Etrangers menacés, vous n'êtes pas seuls...

Publié le par dan29000

Etrangers menacés, vous n'êtes pas seuls: des Français se lèvent pour vous aider

Interpellations au faciès et expulsions d'étrangers se multiplient ces derniers temps. Ces gens ont ici leur famille, leur travail, et pourtant on leur refuse un titre de séjour. Mais autour d'eux, face à ces dangers les savoir-faire de protection et de mobilisation progressent parmi leurs amis autochtones. Avec quelque succès.

 


En huit mois, une famille serbe de Troyes, arrivée en France en 2009 et déboutée de sa demande d'asile, a vécu quatre tentatives d'expulsion, avec placement en rétention avec leurs deux enfants (4 et 6 ans). (Voir les détails de cette persécution). D'après un témoin, au TA (tribunal administratif) de Melun le 3 février 2012, "les policiers qui les accompagnaient exprimaient leur désaccord avec la rétention des enfants et ce qu'on leur fait faire. Attitude humaine, un peu flics, un peu nounours. Ceux qui accompagnent les familles ne sont plus en uniforme pour ne pas traumatiser les enfants et... « par souci du regard des gens qui ne comprendraient pas de voir des enfants encadrés par des flics » ! "

Après quatre captures et quatre libérations par la Justice, ils sont toujours là, et ils ne sont pas seuls. Certes, cette famille fait preuve d'une détermination sans faille à ne pas retourner dans le pays qu'elle a fui. Mais elle a pu aussi s'appuyer sur des équipes de citoyens qui sont devenus de véritables urgentistes de la menace d'expulsion. Non contents de se relayer pour accompagner la famille dans ses tribulations entre Troyes, Le Mesnil Amelot, Melun, Metz et Strasbourg - "avec tous leurs bagages, une petite quinzaine de sacs et valises de toutes tailles" - ils ont construit des relations de confiance avec des avocats motivés et efficaces. Dans les CRA (centres de rétention administrative), des associations sont chargées par l'Etat d'aider les retenus à faire valoir leurs droits. L'association présente dans le CRA de Metz s'est battu à leurs côtés. Elle publie un communiqué dénonçant un acharnement surprenant et inhumain.

Cette famille n'est plus seule pour affronter l'adversité administrative. Et on irait leur reprocher de ne pas savoir s'intégrer dans la société du pays qu'ils ont choisi?

Il ne faut pas non plus désespérer de la Justice de ce pays. Ainsi, devant un TA le 21 février, A., un jeune bosniaque de 18 ans demandait l'annulation d'un refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire infligés par le préfet du Haut-Rhin. Jusqu'à l'âge de 17 ans, il avait vécu à Sarajevo aux soins de sa grand-mère, laquelle mourut en avril 2010. Il rejoignit alors sa mère, installée depuis des années en France et bénéficiaire de la responsabilité parentale sur décision du Tribunal de la famille de Sarajevo. La mère et le fils avaient immédiatement entrepris les démarches de régularisation. Mais la préfecture préféra attendre la majorité du garçon pour user de son pouvoir discrétionnaire en lui refusant le droit de vivre auprès de sa seule famille. Au TA, l'audience a été humaine et normale, raconte un témoin venu soutenir cette famille.

"Non seulement l'avocate a pu présenter ses observations reprenant l'essentiel de la situation, mais le Juge a également interrogé A. et sa mère, leur permettant ainsi de s'exprimer. C'est ainsi qu'il a été possible d'expliquer au Juge qu'en cas d'expulsion, A. se retrouverait seul et sans soutien en Bosnie, alors qu'ici, sa mère et le mari de celle-ci étaient prêts à le soutenir pour son démarrage dans la vie, grâce à la promesse d'embauche qu'il a réussi à obtenir. Sa mère a d'ailleurs expliqué au Juge avec une grande dignité qu'elle avait porté son fils français pendant neuf mois et qu'il avait le droit de vivre avec elle, mais qu'elle avait également porté A. pendant neuf mois, et qu'elle ne comprenait pas pourquoi lui, qui est bosniaque, n'aurait pas le droit de vivre avec elle! Le jugement est mis en délibéré, nous devons donc attendre de 3 à 4 semaines pour recevoir la décision."

Madame Shao est chinoise. En France depuis près de 10 ans, elle vit à Aubervilliers avec son mari et leurs deux fils. Malgré plusieurs tentatives, elle n'a pas réussi à obtenir un titre de séjour. Ses fils ont aujourd'hui 22 et 19 ans. Le plus jeune s'oriente vers des études d'ingénieur. Le 14 février 2012, elle a été arrêtée sur son lieu de travail et placée en rétention au Centre de l’Ile de la Cité, dans les bas-fonds du Palais de Justice de Paris, en prélude à son expulsion. Les veilleuses lancent l'alerte, et les fax, les mails commencent à s'envoler vers le préfet de police. Au lycée du futur ingénieur on se mobilise. Un avocat est trouvé. Une cinquantaine de personnes participent à un rassemblement au moment de son passage devant le JLD (juge des libertés et de la détention): élèves, professeurs, amis, et même Nathalie Artaud, la candidate à l'élection présidentielle. Le JLD est inflexible. Rendez-vous est pris pour l'appel, le 21 février. Une pétition est placée sur le site du RESF. Elle collectera plus de 1100 signatures dans la semaine. A l'audience d'appel, ils étaient une soixantaine, mais l'appel est rejeté. Le danger d'expulsion se précise dangereusement.

Le 22 février, l'Humanité publie la tribune d'une enseignante: "Les enfants d'Aubervilliers, de La Courneuve, de Stains et de Saint-Denis. les enfants d'Afrique, de Chine ou d'lnde sont la fierté de la France. Dongjie est de ceux-là. Sa mère doit être libérée. " La famille adresse au préfet un recours gracieux. Une vingtaine d'élus du 93 écrivent aussi au préfet. Le 24 février, nouvel article dans l'Humanité: "L’arrestation de madame Shao-Ge, mère d’un lycéen d’Aubervilliers, a déclenché une grande vague de solidarité. " Ce même jour, la préfecture de police annonce la libération de madame Shao pour le lendemain matin.

Commentaire d'une veilleuse: "Et pourtant, cela fait deux jours qu'elle ne mangeait plus, même pas les petits plats chinois apportés par C. qui, avec son équipe, lui rendait visite chaque jour en rétention, pour couper sa solitude, et celle des deux autres dames chinoises qui restent à Cité. Hier, elle avait vu le consulat chinois qui devait délivrer le fameux laissez-passer. Ses chances s'amenuisaient. L'équipe ne mollit pas: c'est aussi la mobilisation pour le retour de monsieur Mo, comment et combien de temps sa femme et ses deux enfants pourront-ils tenir?..."

A Nîmes, La Cimade fait un constat: "Depuis quelques temps, militants, associations et élus municipaux se confrontent aux déficiences ou aux absences des dispositifs officiels pour l'accueil des exilés. De nombreuses familles et personnes isolées ne peuvent accéder à un logement et ainsi avoir une vie sociale digne. Des mobilisations s'organisent. Par exemple, dans les départements du Gard et de la Lozère ce sont actuellement une cinquantaine de personnes qui sont mises à l'abri. Grâce à un partenariat solidaire, ces personnes sont logées et sont soutenues par la population pour la défense de leurs droits. Aujourd'hui, de nouveaux acteurs désirent s'impliquer dans ce mouvement". Alors elle organise une journée de réflexion sous le titre Sanctuaires pour les exilés.

Oui, souvent, la résistance paie. Elle paie, mais elle déplait à l'administration. Ces interpellations, ces tentatives d'expulsion qui devraient rester des bâtons au tableau noir de la politique du chiffre, voilà que ces empêcheurs en font des affaires d'humanité, de droits des personnes! Cela ne peut pas durer! D'où une série de manoeuvres d'intimidation, sous la forme de visites domiciliaires au petit matin, de convocations dans les commissariats, pour des actions en lien avec le séjour d'étrangers, avec notamment une salve en quelques jours: le 13 février à Marseille, le 15 à Paris (deuxième épisode de la traque du réseau clandestin MIAOU), le 16 à Rennes et en Seine et Marne. Il n'est pas sûr que l'effet obtenu soit celui qui était recherché: les mouvements et associations visés déclarent que, loin du prétendu "délit d'assistance au séjour irrégulier", ils tentent d'apporter un soutien à la régularisation de la situation administrative de ces étrangers. Ils sont encouragés dans cette résistance par la connaissance des refus de séjour à Mayotte opposés par le préfet à des enseignants coupables d'activités d'aide aux migrants. Décidément, Mayotte comme la Guyane semblent bien être des départements pilotes en ce qui concerne le traitement des étrangers!

Outre la riposte du MRAP35 et de RESF35, qui déclarent: "Le pouvoir se trompe en pensant mettre ainsi un terme à nos activités de protection et de soutien d'étrangers victimes de ses politiques d'immigration iniques et inhumaines"; un texte circule et recueille des signatures, pour affirmer que "contrôler, arrêter, garder à vue, emprisonner dans un centre de rétention et expulser des hommes et des femmes sur la base de leur apparence physique, et/ou de leur prétendue « clandestinité », est pour nous inadmissible. Et nous continuerons à nous opposer à ces méthodes, à ces comportements policiers, à le faire savoir, à en informer toutes celles et tous ceux qui en sont la cible, et ce quel que soit le gouvernement".

Martine et Jean-Claude Vernier

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Source : MEDIAPART

Publié dans actualités

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