FN dégage ! : "Marinades" de la haine ordinaire

Publié le par dan29000

RES.jpg« Marinades » de la haine ordinaire

   
22 Février, 2012

Il ne se passe pas un jour sans qu’une certaine Marine, candidate à l’élection présidentielle, se délecte de ses diatribes médiatiques blessantes vis-à-vis des musulmans de ce pays. L’anathème, la stigmatisation, la quête du bouc-émissaire étant plus que jamais de rigueur dans la stratégie d’un parti extrémiste, surfant sur le populisme, attisant les haines et ciblant plus particulièrement les fidèles de la deuxième religion de France.

 

 

 

TRIBUNE

Celle qui s’érige en anti-héros d’un establishment politique qu’elle voue régulièrement aux gémonies se présente comme la relève d’une France à la dérive, minée par «les voleurs», «les tricheurs », «les politiciens véreux» !

Face aussi, à « l’invasion » de la France par l’islam et « ces musulmans» qui ne respectent pas les fondements de notre république, elle s’érige en chantre de la laïcité, laquelle se retrouve assignée à résidence par un parti politique extrémiste qui n’hésite pas à l’instrumentaliser.

La « préférence nationale », « l’immigration », « la nation », « la fraude aux prestations familiales »…. sont autant d’autres thèmes régulièrement convoqués …avec l’islam, traité insidieusement comme LE fléau de notre société. Très symptomatique pour un parti extrémiste en mal d’idées, à défaut d’un vrai projet pour la France, Marine nous a ressorti de son chapeau un thème de campagne très novateur : le marché halal.

Récemment à Lille, lors de sa convention présidentielle, elle annonçait sa volonté d'engager une procédure judiciaire pour "tromperie sur la marchandise" en assurant que "toute" la viande vendue en Ile-de-France est "halal".

En bonne avocate, particulièrement procédurière dès lors qu’il s’agit de jeter l’opprobre sur nos concitoyens de confession musulmane, cette prétentieuse prétendante aux plus hautes charges de l’Etat, a exprimé sa volonté de déposer une plainte avec constitution de partie civile. Il s’agit là d’une illustration édifiante du degré zéro de la Politique, sensée servir le peuple et le pays.

Là où les Français, dans toutes leur diversité, attendent des réponses à leur véritables préoccupations (emploi, mal-logement, pouvoir d’achat….), dans son incapacité à apporter des propositions efficaces et concrètes, cette virtuose de l’affabulation, fidèle à elle-même, a opté pour la diversion. Sa persistance et son insistance à cibler avec encore plus d’acuité la communauté musulmane de France révèle aussi peut-être une inquiétude face à un président sortant dont la ligne officielle clairement droitisée peut lui coûter chère sur le plan électoral. Ces considérations électoralistes mettent en péril le lien social et la cohésion précisément de cette « Nation » que ces thuriféraires de « la République une et indivisible » entendent défendre.

Les pompiers-pyromanes d’une certaine vague bleue marine, les souffleurs de braise de l’inimitié, les politiques faussaires ne reculeront devant rien pour assouvir leurs ambitions ; ils proposeront même des « remèdes » lourds qui n’en sont pas mais qui auront au moins le mérite de prendre l'absurde à bras le corps.

La démarche serait comique si elle ne s’inscrivait dans le registre du pathétique. Elle n’a d’égale qu’une mise en scène théâtrale dans un scénario digne du « Tonneau des Danaïdes » voire du « Mythe de Sisyphe ». Mais pour sortir du mythe et aborder le réel, sachez marins en dérive, « Marines » de France et d’ailleurs que l’incitation à la haine est condamnable au nom des principes universels des droits de l’homme, qu’il ne saurait y avoir une logique de « deux poids deux mesures » et que nos concitoyens de confession musulmane ne se résigneront pas à être sacrifiés sur l’autel de vos stratagèmes électoralistes.

Récemment, outre-Atlantique, « l’événement canin » le plus mondain de la planète défrayait la chronique :
le candidat à l'investiture républicaine Mitt Romney était en effet la cible d'attaques virulentes de la part de militants pour la défense des animaux lui reprochant d'avoir maltraité son chien, Seamus, lors d'un voyage en voiture en 1983 : ce dernier aurait été transporté dans une cage attachée sur le toit de la voiture durant plusieurs heures ! Ces militants ont manifesté leur colère contre celui qui fait figure de favori pour affronter Barack Obama en novembre prochain, brandissant des pancartes "Mitt is mean" (Mitt est méchant), "Dogs are not luggages" (les chien ne sont pas des valises) ou encore "I ride inside" (je voyage à l'intérieur).

Au-delà de l’anecdotique, cet emballage médiatique est assez révélateur : certes, comme le dit l’adage «comparaison n’est pas raison» ; mais si tout être vivant a droit au respect élémentaire, si la dignité est inhérente à l’ensemble du règne animal (et le chien comme l’Homme en font partie !), les insultes, les mises en accusations, les invectives, les stigmatisations récurrentes dont sont victimes les musulmans dans le pays des Droits de l’Homme doivent cesser !

Pour nos têtes bien pensantes qui l’auraient occulté, les musulmans de France et d’ailleurs font bien partie de l’espèce humaine ; dotés comme tout à chacun, des mêmes caractéristiques physiologiques partagées avec l’ensemble de l’Humanité, d’une conscience et d’une intelligence, ils ont des droits qu’ils feront assurément prévaloir le moment venu.

Petit rappel élémentaire à l’attention de nos candidats à l’onction suprême : « Ceux qui, par l'un des moyens énoncés à l'article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ou de l'une de ces deux peines seulement. »(1)

A ce propos, Marine est belle et bien la digne héritière de son père malgré « un relooking » politique qui n’abusera personne: l’emballage a été agrémenté mais le fond n’a pas changé pour l’essentiel. La JUSTICE constitue l’un des socles de notre pacte républicain et l’un des garde-fous de notre vivre-ensemble. Notons au passage la condamnation, il y a peu, du Président d’honneur du Front National à trois mois de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende (pour avoir déclaré que l'Occupation allemande n'avait pas été « particulièrement inhumaine».

La lecture à géométrie variable de notre belle devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » doit cesser !

Signataires:

Kamel MEZITI, Historien des religions, citoyen indigné, Kamel KABTANE, Recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Ali GEDIKOGLU, Président de COJEP International (Conseil pour la Justice, l’Egalité et la Paix, ONG), Veysel FILIZ, Porte-parole d’EMISCO (European Muslim Initiative for Social Cohesion, ONG), Tuncay CAKMAK, Président de l’association JPL (Justice, Paix et Liberté), Larbi KECHAT, Recteur de la Mosquée Addawa, Directeur du Centre Socio-Culturel de Paris.

(1) L'incitation à la haine raciale est le fait, par des discours, des écrits ou par tout autre moyen, de pousser d'autres personnes à modifier leur comportement vers du racisme. En droit français, l'incitation à la haine raciale est un délit défini par l'article 24 de Loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, c'est-à-dire par la loi du 1er juillet 1972 «  relative à la lutte contre le racisme », dite «  Loi Pleven »1. Contrairement à ce qu'on croit souvent, cette disposition n'a pas été modifiée par la loi Gayssot, mais par la loi de 1992 «  relative à la réforme du Code pénal », loi en vigueur depuis 1994, qui a élevé la peine d'emprisonnement encourue à un an, remplaçant « punis d'un emprisonnement d'un mois à un an » etc. par « d'un emprisonnement d'un an » 2) :
« Seront punis de cinq ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ceux qui, par l'un des moyens énoncés à l'article précédent, auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n'aurait pas été suivie d'effet, à commettre l'une des infractions suivantes :
[...]
Ceux qui, par l'un des moyens énoncés à l'article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ou de l'une de ces deux peines seulement. »
 

 

 

 

Source : Respect magazine

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