Espagne : les Commissions Ouvrières face à la crise

Publié le par dan29000

Espagne : les Commissions Ouvrières face à la crise

 

Nous continuons à être en pleine crise. Une crise qui est en voie de liquider l’Etat social, les droits syndicaux, la souveraineté et la démocratie, comme cela est en train de se passer en Grèce et en Italie, où des gouvernements démocratiques ont été remplacés par des serviteurs du pouvoir financier.

Et alors que les travailleurs et les classes populaires souffrent cruellement des conséquences de cette crise (sur le plan du chômage, des salaires, des retraites, du système de soins, de l’enseignement, de la démocratie etc.), les banques et les autres responsables de la crise augmentent leurs profits et leur pouvoir en mettant les gouvernements à leur service exclusif et en affaiblissant sérieusement les syndicats représentant la classe laborieuse.

Notre situation est mauvaise et elle va encore empirer. La lutte de classes s’accentue et le pouvoir financier détient l’initiative et avance sans rencontrer d’obstacles importants, comme le démontre la réforme « express » de la Constitution espagnole qui a été récemment imposée [un accord entre le PSOE et le PP a permis de faire adopter – au pas de charge en septembre 2011 – par le Parlement et le Sénat une modification constitutionnelle imposant une politique d’équilibre budgétaire drastique qui ouvre toutes les voies à une politique d’austérité sans rivages].

Dans une situation comme celle-ci, il faut des positions claires et fermes pour combattre les mensonges néolibéraux, la peur et le manque de solidarité qui s’étendent parmi les travailleurs et travailleuses, afin qu’ils renforcent leur unité et leur combativité. Il faut donc dire clairement :

1. Que la politique d’austérité et de coupes dans les budgets sociaux n’est pas seulement injuste, mais également inutile. Car on ne sortira de la crise qu’en créant les emplois, alors que l’austérité et les coupes en détruisent. Les sacrifices n’ont servi à rien : les marchés sont insatiables et ils exigent chaque fois davantage. Affirmer que nous, les travailleurs et travailleuses, avons vécu au-dessus de nos moyens ou que nous sommes tous responsables n’est pas seulement faux, c’est un mensonge inventé et diffusé par les puissants pour que nous nous soumettions sans résister à leurs projets.

2. Que pour créer des emplois en nombre et de qualité, il faut une profonde réforme fiscale et un combat contre les fraudes scandaleuses et massives. Selon les techniciens du Trésor public (Hacienda) eux-mêmes, les riches ne paient, de fait, pas d’impôts, la fraude fiscale des grandes fortunes et des entreprises a abouti à une perte de recettes qui a dépassé, en 2010, les 43’000 millions d’euros (43 milliards).

3. Que le problème de la dette publique fait partie de la conception que l’Union européenne (UE) a elle-même mise en place lors du traité de Maastricht [1992] et renforcé avec le traité de Lisbonne [signé en décembre 2007, entré en vigueur en décembre 2009] : rôle de la Banque centrale européenne (BCE), déficit public limité à 3% au maximum, absence d’harmonisation fiscale, budget de l’UE d’à peine 1% du PIB de cette UE, etc. Néanmoins le problème pourrait se résoudre, en particulier, avec une véritable BCE opérant un rachat de la dette nécessaire, comme le font les Banques centrales des Etats-Unis, du Japon, du Brésil ou de l’Angleterre.

4. Que la Réforme du Code du travail et toutes celles appliquées depuis 1984 – dont l’objectif était de créer des emplois – ont échoué parce qu’elles n’ont pas fait cela et qu’elles ont généralisé la précarisation de l’emploi.

5. Que la réforme des retraites que les CCOO et l’UGT (Union générale des travailleurs) ont signée a été une très grave erreur stratégique et a entraîné d’importante diminution des retraites publiques [du système public] à venir, cela en faveur des pouvoirs financiers [allouant un terrain aux diverses assurances privées dites complémentaires].

6. Que la Réforme de la Négociation Collective annoncée au moment de privilégier les Contrats d’entreprise par rapport au Contrat collectif de branche supposera la suppression, de fait, de la négociation contractuelle pour la grande majorité des travailleurs et mettra en danger l’existence de syndicats représentant effectivement la classe des travailleuses et travailleuses.

7. Que le Pacte pour l’emploi proposé par les CCOO est une alternative condamnée à l’échec s’il ne s’accompagne pas d’une mobilisation indispensable, étant donné qu’aussi longtemps que la paix sociale sera garantie, le patronat et le gouvernement n’ont pas besoin de faire une seule concession et peuvent continuer à attaquer nos salaires, nos droits et nos conditions de travail.

8. Que la stratégie suivie par les CCOO depuis la Grève générale du 29 septembre 2011 n’a pas été bonne : elle n’a ni freiné les coupes sociales, ni empêché la suppression d’emplois, ni empêché les contre-réformes, ni augmenté les revenus salariaux qui ont perdu de leur pouvoir d’achat, ni débloqué la « négociation collective »… , ni amélioré le rapport de forces. La droite et le capital peuvent être tout à fait satisfaits du bilan de leur politique couronnée de succès, depuis mai 2010 : réforme du Code de travail ; réforme des Retraites ; réduction des salaires des 2,5 millions de fonctionnaires ; gel des allocations des retraites en cours, comme celui des salaires de millions de travailleurs et travailleuses étant donné la « suspension » de leurs contrats collectifs de travail ; réduction de plusieurs milliers d’emplois publics ; aides massives aux banques et aux caisses hypothécaires [régionales] ; liquidation et transformation des Caisses en banques, sous « contrôle public », qui seront, par la suite, transférées aux banques privées, par le biais d’une privatisation, etc.

Pour toutes ces raisons, le Secteur critique des CCOO de Madrid défend les points suivants :

• Une stratégie de mobilisation soutenue qui permette d’accumuler les forces nécessaires pour faire avancer nos propositions et revendications. Sans bénéficier d’un rapport de forces favorable, la négociation se transforme en une injonction des forts face aux faibles. Une stratégie à moyen terme qui puisse compter sur l’unité avec l’UGT et sur un soutien social et politique maximum. Et, bien entendu, qui cherche une action coordonnée avec les syndicats des pays de l’Union européenne (UE), en commençant par les pays les plus proches.

• L’opposition à la politique d’austérité et aux coupes sociale. Nous défendons une politique d’investissements orientée vers la création d’emplois et le renforcement des services publics ainsi qu’une vigoureuse réforme fiscale qui doit commencer par la lutte contre la fraude.

• Une stratégie pour débloquer la négociation collective basée sur la mobilisation coordonnée et planifiée de tous les travailleurs et travailleuses, en particulier des secteurs concernés.

• L’opposition à la Réforme du système de négociation collective en mettant en avant son caractère non solidaire et antisyndical.

• Un modèle syndical plus démocratique, plus participatif, fonctionnant par assemblée [diffusion d’une pratique propre au mouvement du 15-Mai] et revendicatif ; un modèle syndical proche des travailleurs.

• Le soutien déterminé à la lutte pour l’Enseignement public madrilène qui est devenu le symbole de la lutte contre les coupes sociales [plus de 5000 enseignants ont été licenciés]. Une lutte qui, pour réussir, doit être durable et s’étendre à l’ensemble du secteur public. Soutenir cette lutte signifie s’opposer fermement à toutes les prochaines et abondantes coupes qui nous attendent.

• La confluence et le travail avec le mouvement du 15-Mai. Actuellement ce mouvement est une réelle force avec une forte capacité d’appel à la mobilisation et une audience internationale.

• Le respect maximum pour la démocratie et la souveraineté de chaque pays. Contre les ingérences et les chantages [de la BCE, du FMI, de la Commission de l’UE]. Oui aux consultations populaires [référendum] pour que les citoyens et citoyennes puissent décider ()

« Secteur critique » des Commissions ouvrières (CCOO) de la région de Madrid


* Ce texte a été élaboré par le « secteur critique » des Commissions ouvrières (CCOO) de la région de Madrid. Il a été publié sur le site de Viento Sur en date du 30 novembre 2011. Traduction A l’Encontre. Publié en français sur le site de A l’Encontre.

 

Source : ESSF

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