Edition : la bonne vitalité des éditeurs de la gauche radicale

Publié le par dan29000

 

 

« Tue ton patron » : la gauche radicale révolutionne son édition

La librairie Le Monte-en-l'air, dans le XXe arrondissement de Paris (Christophe Payet).

Les idées radicales de gauche se diffusent plutôt bien. Pour preuve : la vitalité de l'édition d'extrême-gauche, qui a vu en quelques années maisons et publications se multiplier, jusqu'à s'installer confortablement sur les étagères des librairies généralistes.
"L'Insurrection qui vient" par Comité invisible, éditions La Fabrique.

En plein cœur du quartier populaire de Ménilmontant, les ouvrages politiques côtoient un espace entièrement dédié au dessin et à l'art graphique : la librairie Le Monte-en-l'air, dans le XXe arrondissement de Paris. Sur l'une des étagères, à gauche bien sûr, un rayon entier est consacré à la Commune de Paris, un autre à l'anarchisme – juste au-dessus de celui réservé à l'antifascisme.

Il n'est désormais pas rare de trouver des étals de libraire remplis de livres à teneur subversive. Cette floraison éditoriale a notamment pu s'appuyer sur le développement simultané d'un vaste réseau parisien de librairies indépendantes, qu'elles soient explicitement politiques (Quilombo, Publico, La Brèche…), ou généralistes (Le Monte-en-l'air, Le Merle moqueur…).

  1. « On fait notre petite révolution en librairie »
  2. « La réception des gens est très positive »
  3. « Si on touche le prolo qui va faire ses courses, c'est réussi »
  4. « Le vivier de création n'est pas chez les maisons dominantes »
  5. « Je crains que l'on soit en queue de comète »

« On fait notre petite révolution en librairie »

"Tue ton patron" de Jean-Pierre Levaray, éditions Libertalia.Tout le monde pense à l'incroyable succès de « L'Insurrection qui vient » le livre versé au dossier d'instruction dans l'affaire Tarnac. Paru aux éditions La Fabrique, il s'est vendu depuis sa sortie, en mars 2007, à près de 50 000 exemplaires. Un exploit pour un texte qui aurait dû rester confidentiel ; mais le manifeste du Comité invisible masque l'ampleur d'un phénomène plus profond.

Depuis plusieurs années, l'édition d'extrême-gauche est un secteur en pleine explosion. Du plus académique au plus militant, les éditeurs se réclamant de la gauche radicale se multiplient.

"Grève générale" de Jack London, éditions Libertalia.Pour Sophie Noël, sociologue spécialiste des éditeurs indépendants, « le basculement s'est fait en 1996 avec la création de Raison d'agir, maison d'édition fondée autour de Pierre Bourdieu à la suite des mouvements sociaux de l'époque. » Depuis, trois à quatre structures se créent chaque année :

"Manuel du guérillero urbain" de Carlos Marighela, éditions Libertalia.Chacune publie en moyenne entre dix et quinze livres par an. Certaines, comme Libertalia, se font alors un réel plaisir d'exposer des titres volontairement agitateurs : « Tue ton patron », « Grève générale », « Manuel du guerillero urbain ».

« C'est vrai qu'il y a une part de ludique. On fait notre petite révolution en librairie », s'amuse Nicolas Norrito, cofondateur de la maison d'édition installée à Montreuil (93) et militant de la CNT.

« Les mots deviennent un porte-drapeau et on observe un vocabulaire plus offensif », note l'historien Serge Cosseron, auteur du « Dictionnaire de l'extrême-gauche » et ancien militant de « Socialisme ou barbarie ».

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