Egypte : coupée du monde par la dictature sanglante de Moubarak

Publié le par dan29000

 

 

 

Moubarak débranche Internet, l'Egypte coupée du monde

Cette « opération de guerre », du Caire pour museler l'opposition, est rendue possible par le faible nombre d'opérateurs égyptiens.

Baudry sur l'Internet égyptien.

Devant la contestation, le gouvernement égyptien ne se contente plus de filtrer Internet : il l'a carrément coupé, empêchant les opposants de communiquer et le reste du monde de s'informer sur la crise. Peut-on vraiment rendre le réseau inaccessible à l'échelle d'un pays ?

Ce vendredi matin, impossible par exemple d'accéder au site du quotidien Al Ahram, ni même au portail du gouvernement égyptien, comme le relève le blogueur Korben. Une coupure qui s'ajoute à celle des communications téléphoniques, les appels vers l'Egypte sonnant dans le vide.

Le site du gouvernement égyptien, inacessible ce vendredi, capture d'écran.

La coupure aurait eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi, selon Renesys, une société de veille technologique américaine. « L'Egypte a quitté Internet », affirme Renesys, en s'appuyant sur ce graphique recensant les fermetures de points d'accès au réseau :

« C'est une situation complètement différente de la manipulation modeste d'Internet qui avait eu lieu en Tunisie, où ce sont des routes spécifiques qui ont été bloquées [jusqu'à jeudi, l'Egypte avait elle aussi bloqué Facebook et Twitter, ndlr], ou en Iran, où Internet est resté accessible dans une forme limitée, destinée à rendre les connexions douloureusement lentes.

Le gouvernement égyptien a effacé son pays de la carte mondiale. » (Voir le graphique)

Le graphique de Renesys, recensant les fermetures de points d'accès au réseau.

Une telle coupure serait difficilement imaginable en France, mais elle est facile dans les régimes autoritaires, explique à Rue89 Benjamin Bayart, président de FDN (French Data Network), un des plus anciens fournisseurs d'accès français :

« En France, on a au moins une centaine d'opérateurs [à ne pas confondre avec les fournisseurs d'accès, qui sont un élément de la chaîne entre l'ordinateur personnel et l'opérateur, ndlr]. Dans un pays où il n'y a que quatre opérateurs, si vous éteignez leurs équipements, vous avez coupé Internet. […]

Le gouvernement égyptien a dû donner des ordres à ces opérateurs, et la coupure a ensuite été réalisée par leurs techniciens. En France, un ordre de ce type serait illégal, et il faudrait que tous les techniciens décident de couper Internet : c'est peu probable et cela déboucherait sur une situation insurrectionnelle… »

Plus d'échanges sur Internet à l'intérieur de l'Egypte et entre le pays et l'étranger, et plus de lignes téléphoniques non plus : l'opposition égyptienne est-elle complètement réduite au silence ? Pour Benjamin Bayart, la coupure décidée par le gouvernement peut être contournée, mais dans des conditions très limitées :

« Pour le grand public, il est impossible de contourner la coupure. Pour des gens un peu spécialisés, tout le jeu est d'établir un lien entre un point du pays et un point à l'étranger. C'est possible avec des liaisons radio ou des téléphones satellites, ce qui pourrait permettre à un petit groupe d'activistes de faire sortir des infos. »

Le trafic en temps réel (Openmix).

Certains sites restent pourtant accessibles, indique Renesys. Parmi ces exceptions, le site de la Bourse égyptienne : pendant la censure, les affaires continuent. Explication probable, selon Benjamin Bayart :

« Parmi les opérateurs égyptiens, l'un d'entre eux n'a visiblement pas obéi à l'injonction du gouvernement, et tous ses sites sont encore accessibles. Le site de la Bourse est raccordé à plusieurs opérateurs, dont celui-ci, et cela lui permet de fonctionner encore, au ralenti. »

11,5 millions d'internautes sur 80 millions d'habitants

Cette coupure d'Internet peut-elle aggraver la crise et renforcer la contestation ? Selon des statistiques de 2008 publiées par le Journal du Net, l'Egypte compte environ 11,5 millions d'internautes, sur une population totale de 80 millions d'habitants.

Le régime prend-il vraiment un risque en privant cette minorité de son accès à Internet ? Faute de communications, impossible pour l'instant de savoir quelles ont été les réactions sur place. Mais pour Benjamin Bayart, cette coupure est une véritable déclaration de guerre du gouvernement :

« Couper les communications dans un pays est une opération de guerre. La première chose qu'on fait dans une guerre, c'est bien de faire sauter les routes ou les ponts. »

► Mis à jour le 28/01/2011 à 13h30 : l'article a été complété, notamment avec les explications de Benjamin Bayart.

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