Gaza-strophe, Palestine, un film signé Abdallah et Mabrouk, en salles

Publié le par dan29000

 

 

 

 

gaza-strophe--50--.pngGAZA-STROPHE, PALESTINE


Un film documentaire de 95 mn de Samir Abdallah & Khéridine Mabrouk,
Produit par ISKRA & L'Yeux Ouverts,
Avec la participation de Media Group Palestine
Mars 2011 (France/Palestine)


En salles depuis le 16 mars

 

 

La Palestine ressemble de plus en plus à une métaphore au moment où Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk pénètrent dans Gaza, le 20 Janvier 2009. Au lendemain de la dernière guerre israélienne contre Gaza, ils y découvrent l’étendue de la « Gaza-Strophe » aux côtés de leurs amis -délégués palestiniens des droits de l'homme. Les récits de dizaines de témoins font prendre la mesure du cauchemar palestinien. Mais au-delà de leurs souffrances, les Gazaoui « portent toujours le fardeau de l’espoir » qu’ils font vivre à travers poèmes, chants et nokta (blagues ou histoires à raconter)…

 

 

TELERAMA /

 

SYNOPSIS

Nous sommes rentrés dans Gaza au lendemain de la dernière guerre et découvrons, avec nos amis délégués palestiniens des droits de l'homme, l'étendue de la « gaza-strophe ». Les récits de dizaines de témoins de la guerre israélienne contre Gaza nous font entrer dans le cauchemar palestinien.

LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 19/03/2011

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20 janvier 2009. Au surlendemain de la fin de l'opération « Plomb durci », menée par Tsahal dans la bande de Gaza, les documentaristes Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk arrivent sur cette étroite langue de terre, où la population est l'une des plus denses du monde. Deux militants du Centre palestinien des droits de l'homme les accompagnent. Depuis le début des bombardements, vingt-deux jours auparavant, plus d'un million et demi de tonnes d'explosifs ont été larguées sur Gaza. Mille quatre cents Palestiniens ont été tués, dont la moitié était des civils.

Le paysage est apocalyptique, maisons détruites, routes défoncées, plantations arrachées, animaux agonisants. En progressant le long des sillons des blindés israéliens, les réalisateurs rencontrent des familles, des paysans, des chômeurs (88 % de la population active). Ils ont parfois tout perdu : leurs proches, leur toit, leurs moyens de subsistance. Au-delà de cet accablant état des lieux, c'est la soif de parole qui frappe surtout. Tout le monde témoigne jusqu'à épuisement, des bombes au phosphore, des exactions... Un homme raconte le meurtre de sa mère et de ses deux filles, exécutées de sang-froid. A la lueur de bougies (« l'électricité est devenue un rêve à Gaza »), des jeunes gens disent espérer que la mort viendra vite puisqu'on leur interdit de vivre comme les autres, « ceux du dehors ». « Pourquoi ? » est le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de ces citoyens ordinaires, pris entre la puissance de feu d'Israël et la guerre fratricide entre islamistes du Hamas et combattants du Fatah.

L'enfer vu de l'intérieur, ce n'est pas si fréquent. Et c'est le grand mérite de ce film (diffusé sur France Ô, en janvier 2010, dans une version courte) que de montrer à chaud, mais sobrement, une réalité demeurée longtemps invisible, pour cause de blocus médiatique décrété par Israël. Document exceptionnel, Gaza-strophe a aussi valeur d'avertissement, tant il montre que les Gazaouis n'ont désormais plus rien à perdre...



Mathilde Blottière
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CRITIKAT.COM /

Elles n’ont presque plus de sens, ces images de la bande de Gaza dévastée, de civils tombés sous les armes israéliennes. Elles n’ont plus de sens, ou n’en ont que trop. À Gaza, ce qui reste debout, c’est la parole. Dans Gaza-Strophe, les réalisateurs entreprennent un voyage au bout de la nuit dont toute la substance de la mise en scène repose sur les mots recueillis. Ce n’est plus une résistance, c’est la force de vie mise à mal donnée à entendre comme trop rarement.


Janvier 2009. La bande de Gaza sort tout juste de l’opération « Plomb durci », lancée par l’armée israélienne contre le Hamas. Tout n’est que champ de ruines. Au milieu des décombres, des enfants cherchent leurs jouets, leurs vêtements. Des hommes se rassemblent pour se soutenir comme ils peuvent, parler, échanger, boire un café. Vivre. Dans ce décor de fin du monde, Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk ne font pas que planter leur caméra. Ils filment la parole, l’unique bien qui reste aux habitants dépassés par la violence de l’intervention.

Pendant cette guerre qui ne disait pas son nom, les médias ont été refoulés hors du champ de bataille. Les deux réalisateurs parviennent dans la bande de Gaza une fois le gros de l’intervention passé, alors que des drones continuent de tournoyer au-dessus des têtes des Gazaouis. Ils sont escortés par des membres du Centre palestinien des droits de l’homme de Gaza, que l’on ne voit pas à l’image, mais dont le « titre » résonne dans les paroles recueillies : où sont les droits de l’homme dans les témoignages mis en œuvre dans ce film comme on mettrait en scène le constat de l’absence de l’humain ? Aujourd’hui, d’anciens soldats israéliens, notamment de l’ONG Briser le silence, témoignent de l’arbitraire des méthodes de l’armée israélienne, parfois guidée par la volonté des colons de « faire peur » aux civils palestiniens. Le rapport sur l’opération « Plomb durci » du juge Goldstone pour les Nations Unies accrédite les exactions faites aux civils. Gaza-Strophe n’est que ça, et c’est une somme : la vie brisée de ces civils, simples paysans, figés dans l’incompréhension du feu qui touchent leurs enfants.

Le dispositif filmique donne le tournis. Autour de Gaza-ville, les réalisateurs naviguent de villages en villages, accumulant les témoignages jusqu’au vertige, à la répétition. La caméra, sobre, laisse toute la place aux habitants filmés dans les « décors » même de leurs maisons en ruines. Ce qui frappe et bouleverse, dans ce film, c’est la force puisée à la source de la parole : de poèmes en poèmes, Mahmoud Darwish tout proche, un homme s’accroche à sa force de vie. Une petite fille, sans une larme, expose à la caméra les dessins de ses cauchemars. Une femme demande « Pourquoi ? Pourquoi ? »
Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk ont trouvé le ton et la position idéale dans un tel contexte, tant filmé et tant déformé. Nul pathos dans Gaza-Strophe, ni musique trop appuyée, ni gros plan manipulateur. Les réalisateurs se tiennent à l’écart de tout misérabilisme et se placent comme les capteurs de la vie sous les bombes, focalisant l’attention sur la précision des faits relatés et la dignité des habitants. Pudique, respectueux, le regard des réalisateurs cherche à transmettre des mots de Gaza qu’on entend trop peu. La poignante scène finale, où ce vieil homme égrène le malheur et l’injustice, s’apparente presque à une improvisation poétique. Comme si Gaza était devenue une métaphore, une fable tragique. C’est une scène de clair-obscur où les hommes se partagent les fraises qui faisaient la fierté de leurs cultures, mangeant, d’abord, de bon appétit, laissant leur cuiller en suspens, ensuite, comme figés par l’émotion de leur condition mise en mots par leur acolyte, debout à jamais.

Sarah Elkaïm

LE TEASER SOUS-TITRE EN FRANCAIS

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