¡ Duro Compañer@s ! Oaxaca 2006 : Récits d'une insurrection de Pauline Rosen-Cros

Publié le par dan29000

 

 

 

duro.jpgIl est très rare de trouver au début d'un livre un mode d'emploi pour le lire,  nous l'avons scrupuleusement suivi, et nous avons bien fait car des 368 pages, nous n'avons rien trouvé d'inutile. Certes nous avons pu constaté que, ce livre, petit par son format, mais grand par son contenu, à deux entrées possibles. On peut effectivement y trouver  un  récit de voyage et les rencontres politiques effectuées par  l'auteur. La seconde entrée étant un utile dossier où l'on entend de nombreuses paroles mexicaines (articles, entretiens, rapports).


Les deux ayant d'ailleurs une belle complémentarité. C'est d'autant plus important que la littérature sur l'insurrection d'Oaxaca, en langue française, est assez rare.

L'auteur, Pauline Rosen-Cros est licenciée en science politique à l'Université Lumière de Lyon 2 et a déjà participé en 2007 à l'écriture collective d'un livre intitulé "Le CPE est mort, pas la précarité". Comme elle a un bon goût politique, elle écrit aussi parfois sur l'excellent site "Rebellyon.info" que nous fréquentons assez souvent. Depuis 2007, elle a principalement habité à Oaxaca.


Si vous avez bonne mémoire et que la politique vous intéresse, ne doutons pas que le nom d'Oaxaca vous remémore quelques images d'une longue et belle insurrection populaire, en 2006, au Mexique.

 

Un très vilain gouverneur vraiment détesté, un aussi vilain système économique autoritaire, et en prime de nombreuses attaques de la police, une des plus répressives en Amérique latine. Alors, en ayant assez de subir la répression aveugle des forces de "l'ordre", les habitants se soulèvent. Mais oui, cela se nomme une rébellion. Avec de belles barricades dans toute la ville. Et en plus, ils s'organisent, normal, faire des barricades sans rien faire d'autre, cela ne sert vraiment à rien. Et cette nouvelle forme d'organisation, que certains pourraient même qualifier, d'autogestionnaire,  se nomme l'APPO, l'Assemblée populaire des peuples d'Oaxaca. Et cette forme révolutionnaire de gestion de la ville dura. Six mois. Un vrai et long combat au jour le jour. Ne croyez pas qu'il s'agissait uniquement de militantes et de militants. Que nenni ! De nombreux secteurs de la population y participèrent, et même au-delà de la ville dans tout l'Etat.

Une vraie insurrection populaire. C'est le sujet de ce livre.

Livre qui s'ouvre en mai 2006 quand le Syndicat national des travailleurs de l'éducation, en particulier sa section 22, se met en grève, et installe un campement à durée indéterminée sur la place principale de l'Etat. Un mois s'écoula et comme la saison touristique approchait, le gouverneur, dont on vous a déjà parlé, décide de faire intervenir la police. Un campement d'enseignants en grève, cela fait trop désordre pour les riches touristes étrangers. Donc le 14 juin, notre cher gouverneur envoya 2000 flics pour arrêter les meneurs. Ben oui il y a toujours des meneurs dans les grèves, vous savez pas cela ? Et puis ils  en profitèrent pour détruire aussi, en passant, Radio Planton, la radio des enseignants. Six heures d'affrontements, les enseignants-grévistes-meneurs furent rejoints par la population. Et comme nous ne sommes pas en France où nos syndicalistes se seraient repliés avant d'organiser une marche de protestation la semaine suivante, le peuple résista, ce sont les flics qui battirent en retraite. Le campement fut rétabli, et la radio détruite est alors remplacé par celle de l'Université, Radio Universidad. D'autres organisations rejoignirent alors la section 22, 360 pour être exact !

Etonnant non ?

Revendication, la destitution d'Ulises Ruiz Ortiz, le fameux vilain gouverneur créateur de désordres urbains.

Ceci n'étant que la première page du livre, et il en compte plus de 300. Déjà cela donne envie de le lire, non ?

Jusqu'à fin novembre, le peuple va parler, les assemblées vont parler, et même les murs vont parler, si si. Une insurrection est toujours une prise de parole, avant d'être une prise de pouvoir. Nous sommes en train de le constater en Tunisie. Et d'ailleurs il y a un réel pouvoir de la parole, surtout quand elle est révolutionnaire.

APPO-2.jpgAprès un premier chapitre consacré à un salutaire recadrage des événements, le livre commence vraiment avec un premier interlude, intitulé interlude 1. Pauline n'est pas à la plage, mais dans un bus venant du port de Veracruz. Certes cela fait un peu début de polar. D'ailleurs il pleut et il y a une gare sur laquelle le jour se lève. Notre narratrice est arrivée à Oaxaca.

Nous n'allons pas vous décrire tout le séjour. Mais disons juste que si l'on pouvait craindre une certaine dérive touristico-politique, du genre "ma semaine à Porto Alegre", aucune crainte à avoir. Tout cela est réellement réussi car l'auteur sait écrire, sait décrire, avec le détail significatif permettant de mieux saisir une scène vécue. Dès le début du "reportage", les gens du coin sont en train de dépaver les rues, et de siphonner les voitures, des chiffons dans les poches. On vous le disait plus haut, c'est pas la manifestation syndicale, République-Nation du premier mai à Paris !

Et ainsi se poursuivent les aventures de Pauline au Mexique, elle prend des photos, prend des notes, discute avec les gens, boit des bières, participe aux manifs. Parfois c'est grasse matinée, mais on la comprend.

A la fin de ce premier interlude, le premier chapitre des documents proposés, ici, des témoignages, des extraits d'articles de presse et aussi d'un rapport du Réseau oaxaqueno des droits humains(RODH) sur l'évacuation du planton le 14 juin. En bonus, une brève sur Oaxaca, Etat du sud de la république mexicaine, découpé en 8 régions socio-économiques, avec 570 communautés de communes réparties sur des reliefs abrupts. Le chapitre s'achevant sur un extrait de la Constitution mexicaine de 1917.

A l'interlude 2, Pauline est encore au Mexique, normal, mais à Mexico, en octobre 2007. Et ainsi de suite. Mais un peu plus tard, elle se retrouve de nouveau en car, si si.

Second chapitre-dossier, une série d'entretiens, avec un enseignant de la fameuse section 22, avec un activiste politique autonome, et surtout ce que fut l'APPO, et des extraits passionnants des résolutions de la première assemblée  populaire de l'Etat d'Oaxaca.

La lutte fut longue, difficile et belle.

Et un jour le gouvernement leur dit : On libère vos prisonniers, on accepte les revendications de la section 22, mais le gouverneur ne partira pas.

Les retourneurs de veste apparurent, le mouvement se divisa entre les non-négociateurs et les négociateurs. Un vrai point commun avec nos directions syndicales françaises, où certaines peuvent signer des accords de capitulation en pleine nuit, mais c'est un autre sujet.

Et puis encore, il y a dans ce livre, ériger des barricades, les femmes et la télévision, pallier l'absence d'autorités, refuser l'occupation militaire.

Quelque chose est né, pourrait sans doute résumer cette insurrection.

Et aussi des photographies de l'auteur, entre les chapitres, et en fin de volumes, des cartes, des titres de livres, de revues, de vidéos, de rapports, bref tout ce que vous aviez toujours envie de savoir sur la commune d'Oaxaca, sans oser le demander.

Vous l'avez sans doute compris. Nous lisons beaucoup de livres dans l'année, et surtout beaucoup de livres à contenus politiques, et souvent cela peut s'avérer être un léger calvaire, mais calvaire instructif.

Ici, Pauline Rozen-Cros nous livre un livre atypique, grande qualité, sur un sujet excitant. Elle l'a traité avec un rare équilibre, rendant la lecture vivante, savoureuse et politiquement intelligente.

En plus, vu le format du livre, vous pouvez le mettre dans votre poche.

Pratique non ?


Nous allions oublier, pas de copyright pour ce livre.

L'éditeur nous rappelle que si le photocopillage tue l'industrie du livre, il fait vivre son contenu.

Ce n'est pas nous qui dirons le contraire !

En même temps, vous pouvez nous faire confiance, le prix modique incite à l'acheter, parce qu'il le vaut bien...

 

Dan29000

 

¡ Duro Compañer@s !
Oaxaca 2006 : Récits d'une insurrection mexicaine

Pauline Rosen-Cros

Editions Tahin party

2010 / 368 p / 7 euros

 

Et pour voir le site de l'éditeur, c'est ICI


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Repas de solidarité pour les prisonniers de Loxicha
(Oaxaca, Mexique)

Dans le cadre de la campagne internationale pour la libération des prisonnierEs de l'Autre Campagne à l'initiative des zapatistes.

Menu :

  • Entrée : Salade d'endives.
  • Plat : Tacos aux légumes, riz et guacamole maison.
  • Dessert : Gâteau maison.

Samedi 5 février 2011 à partir de 19 h 30
à la rotisserie 4, rue Sainte Marthe, Paris 10e
(Métro: Goncourt ou Belleville)

En 2005, suite à la publication de la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, diverses organisations, groupes et individu-e-s se sont joints à un appel de l'EZLN pour lancer un mouvement national anticapitaliste, civil et pacifique, en bas et à gauche, en se débarrassant des partis politiques et de la corruption des gouvernements et des campagnes électorales. Ce mouvement s'appelle « L'Autre Campagne ».

Dans l'Autre Campagne, différents terrains de lutte existent : la défense des ressources naturelles comme la terre, les forêts et l'eau, du territoire, du travail, contre les hauts tarifs de l'énergie électrique, pour l'autonomie... La réponse de l'État à ces luttes a été la répression. C'est dans ce contexte, que nous parlons de plusieurs centaines de compagnons et compagnes prisonnierEs pour avoir lutté dans tout le Mexique. La majorité d'entre ELLeux fait face à des accusations infondées (kidnapping, vol, meurtre) dans une tentative évidente de ne pas les reconnaître comme prisonnierEs pour avoir lutté.

Le 15 décembre 2010 une campagne internationale à été lancée à l'initiative des prisonniers de Loxicha- Oaxaca et de leurs familles, plusieurs collectifs européens se sont solidarisés pour exiger leur libération, ce repas de solidarité est une initiative parmi d'autres pour y parvenir.

Qui sont les prisonniers de Loxicha ?

Ils sont tous indigènes zapotèques de la région Loxicha dans l'État d'Oaxaca et adhérents à l'Autre Campagne. Ils ont été arrêtés entre 1996 et 1999 pour avoir défendu leurs terres contre les « caciques » et le gouvernement, ils ont toujours défendu leur forme traditionnelle de gouvernement sans partis politiques, suivant leurs « us et coutumes ». Malgré l'enfermement, ils sont très actifs au sein de la prison.

En 1996, l'attaque de l'Armée populaire révolutionnaire (EPR) à Huatulco allait servir de prétexte pour justifier la répression contre les Indiens de la Région Loxicha, dans la Sierra Sur de Oaxaca : au cours des années suivantes, il y eut pas moins de 200 arrestations illégales, 150 cas de torture, 32 perquisitions illégales, 22 exécutions extra-judiciaires, 22 disparitions, 137 personnes en prison pour des raisons politiques et de conscience et un nombre indéterminé d'abus sexuels, de harcèlements, de menaces de mort et de procès pénaux irréguliers.

Pour plus d'informations sur les prisonnierEs de l'Autre Campagne et sur les prisonniers de Loxicha vous pouvez vous connecter sur
http://liberonsles.wordpress.com

Organisé par :

http://cspcl.ouvaton.org/article.php3?id_arti...


Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL, Paris)

assemblée (hebdomadaire et ouverte) le mercredi à partir de 20 h 30
http://cspcl.ouvaton.org
cspcl@altern.org

listes d'information :
http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl_l
http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl-fr

image attachment

Source : http://www.demosphere.eu/node/22196
Source : message reçu des organisateurs le 14 janvier 03h

Source : http://cspcl.ouvaton.org/article.php3?id_arti...

 


Publié dans lectures

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laura 27/01/2011 16:05



une bonne id de faire un livre sur ce sujet, on en parle pas assez...et c'"est dommage, une belle insurrection, unpeu comme en Tunisie...



dan29000 27/01/2011 17:06



oui un excellent  bouquin vraiment passsionnant et d'"une lecture facile...