Education populaire : Clémentine Autain en interview

Publié le par dan29000

 

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On vous parlera du livre dans les semaines prochaines. 

 

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Dix raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire

A l’occasion de la sortie du livre 10 raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire* auquel j’ai participé, vous trouverez ci-dessous l’interview à laquelle j’ai répondu au JDD.fr

Le terme “éducation populaire” est très large. Comment le définiriez-vous?
C’est une expression forgée par des mouvements sociaux et politiques pour désigner les méthodes d’éveil critique et d’éducation en dehors de l’école. Concrètement, l’éducation populaire désigne des pratiques très diverses qui visent à émanciper les individus, en les impliquant dans une démarche collective. Cela va de militer dans une association à fréquenter un centre d’animation… Mais, si je devais en parler en une phrase, je reprendrais le slogan de Mai 68: “Ne me libère pas, je m’en charge”. Pendant toute ma mandature, en tant qu’adjointe au maire de Paris, chargée de la jeunesse, j’ai milité en faveur de l’éducation populaire. Je trouvais que le terme était ringard, mais que les valeurs et les pratiques étaient, au contraire, d’une absolue nécessité.

C’est, en quelque sorte, une façon de la remettre au goût du jour?
Exactement. Et puis, j’ai également souhaité participer à cet ouvrage car il est rédigé par des gens qui viennent d’horizons divers mais qui ont un point commun, à savoir leur appartenance générationnelle. On a voulu montrer ensemble qu’avec l’éducation populaire, on passait vraiment de la théorie à la pratique. C’est une façon de faire avec et pour les gens. Un mouvement qui permet aussi l’auto-émancipation, en considérant qu’il n’y a pas un maître qui délivre un savoir mais que chacun détient une part de connaissance, par son expérience, son travail, pour transformer sa propre vie et transformer le monde.

En quoi est-elle bénéfique?
L’éducation populaire, c’est ce rapport entre un individu et le monde qui l’entoure. Cela crée du lien entre le “je” et le “nous”, l’individu et le collectif. Ce travail est nécessaire pour s’émanciper individuellement et pour contribuer à l’émancipation collective. Je pense d’ailleurs que l’éducation populaire devrait être au cœur de tout projet politique de transformation sociale.

Justement, la politique actuelle est-elle conciliable avec l’éducation populaire?
Pas du tout. Déjà, la logique de la rentabilité immédiate, qui est valorisée par le gouvernement actuel, mais pas seulement, est contraire au principe de l’éducation populaire. Je pense qu’on est aussi face à un gouvernement qui met à mal la démocratie. Le fait qu’il y ait un démantèlement des services publics va aussi nécessairement peser sur les processus d’éducation populaire. Les associations culturelles, qui font un travail de lien dans les quartiers, sont aujourd’hui menacées par les restrictions budgétaires. Dans le même temps, il y a de la résistance dans le pays. Cette rébellion, dont toutes les ramifications n’ont pas encore convergé, est en train de se formaliser. La contestation de la logique de la rentabilité à court terme ou l’exigence de plus de démocratie sont des choses qui sont vraiment en train de monter dans la société. Par effet de boomerang, c’est peut-être pour cela que l’éducation populaire revient au goût du jour.

La manifestation contre le projet de réforme des retraites s’inscrit dans cette “rébellion”?
Bien sûr. Ce sont des mobilisations qui s’incluent dans cette démarche d’éducation populaire. Et si Nicolas Sarkozy décide de ne pas écouter la rue, ce sera encore une fois une manière de dénier les démarches de ce type. J’espère que l’on va gagner parce que je pense qu’on peut! Ce temps de la manifestation est aussi un moment où l’on fédère nos forces. Une convergence de plusieurs processus liés à l’éducation populaire – prise de conscience, actions locales… – qui, à un moment donné, se fédèrent dans une contestation massive permettant de faire bouger les lignes. Et qui là en l’occurrence permettront, j’espère, de faire reculer le gouvernement.

Que pensez-vous de la politique sécuritaire menée par la majorité?
Je suis révoltée par la façon dont sont traitées, dans notre pays, les personnes immigrées et les personnes issues de l’immigration. L’amalgame est d’ailleurs consternant. L’ensemble des lois et des discours visent à créer deux catégories de Français et à accroître le contrôle social. Entre le projet de loi sur les retraites et les lois sécuritaires, il y a une pleine cohérence. Finalement, quand l’Etat démantèle les solidarités et les services publics, il faut bien qu’il lui reste un espace de pouvoir, qu’il exerce alors par l’autorité et le contrôle social. Ce sont deux mamelles d’un projet parfaitement cohérent. C’est dangereux. Je pense qu’il faut, au contraire, faire exactement l’inverse.

On vous a peu vu ces derniers mois sur la scène politique…
Je sors de mon deuxième congé maternité. Je vis très concrètement aujourd’hui les difficultés que vivent des millions de femmes à articuler leur vie publique, professionnelle et familiale. Je pense que la société n’est pas adaptée pour permettre une juste articulation des temps de la vie. En tout cas dans le démarrage avec deux enfants en bas âge, ce n’est pas très simple. On me voit peut-être moins, mais je n’ai pas cessé, même pendant mon congé maternité, de travailler, de militer et de manifester. Je suis là, bien là. Je pense qu’il y a plus que jamais besoin de s’engager. Et dans la séquence qui s’ouvre et qui nous amène jusqu’en 2012, je compte absolument prendre toute ma part. Je ne déserte pas du tout. Peut-être qu’on me voit moins, mais je suis toujours autant engagée.

* 10 raisons d’aimer (ou pas) l’éducation populaire
Livre écrit sous la direction de Damien Cerqueus et de Mikaël Garnier-Lavalley.
Editions de l’Atelier, 112 pages, 13,50 euros


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