Grèce : deux témoignages d'un pays en chute libre

Publié le par dan29000

Grèce : « Jamais on ne pensait en arriver là »

Rédaction en ligne

jeudi 05 avril 2012

Le suicide d'un septuagénaire grec à quelques pas du Parlement, hier, traduit un désarroi qui touche toute la Grèce. « Nous nous pensions à l'abri du besoin », confient Effie et Konstantinos, deux jeunes grecs. Témoignages

Quand on ne la connaît pas encore, Effie peut paraître épargnée par la crise. Elle n'a pas perdu son emploi, elle vit seule dans un grand appartement en plein quartier touristique d'Athènes et elle insiste pour m'offrir un verre dans le restaurant de l'Acropolis museum. Mais il suffit de lui parler un petit peu pour comprendre qu'elle ne fait que sauver les apparences. Sa situation est bien plus précaire qu'elle ne paraît.

« Je gagnais 1200 euros par mois. Aujourd'hui, je n'en touche plus que 800. En juin, mon salaire sera encore diminué pour ne plus représenter que la moitié de ce que je gagnais initialement » En juin, elle sait qu'elle va devoir retourner vivre chez ses parents. « À 32 ans, alors que cela fait dix ans que je paye seule mon loyer, je vais devoir recommencer à dépendre de mes parents. »

« Trouver des petites astuces pour nouer les deux bouts »

Si on lui avait dit cela il y a dix ans, elle n'y aurait certainement pas cru. « . Nous nous pensions à l'abri du besoin. Je parle plusieurs langues, j'ai un Master en criminologie et je fais le boulot dont j'ai rêvé pendant toutes mes études. Jamais je ne pensais en arriver là, et pourtant, tous les jours je dois trouver des petites astuces pour nouer les deux bouts. » Elle confie entre autre ne plus payer le métro depuis des mois et utiliser la carte de la cantine de l'université de sa sœur pour manger gratuitement le midi. « Sans toutes ces petites choses, je ne m'en sortirai pas. »

Quand on marche dans les rues d'Athènes, on voit de nombreuses enseignes de magasins qui ont fermé. Effie me montre un rez-de-chaussée commercial à l'abandon. « C'était mon coiffeur. Maintenant quand tu te rends dans un de ces petits commerces dans lesquels tu avais l'habitude d'aller, tu trouves souvent porte close. »

Pour elle, la crise aura quand même eu un effet positif, même si ce n'est qu'une très maigre consolation. « Ce qui s'est passé nous a réveillés. Avant cela, nous étions fort individualistes. La politique nous intéressait peu, nous étions des consommateurs. Nous ne nous intéressions vraiment qu'à notre petit microcosme. Mais avec la crise, nous nous sommes rendu compte que ce qui se passe hors de nos maisons nous affecte aussi. Cela a renforcé un certain sens du patriotisme. Cela a aussi changé notre vision de l'Europe. Ce qui arrive en Espagne affecte la Grèce, ce qui arrive en Grèce affecte l'Allemagne, la France, on est tous liés et maintenant on en est conscients. »

« Notre situation échappe complètement aux autres pays d'Europe »

Pour Konstantinos, journaliste à SKAI TV, la première chaîne du pays, cette prise de conscience n'a pas encore eu lieu dans les pays moins touchés par la crise. « Ce qui se passe en Grèce échappe complètement aux Européens. Ils ne voient que des chiffres, ils ne voient pas les gens fouiller les poubelles ni le coup de pied dans la dignité d'un peuple. Dans six ou sept mois, quand la crise frappera vraiment à leur porte et que les pensions commenceront à être supprimées, alors ils se rendront compte qu'on est tous sur le même maudit bateau. Et seulement, ils comprendront la nécessité d'être solidaire. »

« Ce qui arrive est de notre faute. En fait, c'est plutôt la faute des politiques mais c'est nous qui avons voté pour eux », rectifie Effie. « Nous avons fait une erreur mais nous n'avions pas les outils pour le prévoir. Les autres pays européens, eux, peuvent tirer les leçons de ce qui nous arrive. Reste à espérer qu'ils prendront les bonnes décisions. »

Elodie lamer (st.)

 

Source : lesoir.be

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