Grèce, laboratoire pour les banques, entretien avec Dimitris Papachristos

Publié le par dan29000

Dimitris Papachristos: "La Grèce peut devenir l’exemple pour le peuple européen et le monde entier"

Dimitris Papachristos est un des héros nationaux grecs. En 1973, alors que les chars de la junte cherchaient à mettre à bas la résistance à la dictature des Colonels menée par les étudiants de l’Ecole Polytechnique, c’est lui qui, à la radio, a chanté l’hymne national grec. Sa voix est devenue le symbole de cette résistance. Il est aujourd’hui, aux côtés de Manolis Glezos, à la tête du journal Politis. Lui a choisi de ne pas s’engager en politique. Il livre à l’Humanité son regard sur l’évolution politique de son pays.

 

 

 


Quel regard portez-vous sur la Grèce à la veille des élections, et notamment la politique de l’UE ?

C’est une question qui ne m’est pas adressée mais qui concerne toute l’Europe. Peut-on en finir avec la politique de tromperie néolibérale, de l’austérité, ou voir la pespective d’une nouvelle politique ? Par conséquent, la Grèce est devenue un laboratoire pour les banques, les groupes financiers, sur le dos du peuple grec. C’est-à-dire nous voyons que cette politique n’est pas seulement appliquée en Grèce mais dans toute l’Europe du Sud (Espagne, Portugal, Italie, France) et même du Nord (Irlande et Pasy-Bas). Cette politique est la suite de la 2nde guerre mondiale, c’est-à-dire de la domination des grands groupes sur toute l’Europe. Cet affrontement est un affrontement de classe : entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Et il est évident que les intérêts sont antagonistes, divergents, entre ceux qui possèdent et les autres. De cet affrontement ressortira une société nouvelle marquée par la libération des classes sociales. Aujourd’hui, la Grèce, en tant que laboratoire, dévoile cette intention. Ils ne peuvent pas imposer des prêts à des taux exorbitants et des conditions terribles, une nouvelle occupation par la force de l’argent. Si ceux qui possèdent arrivent à imposer ce qu’ils veulent en Grèce, ils le feront partout ailleurs. Tel est peut-être le paradigme : la Grèce peut devenir l’exemple pour le peuple européen et le monde entier. Pour la première fois, nous nous sentons tous Grecs.

 

La gauche grecque pourtant reste divisée. N’est-elle pas assez forte pour imposer sa résistance face à une extrême-droite qui se développe ?

Les péchés de la gauche grecque sont les mêmes que celle de la gauche en France. Elle a a priori sous estimé la question des immigrés. C’est une question mondiale que l’on ne peut pourtant pas affronter avec du lepénisme ou du karatzaférisme (de Karatzaferis, dirigeant de l’extrême-droite). C’est en réalité un nouveau problème de la réorganisation planétaire du travail qui n’a pas seulement à voir avec des guerres, des questions de civilisation ou de climat mais avec des êtres humains. Ils ne sont pas des paramètres ou des éléments de la crise mondiale du capitalisme. Tous ne le comprennent pas, surtout ceux qui sont restés dans le cadre d’une conception politique de la gauche traditionnelle et surtout communiste. Pour atteindre ce que nous voulons – libérer tout le monde et renverser le système – nous ne pouvons réussir si nous ignorons le cadre particulier du lieu où se déroule l’événement ; et ce cadre est différent selon l’endroit dans le monde. Pour dire les choses autrement, ce qui manque à ce que j’ai écrit et dit antérieurement, c’est l’unicité de l’individu qui elle est universelle. Elle ne peut pas être réduite à des situations politiques de partis et à une idéologie étroite qui sont, au final, exclusives. La démocratie de tous les jours, où le bien social est celui de tout le monde, ne pourra pas toucher à la particularité de l’individu. En Grèce, Manolis Glezos, ce vieux révolutionnaire, autour de notre magazine, Politis, essaye de faire ce qui aurait dû se passer il y a 60 ans. C’est pourquoi, il a envoyé une lettre à Jean-Luc Mélenchon pour le féliciter de sa tentative de casser les divisions à gauche.

Vous évoquez les divisions d’il y a 40 ans. Cette évolution, de la chute des colonels à aujourd’hui, vous fait-elle mal au cœur ? La Grèce est-elle passée à une autre forme de dictature ?

Cette remarque est juste si l’on tient compte des différences entre les époques. Je ne veux pas donner plus d’importance à ce national-fascisme, déviation politique en train de se former. C’est un phénomène européen dans une situation de crise sociale. Une de ses conséquences est qu’une part de la population a cette réaction. Je n’en ai pas peur car j’ai confiance en la gauche capable, par son comportement, de la détourner de ce choix. Certains font naître les problèmes, certains les comprennent, d’autres les exploitent, c’est le cas de Chrissy Avghi. Ils nous accusent d’être la porte d’entrée des immigrés, que nous aurions dû les pousser vers d’autres pays européens. Mais nous ne devons pas oublier que le peuple grec a toujours eu une tradition de soutien et d’accueil. Les anciens Grecs avaient coutume de dire que tout Grec était un barbare mais que tout non Grec était encore plus barbare. Je pense que le capitalisme produit une civilisation de la barbarie, de l’accélération au nom de la rentabilité alors que la résistance s’appuie sur la beauté de cet univers.

 

Source : L'Huma

 

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