Galadio, le nouveau roman de Didier Daeninckx

Publié le par dan29000

galadio.jpgAvec Didier Daeninckx il y a la qualité et la quantité. Auteur prolifique, il a publié une quarante de romans et recueils de nouvelles et des ouvrages en collaboration avec des dessinateurs comme Tardi ou  photographes de talent comme le grand Willy Ronis.

 

Né en 1949 à Saint-Denis, il fut d'abord ouvrier-imprimeur, animateur culturel puis journaliste local, avant de se retrouver au chômage. Premier roman en 1982, "Mort au premier tour", un peu passé sous silence. Il deviendra célèbre avec le second, l'excellent "Meurtres pour mémoire" dès 1982. Dès lors il n'arrête plus d'écrire, s'inspirant souvent de faits divers et traitant divers thèmes sociaux, allant de la corruption des milieux politiques au racisme (Le chat de Tigali, en littérature jeunesse) en passant par les "fusillés pour l'exemple" ou les charters pour Maliens expulsés.

 

Durant toute sa carrière, il collectionne les prix : Prix Paul Féval de la littérature policière, Prix Louis Guilloux, ou encore Prix Goncourt du livre jeunesse. Il est traduit alors dans une vingtaine de langue. Il écrit à deux reprises dans une collection qu'ici nous aimons bien "LE POULPE" : en 1996, "Nazis dans le métro" et en 2003 "La route du rom".

 

Durant les dernières années,  à remarquer :

"Cannibale" où il dénonce les "zoos humains" lors de l'Exposition coloniale de 1931 où des Kanaks sont livrés aux regards des européens.

"Itinéraire d'un salaud ordinaire" chez Gallimard ou encore en 2009 "Jaurès, non  à la guerre" chez Actes Sud.

 

Avec "Galadio" publié le mois dernier, Daeninckx nous transporte dans les années trente, en Allemagne. Son personnage principal est un adolescent, mais un adolescent à la peau noire, issu d'un père africain venu là avec les troupes françaises d'occupation chargées de veiller à l'application du traité de Versailles. Une brève liaison avec une jeune Allemande donna Ulrich, alors que le père est déjà reparti, sans le savoir.

Pour Hitler, l'adolescent est le symbole de l'avilissement du sang aryen par les occupants, ce qu'il nommait "la honte noire". On comprend donc aisément que le sort des quelques centaines de jeunes identiques à Ulrich n'est pas plus enviable que le sort des juifs.

Métis est souvent un sort difficile. Mais à cette époque de  montée du nazisme ce fut pire.

S'appuyant à son habitude sur une abondante et sérieuse documentation, Didier Daeninckx nous fait partager quelques années de la vie d'Ulrich de Duisbourg. Une vie pas vraiment facile. 

En une douzaine de  chapitres ramassés, dans son style aussi clair qu'efficace, l'auteur brosse un beau portrait, souvent émouvant, de cet adolescent "différent".

Ulrich a de la chance d'être sportif et beau garçon. Alors  il se retrouve dans l'armée cinématographique de la propagande nazie, jouant les sauvages en pagne, à la place d'un séjour en camp. Galadio court après l'image de son père pendant une guerre à laquelle il a échappé.

Le roman avance vite, peut-être parfois d'ailleurs un peu vite. Mais malgré sa brièveté la réussite est là et cette histoire demeure dans nos esprits longtemps après sa lecture.

 

Dan29000

 

Galadio

Didier Daeninckx

Editions Gallimard

Collection blanche

2010/ 140 p / 15,50 euros 

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