Grèce : lettre de la fille du suicidé Dimitris Christoulas

Publié le par dan29000

Lettre de la fille du suicidé Dimitris Christoulas.

 

“La note manuscrite  de mon père, ne laisse pas de place au malentendu. Durant toute sa vie, il a été un militant de gauche, un visionnaire intègre.
Cet acte final, est un acte politique et conscient, en plein accord avec ses idéaux et ses actes durant sa vie. 
Dans notre pays, la Grèce, on tue l’évidence.
Pour certains, pour «ces enfants têtus de la chimère», dans une telle conjoncture, le suicide paraît évident, pas comme une fuite mais comme un cri d’éveil.
Pour cette raison, il prend un tout autre sens; celui de la chanson que nous avons chanté ensemble pour la première fois, à un concert de notre cher Mikis Théodorakis (en 1975), et, depuis, lors de nos fêtes et pour nos propres morts.
Dors en paix mon père, et moi je reprends ta voix et je vais rejoindre mes frères.
Tu ne rêvais que de ça pour la jeuneuse et je crois que ton rêve sera réalisé.
A l’endroit même où tu nous as quittés, il y a la note d’un jeune « Aujourd’hui, le nom du défunt est Démocratie … mais nous sommes 11 millions de vivants et nous portons le nom Résistance.»

 

 

RAPPEL :

Ce n’est pas un suicide, c’est un homicide avec préméditation

Ce matin, 4 avril, un homme de 77 ans, retraité, ancien pharmacien, a mis fin à ses jours, devant le Parlement grec, en plein milieu de la place Syntagma.
Un cri de désespoir avant l’acte final, une balle dans la tête, une note dans la poche:


“Le gouvernement d’occupation de Tsolakoglou (*) a littéralement anéanti tous mes moyens de subsistance,
qui consistaient à une retraite honorable pour laquelle je cotisais pendant 35 ans, sans aucune autre aide de l’Etat.
Vu qu’à mon âge, je n’ai plus la force d’entreprendre une action personelle plus active
(même si je n’exclue pas que si un grec prenait un kalashnikov je n’aurais pas été le deuxième),
je ne trouve plus d’autre moyen d’agir qu’une mort digne,
avant même que je commence à fouiller dans les poubelles pour me nourrir.
Je crois qu’un jour les jeunes sans avenir prendront les armes et mettront les traitres du peuple au pilori, sur la place Syntagma, comme l’ont fait en 1945 les Italiens pour Mussolini, sur la place Loreto, à Milan.”


Cet acte désespéré n’est ni isolé ni la seule dans cette periode de plans d’austérité successifs.
Depuis le début de la crise, en 2009, le nombre de personnes qui se sont données la mort a doublé en Grèce, selon les chiffres du ministère de la Santé.
Sur les six premiers mois de l’année 2011, il y avait 40% de suicides en plus par rapport à la même periode de l’an passé.
Chiffres d’autant plus impressionnants que le taux de suicide de la Grèce figurait marmi les plus bas de l’U.E. pour la période 1990-2009.

Les organisations et les partis de gauche ainsi que le mouvement des Indignés appellent à un rassemblement à la place Syntagma, à 18h, pour dénoncer cette politique assassine ainsi que la banalisation de la mort.

(* Tsolakoglou fut le premier ministre grec sous l’Occupation, nommé par les nazis. Son nom, devenu synonyme de collabo, est largement utilisé pour désigner le gouvernement actuel).

 

 

Source : Initiative des étudiants et travailleurs grecs à Paris

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