¿ Dónde Están ? Terreur et disparitions au Pérou, un livre de Daniel Dupuis

Publié le par dan29000

 

 

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En dehors du fantastique et récent réveil des peuples arabes cette année, l'endroit où le processus de libération est le plus avancé, est l'Amérique latine. Notre site vous parle régulièrement de Chavez et Morales, ou de Pepe Mujica.

Pas vraiment souvent du Pérou.

Nous saisissons donc l'occasion de ce livre pour jeter un regard sur ce petit pays qui fut souvent sous les feux de l'actualité durant ces dernières années avec les exactions à répétition des sanguinaires guérilleros du Sentier lumineux.

 

 

 

 

 

L'ouvrage de Daniel Dupuis concerne les deux dernières décennies du XXe siècle, décennies violentes c'est le moins que l'on puisse dire. Journaliste indépendant, l'auteur a vécu durant plus de six ans en Amérique du sud, et fut collaborateur du Monde de l'éducation, Politis et Témoignage chrétien. Vu la qualité de son livre, il est visible qu'il séjourna à plusieurs reprises au Pérou.

 

Quoi que l'on puisse penser des guérilleros du Sentier lumineux, guérilla maoïste, tendance sectaire, rien ne pouvait justifier la véritable terreur d'Etat organisée par l'armée afin de combattre les avancées de la subversion. Le plus effrayant étant que cette terreur sans nom, peut-être une des plus barbares de ce continent, pourtant riche en dictatures durant quelques décennies, perdura sous trois gouvernements successifs, élus au suffrage universel.

Toute cette barbarie d'Etat étant effectuée dans un silence encore plus effroyable, le silence mortifère de la communauté internationale.

13 000 personnes disparues, pour un petit pays de 26 millions d'habitants, cela est énorme. Et de toute manière, la réalité des chiffres ne donnent jamais vrai ment bien les réalités, humaine et politique.

Ce que fait ce livre. Et la réalité est glaçante.

Divisé en trois parties, l'auteur dans un premier temps décrit ce que furent ces disparus péruviens, rappelant que l'Amérique latine des années 60 fut "une vaste terre" de disparitions. Treize pays y ont eu recours, de l'Argentine au Chili en passant par le Guatemala ou Haïti... La Fédération latino-américaine des associations de parents détenus-disparus estime aujourd'hui à 90 000 le nombre des disparus en Amérique latine.

Effarant !

Un des points forts de ce livre terrible est l'apport direct de témoignages. Le premier est celui de Ramiro Nino, instituteur de 38 ans, originaire de Checcasa, une communauté villageoise de 650 personnes. Son frère Manuel a disparu, son  épouse a disparu, sa sœur a disparu, et sa fille, et son bébé...Les cinq furent arrêtés le même jour en 1988. S'en suit le long et prenant témoignage de Ramiro sur plusieurs pages. Un bel exemple de courage et de ténacité. Il fut lui-même arrêté, torturé. Sauvé par la Croix rouge, il porta ensuite plainte après que le cadavre décapitée de sa sœur fut retrouvé près d'une base militaire. Sa plainte déboucha sur les persécutions, les menaces de mort, les fouilles de son domicile, la surveillance par des militaires en civil.

Ce qui ne lui fit pas renoncer à son témoignage devant la Commission de Vérité en 2002 à Abancay, en audience publique !

Durant une décennie, de 1983 à 1993, le Pérou fut l'un des pays qui a présenté le plus grand nombre de plaintes auprès du Groupe de travail sur les disparitions forcées des Nations unies.

L'Etat péruvien, dans sa lutte féroce contre le Sentier lumineux utilisa de manière systématique la torture, le viol et l'exécution extrajudiciaire et la disparition forcée.

Terreur d'Etat, pour dire la réalité.

Une pratique qui n'est hélas pas réservé aux dictatures.

Aujourd'hui, comme d'habitude, serait-on tenté de dire, nombre de Péruviens, responsables politiques en tête, affirment n'avoir pas su...

Pourtant dès 1985, Amnesty international publiait un rapport sur les disparitions et assassinats politiques au Pérou, où il était précisé, que depuis que l'armée était chargée de rétablir l'ordre, les arrestations conduisant à des disparitions étaient devenues la règle.

 

La seconde partie de cet essai est consacré aux traumatismes de la violence, séquelles durables, répercussions économiques et sociales, mais aussi à la Commission vérité et réconciliation.

Comment éviter que tout cela ne se reproduise, que faire de la douleur des proches, que faire avec l'incertitude de ceux qui n'ont jamais pu enterrer les leurs ? La base de tous ces crimes fut la pauvreté, le racisme, le mépris du monde paysan et aussi la discrimination envers les femmes.

Alors vint le temps où il fallut écouter les voix des victimes.

Sous la pression des organisations des droits de l'homme, la Commission de Vérité fut créée en juin 2001 sous un gouvernement de transition. Puis le nouveau président élu, Toledo, la transforma en Commission vérité et réconciliation, avec douze membres légitimes. 17 000 témoignages furent recueillis dans tous le pays, identifiant plus de 24 000 victimes. Ce qui permit à la Commission d'estimer à 69 000, le nombre des morts et des disparus. Elle remit son rapport de 5000 pages à l'été de 2003.

Son rapport permit également de rappeler à tous, que depuis la création de la république, 180 ans plus tôt, les populations originelles du Pérou n'avaient jamais fait partie du projet politique du pays !

Un processus qui s'appuya sur l'expérience du comité sud-africain.

 

Enfin dans la troisième partie, nommée "Crime d'Etat", l'auteur délimite les responsabilités de l'Etat. Responsable aussi la longue et puissante main invisible de l'oncle Sam, expert en stratégie de contre-insurrection. Entre 1980 et 1996, 898 officiers péruviens suivirent des cours de la tristement fameuse Ecole des Amériques. Les stratégies de la guerre de basse intensité furent appliqués, comme ailleurs sur le continent, consistant à couper la guérilla de la population. Contrôle de la population, assassinats sélectifs, renseignements et terreur ciblée.

 

Le temps s'est écoulé, mais les résistances sont toujours là.

"Ils ne peuvent pas arrêter le printemps !"

Les femmes furent déterminantes dans ce combat de longue haleine, certaines sont mortes depuis, mais leurs enfants poursuivent la lutte.

Un musée fut inauguré en 2005, alors qu'un squelette d'un jeune disparu non identifié venait d'être exhumé près de la caserne Los Cabitos.

Un livre terrible, éprouvant, mais nécessaire à lire et à méditer, et un formidable travail d'investigation.

 

Dan29000

 

 

 ¿ Dónde Están ?

Terreur et disparitions au Pérou (1980-2000)

Daniel Dupuis

Préface de Christian Rudel

Editions Le passage clandestin

2009 / 384 p / 20 euros

 


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