Eternit, la fibre tueuse, de Giampiero Rossi, éditions La découverte

Publié le par dan29000

 

 

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  C'est une histoire italienne, celle d'une petite ville piémontaise, Casale Monferrato, 35 000 habitants aujourd'hui. Une ville où l'on vit plutôt tranquillement jusqu'au jour où quelques habitants meurent. Dans cette ville, l'usine Eternit, installée en 1906 par Adolfo Mazza et qui commença à produire l'année suivante des produits en éternit, mélange breveté de ciment et d'amiante. Ce n'est qu'en 1961 que la contestation débuta pour réclamer un environnement de travail salubre. Il fallut attendre vingt ans de plus pour les premières procédures judiciaires soutenues par la CGIL de Casale pour la reconnaissance des maladies professionnelles liées à l'amiante. En 1984, des universitaires enquêtent dans l'usine, identifiant de graves risques pour la santé, et deux ans plus tard c'est la fermeture de l'usine de la ville.

 

  Il va falloir ensuite trente ans de lutte acharnée pour faire condamner en 2007 les milliardaires belge et suisse, propriétaires de l'usine mortelle.

 

  Au moins...2969 morts dont 482 n'avaient jamais travaillé dans l'usine. La fibre tueuse était sortie de l'usine et avait envahi toute la ville. Summum de l'horreur, la mort n'était plus réservée aux seuls ouvriers, mais des proches et des habitants de la ville furent aussi frappés. L'épidémie de cancers ravagea la ville, dont celui typique de l'amiante, le cancer de la plèvre, avec un effet retard de nombreuses années. Le combat fut à l'image du mal, dantesque, puisque le tribunal de Turin ne condamna les deux magnats de l'amiante à seize ans de prison, qu'en février 2012.

 

  C'est la genèse de cette résistance de longue durée que nous narre ici Giamperi Rossi, ancien journaliste à l'Unita, actuellement rédacteur en chef de l'hebdomadaire A, et auteur, entre autres, de Mafia a Milano. Il a d'ailleurs obtenu pour Eternit, la fibre tueuse, le prix "Piero Passetti".

 

   Si les méfaits massifs de l'amiante sont bien connus en France, ce livre est tout à fait indispensable à plus d'un titre. D'abord il permet de comprendre comment une petite ville ouvrière a pu gagner son combat contre un géant industriel alors qu'une grande partie de ses habitants était désespérée par des maladies incurables. Sans pathos, l'auteur explique, démontre, analyse mais fait aussi des portraits de ces résistants qui surent, par delà le temps et les décès, mener à bien ce difficile combat.


  Un exemple de bataille politique, syndicale, judiciaire et aussi médiatique. Un livre de résistance, résistance victorieuse, pour dépolluer la ville, et faire interdire l'amiante (en 1992, sept ans avant la France) et prendre en charge les victimes encore vivantes. Un formidable exemple dans le combat mondial pour l'interdiction de l'amiante, illustrant bien la devise :

  Oser lutter, oser vaincre.


  La courbe des décès ne devrait pas baisser avant 2020. Un livre d'autant plus d'actualité hélas, que le Canada va rouvrir ses mines afin d'exporter de l'amiante en Inde et que les victimes françaises de l'amiante défilaient encore samedi dernier dans Paris.


 

Dan29000


 

 

Eternit, la fibre tueuse

Le combat pour la justice de Casale, ville martyre de l'amiante

Giampiero Rossi

Traduit de l'italien par Béatrice Didiot

Cahiers libres

Editions la découverte

2012 / 168 p / 14,50 euros

 

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