Fukushima, le bilan après neuf mois

Publié le par dan29000

Fukushima, neuf mois après

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Le 11 mars 2011, un séisme, dont l’épicentre est situé au large des côtes nippones, provoque un tsunami dévastant la côte pacifique du Japon et provoquant la mort de plus de 20 000 personnes. Le séisme d’abord, puis le tsunami, touchent de plein fouet les centrales nucléaires japonaises installées sur la côte Est. Parmi celles-ci, la centrale Fukushima Daï-Ichi subit les dégâts les plus importants : perte d’alimentation électrique, arrêt des systèmes de refroidissement des réacteurs nucléaires et des piscines de désactivation des combustibles usagés, fusions partielles de cœur dans trois réacteurs, rejets radioactifs importants dans l’atmosphère par dépressurisation volontaire de la part de l’exploitant, rejets massifs d’effluents radioactifs liquides suite aux lâchers d’eau entrepris par l’exploitation pour refroidir les installations…

Quelles conséquences pour l’environnement ?
Contrairement aux informations rassurantes véhiculées par les médias, la catastrophe continue inexorablement au Japon.On ne sait toujours que faire de l’eau contaminée par le refroidissement des réacteurs et qui, lorsqu’elle ne s’est pas déjà échappée vers l’océan ou les nappes phréatiques, s’entasse sur le site avec tous les risques de fuites diverses compte tenu de la précarité de la situation.Sans la pression de l’opinion japonaise, Tepco aurait déjà relâché cette eau dans l’océan.

Les six piscines des réacteurs et la piscine commune nécessitent un refroidissement constant car elles renferment ensemble environ 2 ­000 tonnes de combustible. Ces piscines sont extrêmement dangereuses et vont entraîner des dépenses pharaoniques de surveillance et d’entretien durant des dizaines d’années.

Les masses fondues de combustible (corium) des réacteurs 1, 2 et 3, représentant environ 250 tonnes de matières radio­actives, ne sont toujours pas localisés. Personne ne peut dire aujourd’hui où elles sont exactement. Et rien ne permet d’écarter la possibilité d’explosion que certains scientifiques jugent d’ailleurs très probable : un contact entre ce corium et de grandes quantités d’eau serait en effet dramatique et pourrait provoquer une explosion avec un important dégagement de matières radioactives dans l’atmosphère. Cela pourrait être catastrophique et contaminer d’immenses régions, bien au-delà du Japon.

Au plus proche de la centrale, les conséquences de l’accident sur la population commencent à montrer leur étendue. Pneumonies, leucémies, thyroïdes enflées, saignements de nez, diarrhées, toux, asthme ou problèmes hormonaux semblent se multiplier chez les 2 millions d’habitantEs du secteur. Les enfants sont en première ligne, alors que les terres, les eaux et certains aliments sont fortement contaminés.

Dans la ville de Fukushima, située à 60 km de la centrale, la Criirad a mesuré une contamination de 370 000 Bq/kg dans la terre prélevée sous les balançoires d’une école primaire. Une radioactivité énorme. « Ce sol est devenu un déchet radioactif qui devrait être stocké dans les meilleurs délais sur un site approprié », déclarait alors l’organisation.

La nourriture est aussi un vecteur de contamination radio­active. Les autorités japonaises ont étendu le 29 novembre l’interdiction de vente de riz, notamment dans la région de Date, où des milliers d’agriculteurs ont dû suspendre leurs livraisons.

En avril, le gouvernement japonais a relevé la norme de radioprotection de la préfecture de Fukushima de 1 milli­sievert/an à 20 millisieverts/an pour les enfants. Or, ce taux est le seuil maximal d’irradiation en France pour les travailleurs du nucléaire !

Face à la catastrophe, et pour éviter des mesures de prévention jugées trop coûteuses, les autorités prennent des risques inconsidérés avec la vie des populations.

Quels coûts pour les travailleurs et la société japonaise ?
Les premières victimes ont évidemment été les travailleurEs présentEs sur le site au moment de la catastrophe, ou envoyéEs en zone fortement contaminée pour tenter de limiter les conséquences de celle-ci et ainsi probablement sauver des milliers de vies. On apprend ainsi que, juste après les explosions de mars, Tepco avait demandé à l’ensemble de ses entreprises de sous-traitance de recruter « des gens qui n’avaient pas peur de mourir ». Aujourd’hui encore, ce sont des publics particulièrement défavorisés qui sont ciblés pour des campagnes de recrutement dans les entreprises sous-traitantes du nucléaire.

Mais cette catastrophe nucléaire aura des répercussions pendant encore des décennies. Le travail de décontamination prendra de longues années et les travaux coûteront une fortune : 130 milliards de dollars, au bas mot, d’après les experts japonais. À cela risquent de s’ajouter des coûts sanitaires et environnementaux difficiles à comptabiliser, tant le risque semble être aujourd’hui minimisé.

De la même manière que le plus lourd tribut sanitaire est actuellement payé par les travailleurEs, la facture sera également à la charge des classes laborieuses japonaises. Car si Tepco a su privatiser les bénéfices générés par l’exploitation de la filière nucléaire, c’est bien désormais la puissance publique qui doit faire face à l’immense chantier de décontamination et de prise en charge des conséquences environnementales et sanitaires.

Quelles conséquences politiques et économiques dans le monde ?
La catastrophe de Fukushima, accident nucléaire le plus important que le monde ait connu depuis Tchernobyl, a relancé avec une grande vigueur le débat sur l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins de production électrique. Le mouvement de rejet de cette technologie et des risques qui y sont associés a fortement grandi en l’espace de quelques mois dans les populations des pays les plus nucléarisés. Face à ce mouvement de fond, mais aussi parfois à une réactivation de luttes militantes antinucléaires déterminées, certains pays ont fait le choix de mettre un terme à leur programme électro-nucléaire : Allemagne, Suède, Suisse, Belgique, Italie…
Ce choix, les autorités françaises continuent de le refuser, nous expliquant doctement que le nucléaire français est le plus sûr du monde, reprenant ainsi un couplet que les autorités japonaises n’hésitaient pas à entonner avant le 11 mars 2011…

Les luttes antinucléaires en France ont eu beau reprendre de la vigueur au cours de l’année 2011 (insuffisamment, il est vrai), elles n’auront donc pas permis d’imposer une sortie rapide du nucléaire. Et les échéances électorales de l’année 2012 ne permettront pas à la population, pourtant de plus en plus consciente de la menace que fait peser cette industrie sur nos vies, de faire un tel choix. En effet, même en cas d’alternance à la tête de l’Etat, le nucléaire civil sera un choix maintenu, le pacte PS-EÉLV prévoyant que le nucléaire représentera encore 50 % de la production électrique française en 2025. Ainsi, de façon totalement irresponsable, on nous propose de continuer de faire de la France une exception à l’échelle mondiale en maintenant une des parts les plus élevées de production électrique d’origine nucléaire et en conservant plusieurs dizaines de centrales nucléaires dont beaucoup ont déjà plus de 30 ans et qui représentent autant de risques mortels pour les populations.

Faute de la prise en charge d’une sortie rapide et planifiée du nucléaire, en France aussi ce sont les travailleurs du secteur qui aujourd’hui paient les conséquences de la crise ouverte par la catastrophe de Fukushima. L’abandon du nucléaire par un nombre important de pays qui étaient clients d’Areva, mais aussi les revers commerciaux subis dernièrement avec l’EPR, ont fragilisé l’entreprise jusqu’alors présentée comme une fierté nationale, le fleuron de l’industrie nucléaire française. Face à ces difficultés, la réponse d’Areva ne s’est pas fait attendre : suppression d’un millier de postes par an. Encore une fois, ce sont donc aux travailleurEs que les dirigeants souhaitent faire payer la crise et l’incurie de leurs choix pourtant opérés aujourd’hui contre la volonté d’une majorité de la population.

Afin de ne pas continuer à faire courir aux populations un risque qu’elles refusent, le NPA propose un plan de sortie du nucléaire en dix ans, prenant comme base la réduction des consommations énergétiques, le développement des énergies renouvelables qui entraînera la création de centaines de milliers d’emplois, la création d’un grand service public de l’énergie sous contrôle des usagers et des salariés par expropriation des grands groupes (EDF, GDF-Suez, Total, Areva…) et la préservation de l’ensemble des emplois actuels de la filière par le biais de reconversions dans le démantèlement ou dans les énergies renouvelables.
Souhaitons que 2012 voie les mobilisations antinucléaires croître à nouveau pour donner l’espoir de pouvoir un jour mettre en œuvre un tel plan.

Commission nationale écologie du NPA

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