Grèce : Khaos à Paris, désastres à Athènes, par Panagiotis Grigoriou

Publié le par dan29000

Khaos à Paris, désastres à Athènes
12 octobre 2012

En France, le film Khaos est désormais projeté sur les écrans du cinéma, portant enfin ce projet réalisé devant le public français et francophone, et espérons-le, plus largement par la suite. Pour moi, c’est aussi une occasion (même courte) de rencontrer certains amis et lecteurs du blog. Il s’agit avant tout d’un moment émouvant. C’est pour cette raison que la vie du blog se trouve modifiée par la force des choses ces derniers temps, transportée dans un univers parisien, et ceci pour deux semaines environ.


J’ai eu déjà l’occasion de participer à des émissions de télévision et de radio pour donner si possible la parole aux « multiples vécus » de la crise grecque. Je sais, et je le sais aussi à travers vos témoignages et réactions : après ces émissions, on reste souvent sur sa faim, rien de nouveau de ce côté là, non plus. La télévision est certainement une lucarne réductrice, non sans raisons. Les propagandistes de l’École de Chicago professant la « bonne et la véritable » parole, y trouvent leur(s) compte(s) pour l’instant, ils sont chez eux.

Et pendant ce temps en Grèce, c’est à l’accélération du pire que nous assistons, « acquis et acquiescé », après la visite rapide d’Angela Merkel à la baronnie. Comme par hasard, depuis hier, « on » souligne volontiers à travers une certaine mauvaise presse grecque, qu’il faudrait rapidement terminer avec les derniers règlements du code du travail, et pour bien faire... imposer enfin au grand nombre des travailleurs restants, deux cent euros de salaire net par mois. L’autre nouveauté retentissante de ce jeudi c’est aussi l’idée attribuée à la Troïka, suivant laquelle : « il faut transférer la population des îles comptant moins de 150 habitants, car maintenir sur place ces petites communautés et populations coûte alors cher » (topontiki.gr – 11/10 et Real-FM 12/10).

Ces dernières semaines en Grèce, une certaine cristallisation des opinions est en train de s’opérer : désormais nous comprenons que le but recherché c’est l’esclavage par la destruction de tout lien entre le salariat et le contrat social. De fait alors, le modèle imposé, introduit une abolition rapide du contrat social. La Grèce devient une zone franche, une sorte de « petite Chine » en Europe. C’est une première, sauf à l’Est. Une « petite Chine », administrée par l’Allemagne, en tout cas par ses élites politiques et économiques.

Cette gestion extrêmement hétéronome du pays n’est évidemment pas sans risque pour ses concepteurs. De même, l’implosion du corps social et la redistribution des cartes dans toutes les strates de la société accentueront nos mutations, c’est évident. Reste à savoir comment résister et par quel biais. Désormais, voir la mort en face, c’est aussi une forme de délivrance. Sous certaines conditions, elle peux prendre aussi la forme d’un mouvement fédérateur. Mais lequel ? Sous d’autres conditions, c’est la résignation qui dominera, comme dans tout univers concentrationnaire. En Grèce, le peuple a déjà été exécuté pour sauver... l’immensité bancaire allemande et internationale, et c’est ainsi que la dette grecque sera « restructurée ». C’est faire faillite sans nuire aux intérêts des escrocs du monde, ni à ceux, de certains Grecs aisés qui s’amuseront sans doute encore longtemps. Même si entre les parties... très prenantes (FMI et Allemagne) apparaissent récemment des désaccords.

L’urgence du calendrier de l’U.E. impose paraît-il partout le Pacte budgétaire... il va falloir tenir alors le budget, doser la rigueur, administrer l’austérité. Il va falloir alors nous habituer à faire face à cette accélération de l’histoire... mais sans nous, avant de renverser (espérons-le) un jour, cet extraordinaire contrôle exercé par la finance sur nos sociétés. Voilà, une fois de plus, une « guerre de religion », remportée par l’irréel. Notons que sans la technologie, celles des réseaux et des transferts des données, ceci n’aurait pas été possible.

Je ressens pour la première fois Paris et la France comme une immersion dans un univers exotique. Ses codes, sa vie encore régulière, les préoccupations du quotidien, les embouteillages, la projection des individus vers le futur, tout sépare Paris d’Athènes. C’est aussi en cela que « mon terrain » issu de la crise devient déjà incommunicable... comme un ailleurs.

Certains le quittent pourtant. Coca-cola (Grèce) vient de transférer son siège grec quelque part entre la Suisse, Londres et New-York, puis la société grecque FAGE (produits laitiers) au Luxembourg. Ces derniers mois, environ mille dentistes ont quitté le pays pour s’installer dans un autre pays selon le Président de l’Ordre des médecins-dentistes (Real-Fm 12/10). Les analystes évoqueront une fois de plus les chiffres, et les journalistes me poseront une énième fois la question de la corruption ou celle de l’Aube dorée, questions qui n’ont aucun sens, si on les sépare du Troïkanisme... réellement existant et de son contexte.


La seule manière d’aider le peuple grec consiste à renverser l’ordre actuel, pays par pays. Et si ce n’est pas possible, c’est alors que nous sommes tous des Grecs.


Panagiotis Grigoriou


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