heures de garde à vue, ils passent en comparution immédiate. Le juge se déchaîne contre eux, ne s’embarrasse pas de preuves, invoque la responsabilité de chaque manifestant pour tout acte commis dans la manifestation qu’ils en soient ou non les auteurs et distribue des peines remarquablement lourdes : 4 mois de prison pour les trois inculpés dont deux ferme. Celui d’entre eux qui a la situation sociale la plus privilégiée parviendra à commuter sa peine en jours-amendes. Un an après les faits, il est convoqué au commissariat pour une petite demande de fichage ADN à laquelle il n’accepte pas de se soumettre. Il passe en procès le 2 novembre pour refus de fichage ADN.



Fin octobre 2009, à l’entrée de l’hiver, la caravane nationale des mal-logés fait une étape à Dijon et amène des discussions et rencontres avec des personnes en recherche d’un toit. Le vendredi soir, deux personnes du collectif dijonnais «Un toit pour toi» rentrent dans une maison vide, murée, et bien délabrée, appartenant à l’OPAC et affichant un permis de démolir. C’est loin d’être l’idéal, mais il s’agit dans l’urgence de trouver un abri provisoire pour une famille à l’entrée de l’hiver et de faire un peu de nettoyage. C’est sans compter sur le zèle d’un voisin, citoyen délateur, qui observe l’arrivée des «squatters» et appelle la police. Quelques minutes plus tard, cinq policiers de la BAC sautent par dessus le mur en hurlant et plaquent les personnes à terre. Un peu trop vite, car il leur faut justifier un délit de vol. Trêve d’embarras, les policiers ramassent les rares objets qu’il peuvent trouver dans la cave et estimer «volables» : deux vieux pots de confiture et une bouteille de vin de table, ainsi que deux pelles à poussière. Au final, elles passeront quinze heures en garde à vue et s’en sortiront avec une inculpation de vol par escalade, en réunion, avec dégradation. Lors de la garde à vue, on leur demande leur ADN. Elles refusent. Les policiers les menacent de rester en détention préventive et de plusieurs mois de prison s’ils s’obstinent. Les deux passent en procès le 14 septembre pour le dit vol et le refus de fichage ADN.



En décembre 2009, une personne est arrêtée pour le vol de deux bricoles dans un magasin de travaux. Elle n’a pas d’argent et pas de papiers sur elle. Elle est emmenée au commissariat en garde à vue où son ADN, ses empreintes et sa photo lui sont demandés d’office. Elle refuse de se soumettre. Elle passe en procès en septembre pour vol et refus de fichage.



Ces quelques procès consécutifs ne sont que la face visible de l’iceberg puisque le fichage ADN est devenu quasi-systématique lors des gardes à vue, à Dijon comme ailleurs. De plus, la plupart des personnes se font prendre leur ADN lors des gardes à vue ou en prison, sans crier gare, ou sous la menace et sans bien évidemment que les policiers les informent des possibilités de refus. Certain-e-s militants, faucheurs-euses d’OGM, squattereuses et autres ont parfois mobilisé autour de leur refus de se faire ficher et obtenu des relaxes ou de simples amendes. Mais la plupart du temps les rares personnes qui osent refuser, se font condamner sans soutien et dans le silence, parfois à des peines de prison ferme.



La loi stipule que l’accord du mis en cause est obligatoire pour le prélèvement (dans la plupart des cas). Mais ce «droit» laissé au refus représente aussi un délit permanent passible d’une peine d’un an de prison ferme et de 15'000 euros d’amende pour celles et ceux qui refusent le prélèvement.



Retour sur la carrière fulgurante du fichage ADN…



Le prélèvement ADN a été instauré à la fin des années 1990 par le gouvernement Jospin, au départ pour les délinquants sexuels seulement, «ne vous inquiétez pas messieurs-dames».



Suite à une multiplication des lois sécuritaires (LSI, LSQ, etc.), le prélèvement concerne aujourd’hui toute personne simplement soupçonnée d’à peu près n’importe quel délit. Notons que comme par hasard le seul type de «délinquance» qui ne permet pas de fichage est plus coutumier de certaines couches privilégiées de la population : abus de confiance, abus d’autorité publique, banqueroute ou favoritisme, c’est-à-dire les abus de biens sociaux, la corruption, ou le trafic d’influence. Ceci mis à part, l’état d’esprit est au fichage généralisé : «Les citoyens seraient mieux protégés si leurs données ADN étaient recueillies dès leur naissance.» (Chritian Estrosi, députémaire UMP de Nice, rapporteur du projet de loi de «sécurité intérieure», cité dans Le Monde du 16 janvier 2007.)



Le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques, créé en 1998, compte aujourd’hui plus 1'300'000 personnes fichées. 30'000 dossiers sont ajoutés chaque mois. Les vœux de Christian Estrosi finiront-ils par être exaucés ? Pour la sécurité de tou-te-s, bien entendu…



En clair, l’avenir du FNAEG est un fichage généralisé et systématique — et il entre dans la logique de contrôle social et d’inflation sécuritaire qui envahit de plus en plus nos existences. L’ADN, empreinte invisible du corps que nous dispersons en permanence un peu partout derrière nous est considéré judiciairement comme «la preuve parfaite». Même si cette affirmation est largement discutable, l’ADN est de fait un outil effroyablement puissant pour traquer les faits et gestes des individus, parfois même des décennies après les faits.



Comme la vidéosurveillance, la biométrie, les fichiers Edvige (désormais fichier anti-bandes), Cristina et compagnie, le fichage ADN s’inscrit dans une logique globale de contrôle des populations considérées comme «dangereuses» (jeunes des banlieues pauvres, étudiant-e-s et lycéen-ne-s «agité-e-s», chômeureuses, sans-papiers, militantes, squatters, grévistes, etc.).



Cette logique de contrôle et de fichage de la population contient intrinsèquement les germes d’une société totalitaire. Ce domptage des corps est une des manières d’accroître encore la puissance policière et de court-circuiter notre aptitude à nous organiser pour un changement social.



La Caisse de solidarité dijonnaise a décidé de lancer une campagne d’information et de soutien sur le refus du fichage ADN, en marge de ces trois procès. Nous considérons qu’il est primordial de s’organiser pour refuser ce fichage, qui participe de la même logique, qu’il survienne lors d’arrestations liées à des cadres d’actions dites «politiques» ou, comme dans l’immense majorité des cas, lors de délits dits «de droit commun» tel qu’un vol dans un supermarché. Nous voulons faire en sorte de trouver des forces collectives pour ne plus permettre qu’ils mettent ainsi nos corps sous contrôle, pour informer et se sentir capable de ne pas se soumettre, quitte à embouteiller leurs tribunaux s’il le faut, et pour payer les amendes et soutenir les condamné-e-s à chaque fois que ce sera nécessaire.



Non au contrôle et au fichage de la population ! Refusons de donner notre ADN ! Soutenons les formes de vie et de révolte qui font chavirer la machine sécuritaire.


Pour plus d’informations sur le fichage ADN (notamment des brochures et jurisprudences) : http://refusadn.free.fr


Source : Jura libertaire

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