Google god : big brother n'existe pas, il est partout, un essai d'Ariel Kyrou

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

gg.jpgQuand nous débattons d'internet, un grand sujet revient sans cesse, Google. Le géant américain est au centre des préoccupations des internautes qui se comptent aujourd'hui par centaines de millions dans le monde entier. Il y a bien  entendu les inconditionnels, mais aussi les détracteurs inconditionnels, et il y a aussi déjà plusieurs essais en français sur le sujet, sujet qui divise particulièrement les usagers.

 

Généralement il est d'assez bon ton de se situer dans une posture de dénonciation. La puissance de Google, et aussi sa montée rapide font peur, difficile de le nier.

Pourtant il est intéressant de ne pas le diaboliser, comme il est consternant de l'encenser avec un certain aveuglement.

Ariel Kyrou, l'auteur de "Techno rebelle" et "ABC-Dick", est directeur associé de Moderne multimédias, ancien collaborateur de l'historique mensuel Actuel, mais aussi rédacteur en chef de Culture mobile. Il participe aussi au collectif de rédaction de la revue Multitudes.

 

A juste titre selon nous, l'auteur se place dans une perspective, pas si lointaine de l'ère post PC, c'est à dire qu'internet sera absolument partout. Depuis quelques années déjà, il a fait son apparition sur les téléphones portables et sur les diverses tablettes imposées par les firmes des nouvelles technologies. Nouveau stade, les premiers téléviseurs offrant internet en ligne sont aux portes de nos salons. Et ainsi de suite. Dans un petit nombre d'années, internet sera aussi banal et accessible que l'électricité.

Alors la bonne question, que nous offre d'ailleurs la quatrième de couverture du livre, est :

Google se contentera-t-il de toutes les connaissances de l'univers ?

Alors il n'est pas inintéressant de se poser quelques bonnes questions, ce qui est fait par l'auteur dans cet essai brillant, d'un esprit critique mais ouvert, avec l'apport des interrogations de la SF.

On ne peut isoler internet et donc Google de l'ensemble des hautes technologies qui envahissent à plus ou moins bas bruit nos vies quotidiennes, de la robotique de nos maisons, à l'électronique de nos voitures, en passant par les nanostechnologies et les actuels panneaux publicitaires du métro parisien qui nous regardent, dépensant en plus bien trop d'énergie...Le seul accès au web sur notre ordinateur va assez vite disparaître, comme notre clavier.

Minority Report est-il déjà in town ?

Le premier chapitre est consacré à l'économie de la connaissance, la bibliothèque numérique est-elle universelle, et l'algorithme est-il un vote entre pairs ? Mais les NTIC, plus vraiment nouvelles d'ailleurs, sont aussi un "business new style", modèle de l'entreprise, elle aussi New style, il suffit de visiter les bureaux du siège de Google...

S'en suivent de judicieuses réflexions sur l'individu connecté (Gmail et le cloud computing), les techniques changent, mais la technologie nous change aussi. Le quatrième chapitre développe une intéressante approche sur un imaginaire de science-fiction, avant de nous proposer une brillante conclusion, contre l'hypnose de l'à-venir...

Tout un programme...Le web à la puissance 2 est déjà là.

Un essai vraiment original, vivifiant, tout en demeurant grand public, non dénué d'humour, ce qui est important.

Utile aussi, en fin de volumes les grandes dates de Google, qui contrairement au web n'est pas né chez les militaires, mais à l'université de Stanford quand il se nommait Backrub en 1996, son entrée en bourse en 2004, l'achat de YOU TUBE en 2006, ou encore le lancement de son navigateur Chrome en 2008.

Enfin dernière avancée du monstre, la création d'un centre culturel et d'un laboratoire de recherche et développement à Paris !

Nous avons particulièrement apprécier les ultimes pages de ce livre intitulées :

Tendre des pièges à notre ombre d'information.

La lucidité reste la meilleure des armes contre la googlisation de nos esprits, et aussi prendre conscience, et c'est plus difficile qu'il y a peut-être un plus grand danger que la surveillance, c'est la sousveillance. Et nous vous en avions déjà parlé lors de la critique d'un livre passionnant intitulé "Voir et pouvoir, qui nous surveille ? de Ganascia.

  Google god, une réussite en forme de décryptage indispensable, entre essai philosophique et pamphlet, avec une vertu que nous aimons, faire réfléchir, et réfléchir, c'est déjà désobéir !

 

Dan29000

 

 

 

Google god

Big brother n'existe, il est partout

Ariel Kyrou

Collection : temps réel

Editions inculte

2010 / 220 p / 17 euros

 

Pour découvrir le site de l'éditeur, c'est ICI

multitudes.pngA découvrir aussi, le site de la revue MULTITUDES, LA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EXTRAIT  / 

 

introduction


Un dieu de l’information


Google vit dans les nuages. Les mains, les oreilles et
les yeux collés à mon ordinateur ou à mon smartphone,
j’ai le sentiment que ce sont mes machines à
moi qui travaillent. Lorsque je recueille mes courriers
électroniques sur Gmail ou tente de retrouver
mon chemin dans les méandres d’une petite cité du
Périgord, entre mon guide de navigation GPS et les
salutaires photos de rues de Google Street View, je
ne me dis pas : tiens, le dieu Google agit pour moi,
depuis là-haut dans le ciel de l’informatique. Non,
j’utilise les services du premier moteur de recherche
de la planète le plus naturellement du monde. Je ne
réfléchis pas une seule seconde à leur mécanique. Je
ne pense pas à ce cloud computing 1 dont Amazon et
Google ont été les pionniers et grâce auxquels tous
ces miracles ô combien opérationnels sont désormais
choses communes. Il ne me viendrait pas à
l’idée de m’interroger sur mes données personnelles,
non pas préservées, en toute sécurité dans le ventre
de mon ordinateur, mais entreposées – en toute
confiance – je ne sais où, dans quelque serveur qui
tournerait en permanence pour moi et des millions

d’autres internautes. Au quotidien, je me sens plus
léger qu’auparavant, et objectivement mieux servi.
Mon iPad, mon netbook, mon baladeur mp3, ma
console de jeux ou mon mobile connectés m’offrent
mille possibilités nouvelles de recherche, de vision
et d’écoute, de présence et d’action à distance. Je me
sers sans frein dans l’océan de biens immatériels à
ma disposition. C’est comme si mes mains, devenues
élastiques à l’infini, pouvaient se saisir de tout objet
de 0 et de 1, sans obstacle de temps ni d’espace. Je
suis là sans être là, mon corps ici, mes yeux et mon
esprit ailleurs, comme téléportés via ma multitude
d’écrans. Je n’ai pas l’impression d’être dépossédé,
mais au contraire plus puissant que jamais. Cette
magie a pourtant un prix. Il y a bien sûr les « liens
commerciaux » en colonne de droite de Google ou
de Gmail. Il y a ces pubs, qui nous promettent une
adaptation toujours plus fine aux moindres de nos
gestes connectés. Mais ces merveilles d’ubiquité
n’ont-elles pas un coût d’une autre facture, moins
facile à appréhender que ces annonces-là car d’ordre
plus « spirituel» ? Lorsque je prends mon stylo et
que je trace sur papier les caractères d’alphabet et
les lignes d’un paragraphe, aucune puissance ne se
glisse entre lui et moi. À l’inverse, lorsque j’anticipe
mon trajet de moto via Google Maps puis que
j’en change la donne à l’improviste pour éviter des

travaux, par la grâce du GPS de mon mobile, j’utilise
des objets dont je ne maîtrise pas le génie. Cette sorcellerie
nouvelle tient à la connexion permanente
de ces appareils, alors que je peux concevoir de
laisser déconnecté mon Mac ou mon PC pendant
quelques jours. Ces outils de mon ubiquité, en dialogue
permanent avec le ciel de l’informatique, pour
reprendre la métaphore du cloud computing, ont des
facultés sans commune mesure avec les possibilités,
fort limitées, de ma plume à l’encre violette ou
même de mon ordinateur sans internet. Ils font de
moi un mini-dieu, mais un mini-dieu qui ne serait
que le locataire de son enveloppe omnipotente.
C’est cet obscur sentiment de dépossession dont je
cherche à comprendre les racines et les causes avec
ce livre. Google, sous ce regard, est autant mon sujet
que mon marchepied. Il est la lumière que j’utilise
pour essayer d’éclairer les contours d’une réalité qui
m’échappe, et qui pourtant semble être promise à des
développements futurs proprement extraordinaires.
Car nous ne vivons que les débuts de la révolution
du tout numérique. J’aurais pu choisir Apple,
Microsoft ou Facebook comme prismes pour cette
oeuvre critique. J’aurais pu également tenter d’analyser
tous les dieux sans exception de notre nouvelle
Olympe digitale.

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