Energies : une source fiable, renouvelable et rentable, le bois

Publié le par dan29000

Pétrole, tu vas voir de quel bois je me chauffe !

 Comment réduire, et même annuler, notre dépendance aux énergies issues de ressources fossiles pour chauffer villes, villages, fermes, maisons ? Sur le Larzac, on a des idées. Le plateau est envahi peu à peu par la forêt : il s’agit maintenant de renverser la tendance, et de tirer profit de cette source d’énergie fiable, renouvelable et rentable. Le bois-énergie, c’est une idée qui fait son chemin.

 


Pour qui traverse rapidement le Larzac par l’autoroute, le plateau apparaît presque sans arbres. Cela n’a pas toujours été ainsi : ce paysage de steppes majestueuses est dû au déboisement des grands causses, qui a duré plusieurs millénaires. Jusqu’à la quasi-extinction des forêts de feuillus, vers le début du dix-neuvième siècle ! Mais depuis, les surfaces boisées en pin sylvestre ont progressivement regagné du terrain sur le Larzac. Elles ont en particulier “ bénéficié ” d’une déprise agricole générale et massive.

De l’avis des éleveurs, avis corroboré par de nombreux experts, la forêt n’a cessé de s’étendre depuis 1948, au détriment des zones de parcours anciennement pâturées par les brebis.

Cette reforestation se fait pour le meilleur et… pour le pire. Le meilleur pour les sangliers, chevreuils et autres espèces forestières. Le pire pour le pastoralisme, qui voit ses surfaces de parcours diminuer, mais aussi pour les espèces végétales et animales inféodées à ces milieux très particuliers de pelouses sèches (orchidées, oiseaux…), et pour les paysages, rendus moins accueillants pour les promeneurs en mal d’horizons infinis.

La déprise agricole et la modification des pratiques pastorales, notamment la disparition de la profession de berger et la généralisation des clôtures, ont accéléré le processus de retour de l’arbre. La progression la plus remarquable a été celle du pin sylvestre (une essence pionnière), qui forme des boisements spontanés denses, aux sous-bois souvent embroussaillés (buis, genévrier…). Le chêne blanc a plus de mal à s’implanter : les brebis (et le gibier) apprécient ses feuilles et ses fruits. Et son bois est bien sûr recherché, en particulier pour le chauffage.

Ce retour de la forêt a des inconvénients et des avantages.

 

Le pastoralisme menacé

A l’échelle du Plateau, l’espace larzacien est profondément modifié : si rien n’est fait pour juguler cette tendance, le Larzac deviendra dans peu d’années une vaste (et monotone) forêt de pins, trouée de clairières cultivées. La question du devenir du pastoralisme, activité principale des grands causses, est posée. Et les risques d’incendie, par ailleurs, augmentent : en 1975, 1977 et 1989, des centaines d’hectares ont ainsi brûlé.

A l’échelle des exploitations agricoles, l’extension de la forêt provoque une diminution de la production fourragère en quantité et en qualité (surtout sous les pins). Et les brebis ont plus de difficultés à rechercher l’herbe.

A contrario, on peut noter des avantages au retour de la forêt, et certains très intéressants. En période de sécheresse, une herbe verte se maintient sous les arbres. Et il est possible de faire manger les feuilles et les glands aux brebis. Mais surtout, l’avancée de la forêt est telle qu’elle permet d’envisager aujourd’hui d’utiliser le bois comme ressource énergétique.

C’est dans ce contexte que la STCL, Société civile des terres du Larzac s’est associée aux fermiers du Plateau pour mettre en place un plan d’aménagement du territoire boisé dont elle a la gestion. L’objectif est de créer et de développer une filière bois-énergie tout en renforçant le pastoralisme.

 

Des atouts locaux et globaux

Les avantages sont nombreux : la pratique de l’élevage sera réhabilitée, les débouchés économiques et sociaux (des emplois locaux seront créés) sont réels, la dimension écologique, patrimoniale et paysagère du Larzac sera préservée. Enfin, de nombreux clients potentiels, particuliers mais aussi villages, et même villes, sont intéressés par le chauffage au bois : si l’investissement est souvent important, le prix de revient du kWh est, lui, particulièrement compétitif.

Incidemment, on notera deux points plus généraux qui complètent ces données. D’une part, la création d’une filière bois-énergie est une réponse, certes locale et modeste, mais réelle, à la crise énergétique globale (dépendance aux importations de ressources d’origine fossile, épuisement des réserves d’hydrocarbures, changements climatiques…). Il faut trouver rapidement des sources d’énergie alternative et renouvelable : le bois-énergie en est une. D’autre part, le récent classement des Causses et des Cévennes au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco prévoit expressément la défense et le maintien de l’agro-pastoralisme… Dont acte !

 

Premiers chantiers

La filière bois-énergie est en plein développement ailleurs en France et en Europe, mais encore balbutiante dans le sud-Aveyron. Ici, la SCTL (Société civile des terres du Larzac) et TSL (Terres solidaires du Larzac, ex-GFA), qui gèrent à eux deux près de 8000 hectares, sont en première ligne sur ce front : le reboisement affecte déjà plus de 2000 hectares sur les surfaces gérées par les deux structures, dont au moins 900 hectares facilement exploitables. La pinède gérée produit annuellement un volume estimé à 6300 m3 de bois brut – ce qui permettrait de produire 3500 m3 de plaquettes forestières, le combustible le plus intéressant pour les chaudières à partir d’une certaine taille (pour une grande maison, une ferme, un village…). Et la SCTL table sur un volume de 8000 m3 à terme, en améliorant peu à peu le processus de production.

La “ commission bois ” de la SCTL a organisé entre 2009 et 2011 des chantiers expérimentaux et bénévoles de production de plaquette. Le premier s’est déroulé à Montredon, sur deux parcelles, l’une purement forestière, l’autre constituée de parcours envahis. Le second a eu lieu aux Baumes, un hameau du nord du plateau, sur des parcours : 700 m3 de plaquettes ont été produits.

Les statuts juridiques de la SCTL et de TSL les empêchent de produire et de vendre de la plaquette forestière : il sera donc nécessaire de créer une structure (sans doute une Société civile d’intérêt collectif), qui regroupera les propriétaires forestiers (SCTL, GFA, privés…), les collectivités locales qui le souhaitent, les fermiers, les clients, etc. Son objet sera de produire et de vendre la plaquette : les débouchés locaux ne sont pas aujourd’hui assurés, il faut les initier et les pérenniser.

 

D’excellents bilans

Les avantages de la plaquette forestière sont nombreux. Les chaudières à plaquette (de même que les chaudières et poêles à granulés) ont un excellent rendement et émettent très peu de pollution atmosphérique. Un mètre cube de plaquette forestière, à un taux d’humidité de 25 %, est équivalent à 100 litres de fioul, ou encore à 1000 kWh. Un stère de bois équivaut environ à 1,5 m3 de plaquette. Le MAP (mètre cube apparent de plaquette) se négocie à l’heure actuelle entre 25 et 30 €, livré chez le client. Par ailleurs, le bilan carbone est nul (comme pour toute utilisation de la biomasse), car la forêt se régénère.

 

Le bois, une alternative crédible

En plus de la gestion forestière, il est nécessaire de reconquérir les parcours, en s’attaquant non plus seulement à la croissance annuelle de la forêt, mais bien au « capital », c’est-à-dire aux arbres qui tendent à transformer les parcours, si utiles au pastoralisme caussenard, en parcours boisés, puis en bois impénétrables. Eclaircir les peuplements trop denses permettra aussi d’obtenir en quelques décennies des arbres mieux valorisés en bois-matériau. Et seule la transformation de ces arbres en plaquette forestière semble économiquement viable. De plus, on peut utiliser pour cette production les branches au sol qui, sinon, pourrissent sur place et gênent le sylvo-pastoralisme.

Le marché de la plaquette forestière est encore émergent en France, alors qu’il est déjà très dynamique chez nos voisins suisses ou autrichiens. Avec la hausse du coût des combustibles fossiles, le bois va (re)devenir une alternative crédible et pertinente, sous toutes ses formes : bûche, granulé de bois et plaquette forestière.

 

Du chauffage urbain à celui de la ferme

Les chaudières à plaquette sont particulièrement adaptées pour des projets collectifs (hameaux, villages), voire des quartiers entiers, comme cela se fait à Mende (Lozère). D’importants projets locaux, en particulier à St-Affrique, mais aussi à Millau, pourraient aboutir dans les toutes prochaines années. D’autres installations existent à proximité du Larzac : temple bouddhiste de Lerab Ling, château de Latour, etc. Et les communes caussenardes sont bien sûr concernées, à la fois en tant que propriétaires de bois communaux et comme maîtres d’œuvre de projets locaux d’utilisation du bois-énergie.

Ce type de chauffage est aussi accessible aux particuliers, notamment aux paysans, car ceux-ci bénéficient d’espaces de stockage et du matériel adéquat pour alimenter les chaudières. Si l’investissement de départ est important, le combustible est ensuite le moins cher au kWh produit. D’ores et déjà, plusieurs fermes du Larzac sont chauffées ainsi, de même qu’avec des chaudières à bûche ou à granulés : trois chaudières à la Salvetat, une aux Baumes, une au domaine de Gaillac… Leurs utilisateurs en sont très satisfaits. Et des projets locaux naissent un peu partout.

Thomas Lesay

 

 

Source :   Larzac.org

Publié dans environnement

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