Grèce : la grande braderie d'Athènes, le programme des privatisations à venir

Publié le par dan29000

L’épée de Damoclès des privatisations en Grèce
La « grande braderie d’Athènes », c’est-à-dire le programme des privatisations à venir en Grèce


18 mars 2013
 

La société grecque se trouve face une nouvelle preuve qui rassemble à une véritable « épée de Damoclès ». Il s’agit du programme des privatisations imposé au pays par la troïka avec l’accord et la complicité du gouvernement en place.

Le présent article examine le programme des privatisations à venir en Grèce. La situation catastrophique de la Grèce où la situation sociale frôle la crise humanitaire [1 , 2] est à notre avis bien connue au niveau international et auprès de l’opinion publique française. Pour cela nous ne traitons pas cette question qui demeure néanmoins odieuse pour toute l’Europe mais nous traitons seulement la question des privatisations.

Le but de l’article est de présenter le programme de privatisations et de justifier pourquoi à notre avis mais aussi selon un sentiment partagé de l’opinion publique grecque ce programme consiste à une gigantesque opération de liquidation de la richesse publique du pays.

Ce programme « ne tombe pas du ciel ». Il s’inscrit dans le cadre des engagements de l’Etat grec auprès de ses créanciers internationaux. Pour cela nous présentons tout d’abord le cadre général des privatisations imposé par la troïka. En suite, nous traitons la question du financement du « programme grec » pour examiner les équilibres relatifs entre les différents pays créanciers de l’Etat grec. Cela nous semble important parce qu’à notre avis le « partage du gâteau » de privatisations s’effectuera, à notre avis, proportionnellement à la participation de chaque pays créancier au « programme grec ». Enfin, nous présentons le programme de privatisations et nous démontrons qu’il s’agit d’un programme de liquidation de la richesse publique.

 1) La troïka et le programme de privatisations : une véritable liquidation de la richesse publique

Les privatisations sont imposées en Grèce par les représentants des créanciers, c’est-à-dire la troïka [3], comme une des conditions pour que l’Etat grec puisse recevoir les prêts accordés par les Etats européens mais aussi comme un moyen afin que le déficit et par conséquent la dette du pays diminuent.

Le premier mémorandum [4] signé en Mai 2010 entre la Grèce et ses créanciers fixait comme objectif que les privatisations apportent au « programme d’ajustement structurel » grec 1 milliards € entre 2011 et 2013 [5].

La quatrième révision et la mise à jour du mémorandum portait cette somme à 15 milliards €. Le mémorandum intermédiaire de juin-juillet 2011 prévoyait un objectif de privatisations de 50 milliards € durant la période du programme (2010-2016) [6] dont 15 milliards € avant la fin de 2012.

Aujourd’hui les derniers mises à jours du mémorandum prévoit un objectif global de 50 milliards € à moyen terme [7]. Cet objectif doit être accompli même s’il dépasse la durée du programme d’ajustement structurel signé entre la Grèce et ces créanciers (2010-2016). L’objectif à accomplir jusqu’à la fin de 2016 est de 11,1 milliards € [8].

Les accords signés avec la troïka prévoyaient en détail aussi bien les domaines dans lesquels des privatisations doivent s’effectuer que les noms des entreprises à privatiser. Le programme de privatisations prévoit de privatiser-liquider tous les biens communs, l’eau, les forêts, les fronts de mers, la compagnie d’électricité, les ports, les aéroports et bien d’autres. Nous en fournirons plus de détails par la suite au paragraphe intitulé « La liquidation de la richesse publique à venir et le fond hellénique de privatisations (TAIPED, HRADF).

Cette fluctuation de l’objectif est due à plusieurs raisons. L’objectif n’a pas cessé d’augmenter jusqu’à attendre la valeur de 50 milliards € parce que « l’appétit des créanciers s’ouvre en mangeant » et ils espèrent pouvoir liquider la totalité de la richesse nationale grecque. Mais suite aux protestations les créanciers ont compris que la résistance de la population face aux privatisations sera importante et ils ont reconsidéré plus « judicieux » de tenter de liquider toujours la même quantité des biens mais en une période plus longue pour « faire avaler la pilule » plus facilement. Bien évidement ce programme de liquidation de la richesse du pays se fait avec l’accord, le consentement et la totale complicité du gouvernement grec.

Nous en justifierons en détail par la suite mais on peut sans réserve aucune dire que le programme dit de privatisations en Grèce consiste en réalité à une gigantesque opération de liquidation de la richesse publique. Il s’agira d’un pillage, d’une véritable vente aux enchères à prix cassé de toute la richesse nationale aux profits majoritairement d’entreprises étrangères et dans un deuxième temps aux profits d’un certain nombre des grecs que nous nommons « oligarques grecs ».

Ce programme de privatisations est inspiré par les programmes des privatisations déjà appliqués par le FMI à d’autres endroits au monde. Au passage il est intéressant de noter que des programmes de privatisations sont imposés comme condition également aux autres pays européens qui ont fait appel au FMI, à la BCE et à la commission européenne pour financer leurs dettes. Nous faisons référence bien évidement au Portugal [9, 10] et dans un deuxième temps à l’Ireland [11]. D’ailleurs, une des raisons pour lesquelles Chypre n’est pas encore parvenue à un accord avec la troïka est entre autres la question des privatisations alors que Merkel a fait très clairement comprendre que, sans privatisations, il n’y aura pas d’accord pour Chypre [12].

La pratique des privatisations imposées aux pays qui ont eu la « malchance » de tomber sous le rouleau compresseur des « programmes d’ajustement structurel » du FMI, de la BCE et de l’UE s’inscrit à notre avis à la logique néolibérale de dépassement de la crise. Cet aspect de la tactique du capital a été analysé par David Harvey à plusieurs de ces ouvrages et « codifier » par la notion d’« accumulation par dépossession ».

Il est bien connu par la douloureuse expérience des pays qui ont subi les diktats du FMI depuis maintenant quatre décennies que ces programmes de privatisations n’amènent à rien en ce qui concerne le désendettement d’un pays. De plus, l’expérience des pays latino-américains et des ex-républiques populaires montre qu’à chaque fois ces programmes se transforment en une « grande braderie » au profit de quelques grands groupes multinationaux qui dépossèdent avec l’accord des gouvernements sur place les populations locaux de leur richesse publique. Cette réalité ressemble à un secret de Polichinelle dont les « experts » en Economie avouent rarement.

La Grèce comme aussi les autres pays européens qui ont eu la « malchance » de tomber sous le rouleau compresseur des « programmes d’ajustement structurel » du FMI, de la BCE et de l’UE visiblement n’échapperont pas à cette règle non-écrite des « djihadistes du néolibéralisme » qui se réclament de « l’orthodoxie budgétaire » comme un des « dix commandements » de leur doctrine.

Une deuxième loi « non-écrite » dans ce genre de situation veut que les intérêts économiques des pays qui participent au financement de ces genres de « programme d’ajustement » disposent de plusieurs « longueurs d’avance » face à des entreprises concurrentes dont le pays ne participe pas au programme. Cette affirmation semble se confirmer dans le « cas grec » avec la privatisation de la compagnie national du gaz naturel [13, 14, 15, 16, 17, 18].

Pour cette raison, il nous semble alors important d’examiner les équilibres relatifs des créanciers internationaux de la Grèce au financement du programme.

 2) Les créanciers internationaux de la Grèce

En 2009-2010 quand « l’odyssée contemporaine de la Grèce » a débuté les banques françaises étaient les créanciers privées les plus importantes de l’Etat grec. Selon les données de BRI en Décembre 2009 les banques françaises détenaient 26% de la dette grecque, soit 31 milliards $, alors que les banques allemandes 23 milliards (soit 15%), et les banques de la catégorie « reste du monde » 19% [19]. D’autres sources estimaient l’exposition des banques françaises à 57 milliards € [20] et d’autres à 75 milliards € [21] soit 25% de la dette totale alors que les banques allemandes détenait 14% de la cette grecque. Dans tout les cas il est sûr et certain que les banques françaises étaient les plus exposées au « danger grec ».

Suite à l’intervention du FMI, et des Etats membres de la zone euro pour accorder à la Grèce de nouveaux prêts (le dit « plan de sauvetage » de la Grèce) les équilibres et la répartition de la dette grecque sont modifiés. Suite aux différents décisions et actions la quasi-totalité de la dette grecque n’est plus détenue par des créanciers privés (banques, fond d’investissement etc.) mais par des créanciers institutionnels (c’est-à-dire par le FMI et les Etats européens bailleurs des fonds). La Grèce a aujourd’hui deux groupes de créanciers. Le FMI et le « bloc U.E. ». Le « bloc U.E. » est constitué par les pays membres de la zone euro et par le FESF (Fond Européen de Stabilité Financière). Les Etats membres de la zone euro participent au programme grec et au FESE grosso modo en fonction de leur pourcentage de participation à la zone euro [29].

Le premier prêt à la Grèce était de 110 milliards €. Les bailleurs de fond étaient le FMI (30 milliards €) et les Etats membres de la zone euro (80 milliards €) [22]. La charge entre les Etats membres de la zone euro était répartie selon la règle que nous avons évoquée précédemment. Le ratio entre le FMI et « bloc U.E. » était d’1 € pour 2,66 €.

Le deuxième prêt est de 136 milliards € dont 27 pour le FMI et 109 pour l’FESF. Le FESF est constitué par les membres de la zone euro selon leur pourcentage de participation à la zone euro [23]. Le nouveau ratio entre le FMI et « bloc U.E. » est d’1 € pour 4,03 €. Le ratio global de l’ensemble du programme s’élève alors à 1 € pour 3,16 €.

Le « bloc U.E. » porte alors environ 77% de la totalité du programme grec et le FMI 23%. Bien évidement à travers le FMI se manifeste principalement la présence des Etats-Unis au « problème grec ». Il est évident que le « bloc U.E. » est le pilier principal du programme grec. Le « bloc U.E. » de son côté un bien « un visage » et « un porte monnaie », le « porte monnaie » des pays de la zone euro. En ce qui concerne les équilibres de participation des différents Etats européens au programme grec celles-ci sont définis, comme nous avons dit précédemment, grosso modo selon leurs pourcentages de participation à la zone euro.

 3) Les privatisations en Grèce

L’histoire des privatisations en Grèce rassemble à une idylle aveugle et douloureuse mais qui malheureusement perdure et rebondit de façon spectaculaire par période. Fixons alors le cadre général sur la question des privatisations en Grèce avant de passer sur l’implication de la France à celles là.

a) Les privatisations avant la période de la troïka

Donnons quelques faits essentiels sur les privatisations en Grèce durant la période de « l’avant Troïka ». C’est-à-dire avant 2009-2010.

Les privatisations en Grèce ont débuté en 1991 sous le gouvernement ultralibéral de droite de la Nouvelle Démocratie (ND) de Konstantinos Mitsotakis. Elles ont prit une forme d’avalanche sous le gouvernement « socialiste » de PASOK de Simitis (1996-2004) qui a fait entré la Grèce à la zone euro. Le gouvernement de droite de la ND de Karamanlis (2004-2009) qui a succédé a continué la politique des privatisations.

Selon les données disponibles, les recettes de l’État grec suite à toutes ces opérations de privatisations varient environ de 25 milliards € à 34 milliards $ [24, 25, 26, 27]. A titre de comparaison les recettes de l’Etat français dues aux privatisations varient selon les sources d’environ 98 milliards € [28] à 217 milliards $ [29].

La Grèce a beaucoup privatisé entre 1991 et 2009. Toutes les privatisations ont fait face à des importants mouvements de contestation de la part des travailleurs des entreprises en question souvent avec le soutien de la population. Certaines privatisations ont été suivies par des véritables destructions des droits des salariés dans les entreprises privatisés. L’exemple emblématique de ce genre de situation est le cas de l’entreprise chinoise COSCO qui gère une partie du port de marchandise de Pirée. Un article du Monde Diplomatique du mois de février fait état de la situation [30].

b) Les privatisations sous la troïka

Comme nous avons expliqué précédemment, le programme de privatisations était une des conditions centrales pour que la Grèce puisse recevoir les prêts de la troïka. Ce paragraphe explique en détail comment le programme de privatisations s’effectuera.

i) La liquidation de la richesse publique à venir et le fond hellénique de privatisations (TAIPED, HRADF).

L’organisme qui gère les privatisations en Grèce est un fond intitulé TAIPED (Hellenic Republic Asset Development Fund, HRADF) [31], (nous pouvons traduire cela en français comme : Fond de Valorisation des Actifs de la République Hellénique). Il s’agit, en quelque sorte, d’un équivalent de l’APE en France (Agence des Participations de l’Etat) [32]. D’un point de vue juridique le TAIPED est une société anonyme.

Le TAIPED est fortement inspiré par l’exemple allemand de Treuhand qui a liquidé la richesse publique de l’ex-DDR.

L’Etat grec transfert au TAIPED par simple décision d’une commission interministérielle, les biens qu’il veut vendre, privatiser, se « débarrasser ». Selon la décision du parlement grec toute propriété de l’Etat grec peut être transférée au TAIPED. Un bien transféré au TAIPED ne peut pas revenir aux mains de l’Etat grec selon la loi qui régie le TAIPED [33]. Le TAIPED procède ensuite aux actions nécessaires pour effectuer les privatisations.

D’ailleurs, le TAIPED ressemble littéralement à une agence immobilière, une agence de « real estate », plutôt qu’à autre chose. Le TAIPED possède 70.000 biens immobiliers qu’il vendra [34]. Le portfolio du fond est très diversifié [35]. Il possède jusqu’à aujourd’hui plusieurs bâtiments, des casinos, des îlots, des forêts, des fronts de mers, des parties du littorale, des compagnies publiques, des infrastructures publiques…. Son portfolio est « enrichi » tous les jours puisque de nouveaux biens sont transférés à sa possession par le gouvernement grec.

A titre d’exemple : le bâtiment du commissariat central de la police nationale d’Athènes [36], plusieurs bâtiments des centres des impôts dans tout le pays, plusieurs bâtiments d’ambassade et bâtiments appartenant à l’Etat grec à l’étranger [37], le casino de mont-Parnasse [38], le front de mer à Kassiopi sur l’île de Corfou [39], plusieurs thermes partout en Grèce [40], plusieurs aéroports régionaux [41], plusieurs ports dans tout le pays, des autoroutes, la Poste grecque [42], la compagnie nationale d’électricité [43], la compagnie (régie) des eaux d’Athènes [44] et de Thessalonique [45], la compagnie des chemins de fer et le réseau ferré [46] seront entre autres privatisés.

Il s’agit véritablement d’une braderie. Imaginons un instant que cette gigantesque opération de liquidation réussisse, il sera bien difficile de trouver même un mètre carré en Grèce appartenant à sa population. Quasiment tout sera privé.

Quant aux recettes potentielles pour l’Etat grec, la situation n’est pas beaucoup plus joyeuse. Les médias avancent que les prix de vente de plusieurs biens publics seront très bas. Par exemple, concernant la privatisation de la compagnie nationale d’électricité (DEI) plusieurs scénarios circulent. Selon tous les scénarios le coût d’acquisition de DEI par les investisseurs sera inférieur au prix des centrales thermique dont dispose DEI pour produire de l’électricité.

Entre 1991 et 2009, l’Etat grec a touché entre 25 milliards € [32,33,34] et 34 milliards $ [31] de recettes par le biais des privatisations de l’époque. Aujourd’hui, avec un programme de privatisation beaucoup plus important qu’à l’époque, avec les privatisations de tous les fleurons du pays, l’objectif total fixé est de 50 milliards € dont 11,1 jusqu’en 2016. Jusqu’à 2016 il est prévu selon le planning de la troïka la privatisation des plusieurs fleurons du pays [47]. Nous pouvons donc sans aucune réserve parler de liquidation de la richesse publique.

Pour résumer l’activité de TAIPED et du programme de privatisations : « Le TAIPED vendra tout ce qui peut être vendu ».

ii) Toutes les recettes des privatisations iront dans les poches des créanciers

Les accords entre la Grèce et ses créanciers qui définissaient la structure et le mode de fonctionnement de TAIPED et qui se sont traduit dans la législation grecque par la loi qui régie le fonctionnement de TAIPED prévoit que toutes les recettes des privatisations après déduction des frais de fonctionnement de TAIPED iront exclusivement au remboursement de la dette grecque [48]. Autrement dit les créanciers de la Grèce empocheront tous les bénéfices.

A titre de comparaison, selon les données de l’APE, la France a utilisé de la manière suivante les 92,5 milliards € de recette perçue par le programme de privatisation : « entre 1986 et 2007, les recettes ont financé le désendettement de l’Etat à hauteur de 23,1 milliards €, 1,6 milliards € a été versé au Fonds de Réserve des Retraites et plus de 78 milliards € ont été utilisés pour recapitaliser les entreprises publiques, désendetter des APU (hors Etat) ou réaliser des investissements » [35].

La stratégie grecque imposée par ses créanciers, dans laquelle l’Etat français a une place centrale, est visiblement à l’antipode de celle de la France.

iii) Les privatisations jusqu’à aujourd’hui sous la période de la troïka

Une interrogation légitime concerne l’avancement des privatisations depuis que la Grèce est sous les diktats de la troïka. Les privatisations ont « peu avancé » entre autres parce que le gouvernement mettait en place le cadre juridique de TAIPED, effectuait les transferts des biens au TAIPED,... De plus, le climat social et politique pose plusieurs freins à l’avance des privatisations. La troïka de son côté était, jusqu’à il y a encore quelques mois, plus préoccupée par d’autres mesures du programme grec comme les baisses des salaires, que par la question des privatisations. De plus, ce genre de procédure est assez long.

Néanmoins, le TAIPED a annoncé avoir procédé durant l’année 2011 à des privatisations de l’ordre d’1.8 milliards € [49]. Fin 2012 la privatisation de la compagnie nationale de Lotto a été achevé pour un montant d’environ 1.5 milliards € [50]. Il y a environ un mois le TAIPED a terminé la privatisation du front de mer de Kassiopi [51] à Corfou pour 100 millions €.

Selon les créanciers le programme de privatisation n’avance pas assez vite mais le gouvernent grec et le TAIPED ont la volonté d’accélérer [52] les procédures de liquidation de la richesse nationale.

La vérité est que le programme de privatisations avance. Sauf que les créanciers ont peur de l’instabilité politique qui peut peut-être amener aux pouvoir des forces démocratiques et anti-austérité qui annuleront les privatisations et nuiront leurs intérêts. Les créanciers veulent alors que toute la richesse publique soit liquidée aujourd’hui parce qu’ils contrôlent la situation pour pouvoir pleinement profiter et éviter des éventuelles « mauvaises surprises » au futur.

iv) Liquidation des entreprises excédentaires !

Une fois de plus, essayons de réfléchir comme une personne favorable aux privatisations. Si le programme de privatisations consiste pour l’Etat grec à un moyen de diminuer son déficit et sa dette, la logique des choses veut qu’il commence à privatiser les entreprises déficitaires. Autrement dit : « les entreprises qui lui coûtent de l’argent à chaque seconde ». Alors que les entreprises excédentaires, c’est-à-dire « les vaches à lait » ou « les poules aux œufs d’or » qui contribuent aux recettes de l’Etat et à son désendettement peuvent être privatisées dans un deuxième temps, si nécessaire. Ceci est a priori la logique des « supporteurs des privatisations ». Examinons le programme du TAIPED sous cet angle.

La première entreprise privatisée par le TAIPED était la compagnie nationale de Lotto [63]. Il s’agissait d’une entreprise excédentaire. Le résultat net de l’entreprise ces trois dernières années était en moyenne d’environ 70 millions € par an [63].

Les deux prochaines entreprises dont les opérations de privatisation sont déjà bien avancées sont la compagnie et le réseau de distribution de gaz naturel (groupe DEPA/DESFA) et la compagnie des jeux (OPAP, c’est l’équivalent de la Française Des Jeux, FDJ). Une fois de plus, comme par hasard, les deux entreprises sont excédentaires.

Le groupe DEPA en 2011 a effectué un résultat net de 191 millions € [53] et 91 millions € en 2010 [72]. Il s’agit d’une privatisation d’une entreprise excédentaire, qui distribue des dividendes à l’Etat grec. Mais, plus important, le groupe dispose les infrastructures relatives à toutes les activités de gaz naturel (achat, transport, distribution etc.).

Le résultat net d’OPAP avant la crise par exemple pour l’année 2008 était de 728.488 € millions € [54] alors que durant cette période difficile pour la Grèce le résultat net en 2010 était de 575.802 € [55] et en 2011 de 537.458 € [56]. OPAP est excédentaire et il verse à son actionnaire principal, l’Etat grec, comme aux autres actionnaires des dividendes [57]. L’Etat grec est non seulement en train de privatiser une entreprise excédentaire mais surtout une entreprise qui fait rentrer de l’argent dans ses caisses.

Nous pouvons citer plusieurs exemples d’entreprises excédentaires qui ont été transférées au TAIPED par le gouvernement afin qu’elles soient privatisées.

v) Alors que les entreprises déficitaires restent à l’Etat…

En même temps, l’Etat grec dispose aussi des entreprises publiques déficitaires. Nous ne les citerons pas. Mais aucune de ces entreprises ne fait parti des biens que le TAIPED privatisera.

La quasi-totalité des entreprises qui font parti du portfolio de TAIPED sont excédentaires. Le peu d’entreprises qui sont déficitaires et font parti du portfolio de TAIPED étaient soit excédentaires jusqu’à il y a deux ans et à cause de la conjoncture économique l’an dernier sont devenus déficitaires (c’est par exemple le cas de la compagnie nationale d’électricité (DEI), soit elles sont déficitaires pour des raisons de comptabilité.

 Conclusion

Nous avons examiné le programme de privatisations en Grèce. Ce programme s’inscrit dans le cadre des engagements de la Grèce envers ses créanciers internationaux. Le « partage du gâteau » de privatisations s’effectuera, à notre avis, proportionnellement à la participation de chaque pays créancier au programme grec. Pour cette raison nous avons examiné les équilibres relatifs entre les différents pays créanciers de l’Etat grec.

Ensuite, nous avons présenté le contenu du programme des privatisations et nous avons démontré qu’il s’agit d’une véritable opération de liquidation de la richesse publique du pays. Pour cela nous qualifions ce programme de « vente aux enchères » ou de « grande braderie ».

Nous avons argumenté et démontré que finalement le programme de privatisation ne profitera qu’aux pays créanciers de la Grèce puisqu’ils empocheront toutes les recettes du programme. En parallèle ce programme de liquidation de la richesse nationale profitera d’une part aux « oligarques grecs » qui une fois de plus déplumeront l’État grec et d’autre part et surtout aux entreprises internationales qui pilleront la richesse du pays. Beaucoup d’entreprises internationales qui importeront les privatisations sont des entreprises publiques des États créanciers de la Grèce. Nous pouvons alors dire que les pays créanciers de la Grèce « écorche deux fois le même bœuf » à travers ce programme de privatisation.

Dans un deuxième temps avec un article ultérieur intitulé « « Grèce-France-Alliance » ! Aux privatisations… » nous examineront plus spécifiquement le rôle et l’implication de la France au programme de privatisations en Grèce.

Foivos MARIAS
France, mars 2013


Références

[1] http://www.okeanews.fr/la-grece-est...

[2] http://www.guardian.co.uk/commentis...

[3] La troïka est le représentant des créanciers institutionnels de la Grèce. Elle est constituée par le FMI, la BCE et la commission européenne de l’U.E. Les créanciers de la Grèce sont le FMI, les Etats membres de la zone euro et l’U.E. Il est intéressant de noter au passage que la BCE et la commission européenne qui représentent les créanciers de la Grèce ne sont pas bailleurs de fond de la Grèce.

[4] Mémorandum est appelé l’accord entre l’Etat grec et ses créanciers. Le mémorandum contient les conditions politiques ainsi que les mesures économiques à adopter par l’Etat grec. Des mémorandums et des révisions de mémorandum il en a eu plusieurs entre la Grèce et la troïka. Il y en a eu jusqu’au moment deux accords de prêt. Les accords de prêt fixent les conditions juridiques et financières des prêts.

[5] http://www.imf.org/external/pubs/ft..., page 18

[6] http://www.imf.org/external/pubs/ft..., page 123

[7] http://www.imf.org/External/NP/LOI/..., page 72

[8] http://www.imf.org/External/NP/LOI/..., page 75

[9] http://www.portugaldailyview.com/02...

[10] http://uk.reuters.com/article/2011/...

[11] http://www.lesechos.fr/22/04/2011/L...

[12] http://www.telegraph.co.uk/finance/...

[13] http://www.hradf.com/uploads/files/...

[14] http://www.hradf.com/uploads/files/...

[15] http://www.themoscowtimes.com/mobil...

[16] http://www.ft.com/intl/cms/s/0/9f83...

[17] http://www.ft.com/intl/cms/s/0/122a...

[18] http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_...

[19] Damien Millet, Eric Toussaint (dir.), « La vie ou la dette », CADTM, éditions aden, 2011, page 30.

[20] http://gonewshome.com/the-exposure-...

[21] http://www.cnbc.com/id/36819167/Fre...

[22] Epameinondas Marias, « La nouvelle odyssée : crise de la dette et le soi-disant mécanisme européen de « sauvetage », revue Outre-Terre, numéro 31, page 295-299, Avril 2012.
Il s’agit d’un article qui explique très clairement les conditions du premier prêt accordé à la Grèce par ces créanciers.
[23] http://www.efsf.europa.eu/attachmen...

[24] http://www.privatizationbarometer.net/ ;
http://www.privatizationbarometer.n...

[25] http://news.radiobubble.gr/2012/11/...

[26] http://www.kostasmelas.gr/2011/02/b...

[27] http://1.bp.blogspot.com/-qR5de2G78...

[28] Source APE (Agence des Participations de l’Etat) : http://www.ape.minefi.gouv.fr/secti...

[29] http://www.privatizationbarometer.net/ ; http://www.privatizationbarometer.n...

[30] Pierre Rimbert, Modèle social chinois au Pirée, Monde Diplomatique, No 707, Février 2012.

[30] http://www.hradf.com/

[32] http://www.ape.minefi.gouv.fr/

[33] http://www.hradf.com/uploads/files/..., page 3, article 2, paragraphe 7.

[34] http://www.hradf.com/en/real-estate

[35] http://www.hradf.com/en/portfolio

[36] http://www.hradf.com/en/real-estate...

[37] http://www.hradf.com/en/real-estate...

[38] http://www.hradf.com/en/corporate/c...

[39] http://www.hradf.com/en/real-estate...

[40] http://www.hradf.com/en/real-estate...

[41] http://www.hradf.com/en/infrastruct...

[42] http://www.hradf.com/en/infrastruct...

[43] http://www.hradf.com/en/infrastruct...

[44] http://www.hradf.com/en/infrastruct...

[45] http://www.hradf.com/en/infrastruct...

[46] http://www.hradf.com/en/infrastruct...

[47] http://www.imf.org/External/NP/LOI/..., page 130

[48] http://www.hradf.com/uploads/files/..., page 3, article 2 paragraphe 14.

[49] http://www.hradf.com/en/news/press-...

[50] http://www.hradf.com/en/news/201212...

[51] http://www.hradf.com/en/news/201301...

[52] http://www.hradf.com/en/news/201209...

[53] http://www.depa.gr/uploads/files/oi..., page 6.

[54] http://www.opap.gr/documents/11503/..., page 27.

[55] http://www.opap.gr/documents/11503/..., page 50.

[56] http://www.opap.gr/documents/11503/..., page 53.

[57] http://www.opap.gr/en/web/corporate...


Mis en ligne le 25 mars 2013
SOURCE / ESSF

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Leblanc25 03/04/2013 08:38


C'est dommage que la Grèce finisse de cette manière, déchiquetée par des félins de la finance, qui lui ont truqué les chiffres, pour la pousser à s'endetter au maximum, et maintenant, ces mêmes
financiers reviennent à la charge, pour saisir tout ce qui peut être saisissable. Ce n'est pas une privatisation, mais plutôt une vente aux enchères. Dommage pour la Grèce et mon ile préférée
Corfou.

dan29000 03/04/2013 08:51



oui, mais je dirais, ni privatisation ni vente aux enchères, mais plutôt hold-up, braquage internatiional en réunion... Très dommage effectivement, je connais aussi les îles, endroit
paradisiaque, avant...