Gindou : Jafar Panahi, cinéaste iranien, toujours "retenu" par l'Iran

Publié le par dan29000

gindoucinema [50%]L'invité d'honneur du festival de cinéma de Gindou retenu à Téhéran

CULTURE. Invité d’honneur des Rencontres Cinéma de Gindou (Lot), le réalisateur Jafar Panahi n’a pas été autorisé par le régime islamique de Téhéran à quitter son pays. Arrêté le 1°mars 2010, il n'a été libéré que sous caution de la prison d’Evin le 25 mai suivant.

Privé de son passeport, il n’a toutefois le droit ni de quitter l'Iran ni de travailler jusqu’à son prochain procès fixé au 6 septembre à Téhéran.

Nader T Homayoun, 41 ans, réalisateur du polar "Téhéran" (prix de la semaine de la Critique à Venise en 2009) vit, lui, à Paris. Il est venu présenter à Gindou le documentaire qu’il a consacré à son ami Jafar Panahi. En marge des projections, il revient sur la situation politique en Iran.

 

Entretien:


LibéToulouse : Vous êtes en contact avec Jafar Panahi. Qu'advient-il de lui aujourd'hui ?

Nader T Homayoun : Comme beaucoup de prisonniers politiques aujourd’hui en Iran, il ne sait toujours pas de quoi on l’accuse. La différence est que Jafar a bénéficié pour sa libération de la pression très forte du monde du cinéma. Il est sorti de la prison d’Evin, mais sans autorisation de quitter le pays ni de travailler. Il est en liberté, mais comme il le dit lui même «c’est seulement la taille de ma prison qui change».

Pourquoi le régime emprisonne t-il des artistes tels que Jafar Panahi ?

Nader T Homayoun : Jafar Panahi est l’un des premiers artistes à avoir mis toutes ses forces et sa renommée, en Iran et à l’extérieur du pays, dans la bataille contre le président Ahmadinejab. Le régime iranien a peur. Comme dans toutes les dictatures, ses dirigeants sont déconnectés de la réalité. Ils ne s’attendaient pas à la révolte qui a suivi les élections contestée de 2009. Ce mouvement "vert" les a surpris par son ampleur et son écho dans la population.

Après la répression de mars 2010, l’opposition au régime ne se manifeste plus...

Nader T Homayoun : Le mouvement vert est actuellement dans le creux de la vague. La répression a été très violente. Les gens se sont rendu compte que ce genre de manifestations ne donnait pas des résultats immédiats. Cela ne veut pas dire que c’est terminé. L’opposition se prépare pour les prochaines élections présidentielles qui auront lieu dans deux ans. Moussav,i figure tutélaire du Mouvement y représentera le peuple. L’élection truquée du 12 juin 2009 qui a permis l’arrivée d’Ahmadinejab au pouvoir ne pourra pas se reproduire .

Où se situe Jafar Panahi dans l’histoire du cinéma iranien ?

Nader T Homayoun : L’âge d’or du cinéma iranien a débuté entre 1965 et 1975 sous le régime du Shah avec le cinéma «motafavet» (cinéma "différent", proche de la Nouvelle Vague, ndlr). Il a permis l’éclosion de vocations avec la création d’écoles et d’une véritable industrie, avec studios et techniciens.

Ce cinéma critique de la société a continué après la Révolution iranienne de 1979. Paradoxalement, beaucoup de chefs d’œuvres antigouvernementaux de cette époque étaient produits avec l’argent de l’État tout en étant interdits en Iran. Cette absence de pression commerciale a contribué à la force artistique et à la renommée internationale du cinéma iranien avec des réalisateurs comme Abbas Kirostami ("Le goût de la cerise", palme d’or au Festival de Cannes en 1997).

Jafar Panahi est issu de ce mouvement. Le scénario de son premier film, "Le Ballon Blanc" (Caméra d’or à Cannes en 1195) a été écrit pas Kirostami. Il a continué par la suite dans ce sillon d'un cinéma proche du documentaire. Aujourd’hui, en osant montrer une société iranienne sclérosée et dirigée par de soit disant religieux, malhonnêtes et se comportant comme des brutes, il a fini par déranger un pouvoir sur la défensive.

Parlez-nous de votre prochain film.

Nader T Homayoun : Après "Téhéran", j’avais envie de refaire un film en Iran. Mais je ne pense pas que le pouvoir me permettra de le réaliser. Je vais le tourner ici en France. J’en suis à l’écriture du scénario. C’est un thriller politique qui se situera entre l’Iran et la Suisse.

Propos recueillis par Jean Manuel ESCARNOT

Source : Libération

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