Egypte : enfin une purge dans l'appareil policier

Publié le par dan29000

 

L’Egypte procède à la purge de l’appareil policier


 

Conformément aux gages donnés par le premier ministre égyptien, Essam Charaf, aux manifestants qui campent à nouveau place Tahrir, au Caire, et dans d'autres villes du pays, le ministre de l'intérieur Mansour Issaoui a annoncé, mercredi 13 juillet, une purge de l'appareil policier du pays. Qualifié de "plus grand remaniement de l'histoire des forces de police", cette purge comprend le renvoi de 669 officiers -parmi lesquels 505 généraux et des officiers de grade inférieur- et la mutation de 4 000 membres du ministère. Selon l'Egyptienne Zeinobia, auteure du blog Egyptian Chronicles, 18 généraux et 9 colonels ayant été impliqués dans la mort de manifestants lors de la révolution du 25 janvier sont concernés. La suite du remaniement pourrait être annoncée samedi, ajoute-t-elle.

Pour Issandr El-Amrani, du blog The Arabist, si cette décision "est significative, elle échoue à définir un plan cohérent sur le long terme pour une réforme du secteur de la sécurité". Zeinobia salue également ce remaniement mais "ne peut s'empêcher de cacher son inquiètude quant à ces 505 généraux et le fait qu'ils puissent former une contre-révolution". Un lecteur du blog lui répond : "Je partage ta crainte. Ces personnes, quelque soit leur rang, doivent être placées sous stricte surveillance. Et je voterai pour qu'elles ne puissent jamais prendre part à la vie politique égyptienne, jusqu'à leur interdire de voter dans toute élection à venir".

Un autre lecteur est, par contre, plus nuancé : "votre crainte trouve ses justifications mais seulement pour une petite fraction d'entre eux. Ce sont de vieilles personnes ... qui tiennent leur pouvoir du fait qu'elles obéissent aux ordres au bureau. Retirez-leur leur bureau et ce sont de vieux hommes cassés, perturbés. [...] De plus jeunes officiers plus audacieux pourraient causer certains troubles. Mais certainement moins que ce qu'ils pourraient faire sous leur chape d'officier".


LES ÉLECTIONS REPORTÉES

Amr Nabil / AP

Mercredi, un membre du Conseil suprême des forces armées - CSFA a par ailleurs annoncé le report d'un à deux mois des élections législatives. Sur son blog, Issandr El-Amrani précise ainsi que "l'armée commence à confirmer que les élections parlementaires auront lieu aux alentours de novembre, ce qui lève la confusion sur le fait que le temps manque pour être prêt sur le calendrier originel de septembre. L'inscription et la campagne électorales débuteront en septembre, mais le scrutin aura lieu un mois et demi plus tard". Le CSFA devrait prochainement promulguer par décret le projet de code électoral.

Une annonce qui devrait réjouir les nouveaux partis libéraux, estime Issandr Al-Amrani dans le Financial Times. Ces derniers s'inquiétaient que la tenue d'élections en septembre les désavantage par rapport à des forces politiques mieux établies, comme les Frères Musulmans ou les membres de l'ancien parti au pouvoir, le Parti national démocratique. Nombre d'entre eux ont également appelé à ce qu'une constitution soit rédigée avant que n'aient lieu les élections, ce qui repousserait toute élection à 2012. 

Autre annonce attendue dans les prochains jours, celle du remaniement ministériel que serait en train de négocier le premier ministre Essam Charaf avec le CSFA. Selon Issandr El-Amrani, le vice premier ministre Yehia Al-Gammal aurait déjà démissionné, ce qu'il désirait depuis plusieurs semaines. "Les autres portefeuilles qui pourraient connaître des changements comprennent : l'intérieur, la justice, les biens religieux, le travail, l'aviation civile, le transport, l'électricité et la production militaire. L'inclusion de ce dernier (et de l'aviation civile) est significatif, dès lors qu'il est le pré carré de l'armée", analyse le blogueur.


Tout en réaffirmant sa volonté d'assurer la transition vers une administration civile, par le biais d'élections démocratiques, le CSFA avait réaffirmé, le 12 juillet, sous la voix de son porte-parole, le général Mohsen El-Fangari, son intention d'assumer pleinement son rôle au pouvoir, malgré les critiques des manifestants. Il a toutefois fait une concession aux partisans de "la Constitution d'abord", en annonçant que le CSFA souhaitait promulguer une nouvelle déclaration constitutionnelle établissant les principes fondamentaux de la constitution. Celle-ci serait rédigée par une assemblée constituante, désignée au sein du parlement élu.

En revanche, l'avertissement lancé par le général El-Fangari aux personnes qui troubleraient l'ordre et les services publics a été fraîchement accueilli par les manifestants de la place Tahrir. Ainsi, rapporte Hossam Al-Hamalawy, sur son blog Arabawy, les propos du général El-Fangari ont "constitué une déclaration officielle de guerre contre la révolution. J'ai entendu des chants véhéments contre la police, le premier ministre Essam Charaf et les généraux de la junte militaire au pouvoir".

 

POURSUIVRE LE MOUVEMENT ?

La question se pose à nouveau de savoir si le mouvement de contestation trouvera dans ces annonces une source d'apaisement. Pour Issandr Al-Amrani, la poursuite des sit-in dépendra de plusieurs facteurs. "L'un d'eux est de savoir si ils sont satisfaits avec les concessions - ce qui ne semble pas être le cas, note-t-il, [car] certaines demandes valent la peine de se battre, notamment la fin des tribunaux militaires et la limitation des pouvoirs du Conseil suprême des forces armées" .

"Une autre question est de savoir si le soutien populaire pour les grèves ne faiblit pas", poursuit le blogueur. "Mon impression est que les médias en général soutiennent prudemment les objectifs des manifestants, même parmi les canaux conservateurs les plus écoutés. Les Frères musulmans, qui ne participent pas de façon officielle au sit-in, restent silencieux ou appellent à se rallier derrière le CSFA", ajoute-t-il.

Le facteur le plus déterminant sera, finalement, l'ampleur du soutien apporté au mouvement de la place Tahrir. Le taux de participation à la nouvelle manifestation à laquelle a appelé la Coalition des jeunes de la révolution, vendredi 15 juillet, pourrait en donner une indication. Quoiqu'il en soit, estime Issandr Al-Amrani, si "toutes ces annonces ne concernent que certaines des demandes des manifestants, elles montrent que les manifestations paient toujours !"

 

 

Source : LE MONDE

Publié dans Monde arabe - Israël

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