Egypte : l'ex-police politique provoque des violences religieuses

Publié le par dan29000

 

 

 

Egypte : « L'ex-police politique cause les violences religieuses »

Alfred Raouf et Mohamed Maamoun (Sonia Dridi).

 

 

(Du Caire) Un mois jour pour jour après la démission d'Hosni Moubarak, Mohamed dit « Moe », jeune musulman du Caire et Alfred, son ami copte, se sont retrouvés place Tahrir, pour la manifestation du vendredi qui, cette semaine a été organisée pour appeler à l'unité nationale, suite aux derniers affrontements entre chrétiens et musulmans.

Les deux jeunes hommes se connaissaient depuis quelques temps grâce à des amis communs, et la Révolution les a rapprochés. Ils étaient tous deux place Tahrir le 25 janvier 2011, premier jour du mouvement de révolte et avaient le même rêve : la fin du régime de Moubarak.

Alfred, regard vert perçant, travaille pour la transition démocratique avec son mouvement politique créé quelques jours avant la chute du raïs : « El Masry El Hurr » (les Egyptiens libres). Ce vendredi n'est pas jour de célébration.

Moe, blessé au-dessus de l'œil par des tirs de la police le 28 janvier, jour de la colère, alors qu'il tentait de venir en aide aux blessés place Tahrir, est plus optimiste. L'imposant jeune homme se dit encore « tout excité » par cette « nouvelle Egypte ».

Il est fier de montrer l'endroit où il se trouvait lorsqu'il a appris la démission du Président. Le jeune programmateur de 28 ans se rappelle avoir sauté de joie pendant de longues minutes et embrassé tous ses amis.

L'ex-police politique accusée d'exacerber les tensions religieuses

Mais lui aussi est aussi anxieux pour la suite des événements, particulièrement à cause des récentes violences confessionnelles. Il assure :

« Tout le monde sait que c'est Amn al Dawla qui provoque les violences. »

Amn al Dawla est cette branche de la police accusée de torture et d'abus sous l'ère Moubarak. Moe poursuit :

« La sécurité d'Etat pense que nous ne devrions pas avoir le contrôle sur le pays aujourd'hui, que ce devrait être encore Moubarak. Ils ont perdu leur rôle de “gardiens du pays”. Ils ne sont pas seulement hors-jeu, ils sont également attaqués. Les manifestants ont investi leurs bureaux et des documents secrets ont été volés. »

En effet, il y a une semaine, des centaines de militants pro-démocratie ont pris d'assaut les bâtiments de la sécurité d'Etat, d'Alexandrie au Caire, à la recherche de documents prouvant la corruption et les abus de ses officiers. Un véritable « WikiLeaks à l'égyptienne » :

« Ils savent que les gens veulent se venger, en particulier ceux qui ont été arrêtés ou torturés, car tout le monde a une histoire avec Amn al Dawla. »

Le rôle d'Amn al Dawla dans l'attentat contre l'église

De nombreux dossiers avaient déjà été brûlés ou broyés quand les manifestants ont pris possession des locaux dépendants du ministère de l'Intérieur. Mais des centaines de dossiers compromettants ont tout de même pu être récupérés et publiés sur Internet.

Alfred souligne que selon certains documents, des membres de la sécurité d'Etat seraient impliqués dans l'attentat contre une église à Alexandrie dans la nuit du nouvel an. Ce qui ne l'étonne absolument pas puisque, d'après lui, l'ancien régime a poussé pendant des années les Egyptiens aux violences sectaire.

A propos de l'incendie d'une église dans le village de Soul, au sud du Caire, vendredi dernier, il dit :

« Tout est parti d'une histoire d'amour entre un chrétien et une musulmane. Le chrétien avait quitté le village il y a longtemps pour éviter le conflit. Les hommes de la sécurité d'Etat l'ont fait revenir, en lui offrant une boutique.

Du coup, il a été vu dans le voisinage et les tensions ont recommencé. Alors bien sûr, ce sont les gens qui se battent, les musulmans et les chrétiens, mais les hommes de la sécurité d'Etat provoquent les situations. »

« Les prêtres et les imams disent de ne pas se mélanger »

Il en est de même selon lui pour les affrontements qui ont eu lieu ce mardi au Moqattam, quartier des chiffonniers du Caire, à majorité copte. Le jeune chrétien raconte :

« J'ai des témoins là-bas. Les coptes manifestaient pacifiquement [contre l'incendie de l'église, ndlr] quand des voitures de la police sont arrivées, avec plusieurs autres personnes. Ces dernières ont commencé à attaquer les chrétiens. Mais ce sont des voyous, des hommes payés par la sécurité d'Etat ! »

Moe pense que les violences ne vont pas dégénérer en guerre de religion, mais Alfred est plus inquiet :

« Il y a énormément d'Egyptiens qui ne sont pas éduqués. […] Ils écoutent les prêtres et imams qui leurs disent de ne pas se mélanger entre chrétiens et musulmans. La division est encouragée depuis des années, et cela ne va pas changer du jour au lendemain. »

Photo : Alfred Raouf et Mohamed Maamoun (Sonia Dridi).

 

Source : RUE 89

Publié dans Monde arabe - Israël

Commenter cet article